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À Rambouillet, coquillages et chasse gardée

Publié le , par Marie-Laure Castelnau

Séjour enchanteur très apprécié des rois de France, le domaine de Rambouillet recèle de nombreux trésors, dont la chaumière aux coquillages, récemment restaurée. Une autre page d’histoire à redécouvrir.

Élement de décor de la La chaumière aux coquillages. © David Bordes – CMN À Rambouillet, coquillages et chasse gardée
Élement de décor de la La chaumière aux coquillages.
© David Bordes – CMN

Rambouillet, « terre de chasse », a attiré depuis des siècles les plus grands monarques de l’histoire de France : Charles VI, François Ier, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI. À 50 km de Paris, en bordure de forêt, le château a appartenu successivement à la famille Regnault d’Angennes, puis Fleuriau d’Armenonville, au comte de Toulouse, puis à son fils, le duc de Penthièvre. Avant d’être acquis, en 1783, par le roi lui-même. La construction du premier édifice remonte à 1345, dont l’élément marquant, la tour François Ier, subsiste encore à ce jour. Il subira de nombreuses transformations et agrandissements au fil des siècles. Les époques successives sont lisibles dans les décors intérieurs : de l’architecture de la chambre de François Ier au décor de la salle des marbres de l’époque Henri II ; des élégantes boiseries de l’appartement d’assemblée, datant de l’époque du comte de Toulouse – « les plus belles du royaume au XVIIIe siècle », précise fièrement Isabelle de Gourcuff, administratrice du domaine de Rambouillet depuis juin  2021 –, à la salle de bains en faïence de Delft ; de l’appartement de l’Empereur (dont la restauration est programmée cette année), avec sa salle de bains dans le style retour d’Égypte, à l’aménagement des appartements des chefs d’État étrangers réalisés par l’architecte Jean Pascaud pour le président Auriol. Ces décors se conjuguent à la richesse d’un ameublement, déposé par le Mobilier National, pour donner un cadre prestigieux à cette demeure, parmi les plus belles des résidences royales. Longtemps résidence d’été présidentielle, réservée aux chasses, à certains conseils de ministres, ou à l’accueil des délégations étrangères, le domaine fut remis en gestion au Centre des monuments nationaux (CMN) en 2009 pour être ouvert au public. « Rambouillet est une pépite qui mérite qu’on s’y intéresse », confie la nouvelle administratrice qui souhaite créer une ambiance propre au château, faire revenir les collections, changer le parcours de visite. « Mon rôle est de réveiller cette belle endormie ! » Une exposition a illuminé le château au cours des fêtes de fin d’année. Jusqu’au mois de mars, « Fantaisies pour un palais » propose en effet de revisiter les décors merveilleux inspirés par les contes de fées du XVIIIe siècle. Le charme du domaine réside aussi dans son paysage. Le duc de Penthièvre avait confié à un paysagiste (dont on a perdu le nom) la création d’un jardin à l’anglaise en marge des grandes compositions à la française et des canaux rayonnant en éventail depuis le château. Un parc de 25 hectares vallonné, avec ses rivières sinueuses, ses vastes prairies ou allées forestières qui conduisent vers des chefs-d’œuvre d’architecture pittoresque ou pastorale : un ermitage, une grotte dans un rocher artificiel, et la fameuse chaumière aux coquillages, lieu enchanté dans lequel on esterait volontiers pour goûter « au plaisir de vivre », évoqué par Talleyrand.
 

La laiterie de la reine - Domaine de Rambouillet.© Yann Audino – CMN
La laiterie de la reine - Domaine de Rambouillet.
© Yann Audino – CMN

Raffinement d’une chaumière
À l’origine, cette petite construction était un cadeau destiné à la princesse de Lamballe. Amie très chère de Marie-Antoinette, qui en avait fait la surintendante de sa maison en 1774, incarnant, de l’avis de son entourage, la bonté même, la princesse connut la fin tragique que l’on connaît en 1792. Mariée à 17 ans avec un prince de sang qu’elle n’avait jamais vu et libertin notoire, elle se retrouva veuve et sans enfant à 19 ans. Réputé en son temps l’homme le plus riche de France, son beau-père, le duc de Penthièvre, vivait une grande partie de l’année retiré à Rambouillet, loin des fastes de la Cour, tout comme sa belle-fille. Soucieux de distraire sa bru qu’il aimait tendrement, il commanda pour elle cette chaumière aux coquillages, en 1779, à l’architecte Jean-Baptiste Paindebled. Antérieur de quelques années au Hameau de la Reine, à Versailles, cette chaumière témoigne de la vogue du retour à la nature dans les dernières années de l’Ancien Régime. Aménagée au cœur du jardin anglais, sur une petite île reliée à la terre par un pont de pierre, la chaumière a l’allure d’une simple maison paysanne. Mais lorsqu’on pénètre en son sein, « tout est surprise ». Inscrit dans un plan carré, l’intérieur est circulaire, et la rusticité de l’extérieur contraste avec une image irréelle du raffinement au siècle des Lumières. Le décor, digne d’un conte de fées, n’est que coquillages, associés avec légèreté à de la nacre, de la pâte de verre et du métal. Coquilles nacrées de Dieppe, coquilles de Seine, moules mais aussi coquillages de la mer des Antilles sont fixés par de petits clous sur tous les murs. Le miroir surmontant la cheminée, composé de nacres irisés, a été conçu de manière « à épargner la princesse d’une fâcheuse rencontre avec sa propre image », raconte Isabelle de Gourcuff. En effet, la princesse était, semble-t-il, défigurée par les stigmates d’une maladie vénérienne qui emporta son infidèle mari un an après leur mariage. Deux portes dérobées conduisent à la garde-robe dans laquelle deux automates, surgissant d’un miroir, proposaient à la princesse et ses dames des accessoires pour parfaire leurs toilettes, le temps d’une halte dans le jardin. Avec la finesse du décor où figurent des oiseaux virevoltants et des guirlandes de fleurs, c’est toute la douceur d’une fin de siècle qui s’exprime avant l’orage de la Révolution. La princesse put l’admirer et en profiter de 1779 à 1783, date du rachat du domaine par Louis XVI.

 

La chaumière aux coquillages. © Yann Audino – CMN
La chaumière aux coquillages. 
© Yann Audino – CMN

Histoire d’une laiterie royale
Pour accueillir un public toujours plus nombreux, le Centre des monuments nationaux (CMN), qui gère le domaine national de Rambouillet depuis 2009, organise des visites couplées de la chaumière aux coquillages et de la laiterie de la Reine. Près du château, le roi fit en effet construire pour la reine Marie-Antoinette, en 1785, une autre folie : la laiterie de la reine. Un cadeau intéressé : Louis XVI espère convaincre son épouse de passer davantage de temps près de la forêt où il traque le gibier. Peine perdue ! « La reine ne serait venue que six ou sept fois », confie Isabelle de Gourcuff. Pourtant, le roi ne lésine pas sur les moyens. Il en confie la réalisation à Hubert Robert et à Jacques-Jean Thévenin, architecte du domaine. D’inspiration antique, l’édifice est conçu sur le modèle d’un temple grec et reflète l’idéal du retour à la nature prôné par Rousseau. La première salle servait à la dégustation du lait dans de délicates porcelaines de Sèvres. Dans la seconde s’ouvre une grotte artificielle agrémentée de fontaines, où le lait était mis à rafraîchir, avec, au centre, une sculpture de marbre blanc de Pierre Julien représentant la nymphe Amalthée, déesse du lait maternel, accompagnée de la chèvre qui nourrit Zeus. « La plaque surmontant l’entrée de la laiterie a été retrouvée au début des années 2000, enterrée dans une cour à fumier, avec une quarantaine de plaques de cheminées provenant du château », raconte notre guide. « On pense qu’elles ont été enterrées pour les préserver du pillage lors de la Seconde Guerre mondiale. » Après la Révolution, l’impératrice Joséphine tomba amoureuse de la laiterie. On ajoute alors une apostrophe au « l » pour transformer la laiterie de la reine en laiterie de l’impératrice. Une modification qui n’a pas été conservée lors de la restauration de ce bijou d’architecture, où l’on s’éterniserait volontiers pour une dégustation.

à voir
« Fantaisies pour un palais », domaine national de Rambouillet,
laiterie de la reine et chaumière aux coquillages, Rambouillet (78), tél. : 01 34 83 00 25,
Jusqu’au 6 mars 2022.
www.chateau-rambouillet.fr
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