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A Marseille, le salon Paréidolie garde sa ligne

Publié le , par Alexandre Crochet

Grâce à des œuvres en général abordables, Paréidolie, le salon de dessin contemporain, a attiré les collectionneurs et fait le plein de transactions.

Paréidolie 2022, vue du stand de la galerie Lhoste et des dessins et installations... A Marseille, le salon Paréidolie garde sa ligne
Paréidolie 2022, vue du stand de la galerie Lhoste et des dessins et installations de Reeve Schumacher.
PHOTO Jean-Christophe Lett

À Marseille, l’associatif irrigue la scène contemporaine, fertile en ateliers d’artistes, espaces hybrides et autres structures alternatives, qui donnent une partie de son identité à la cité phocéenne. Tel est le cas également des deux foires qui s’y déroulent de concert fin août : Art-o-rama, centré sur les artistes émergents à la Friche la Belle de Mai, et Paréidolie, installée au château de Servières, dans le 4e arrondissement. Ce lieu tire son nom d’une bastide de la région. Quant à «Paréidolie», le mot désigne les visages dessinés dans le ciel par les nuages. Il fallait bien être une association pour trouver un nom aussi poétiquement obscur et aussi peu commercial ! Et pourtant, ce salon dédié au dessin contemporain a su tracer sa voie et devenir une manifestation régionale à la fois de bonne tenue… et qui marche. Ainsi, le samedi, premier des deux jours de la foire, un groupe de collectionneurs était «au taquet» dès l’ouverture des portes à 9 heures… Pas de temps à perdre ! Ils pouvaient découvrir un solide noyau de quatorze galeries – issues des régions et qu’on ne voit pas toujours ailleurs, ou des enseignes parisiennes telles Bernard Jordan, Laurent Godin, Backslash, 8+4 ou Valeria Cestraro. Ainsi que quelques-unes venues de plus loin encore, à l’instar de Rhizome (Alger), de Nadja Vilenne (Liège) ou de Nosbaum Reding (Luxembourg et Bruxelles) – qui apportait pour sa première participation des œuvres entre 800 et 7 600 €. «Il y a ici un très bon public exigeant et attentif, venu de partout. Souvent, les gens ont préparé leur visite, se sont renseignés au préalable sur les artistes exposés», confie Marie-Caroline Allaire-Matte, de la galerie AL/MA, de Montpellier.
Événements en complémentarité
L’enseigne a cédé de nombreuses pièces, dont le très beau travail abstrait d’Eve Gramatzki (disparue en 2003), documenté par l’association Aware (entre 1 200 et 4 000 €). La galerie Eva Vautier, de Nice, s’est délestée d’une dizaine d’œuvres. Quant à son confrère niçois Espace à vendre, il présentait entre autres un focus sur les dessins à la touche surréaliste, enrichis de collages en relief, de Karine Rougier. La galerie a également cédé des pièces de Thierry Lagalla et de Maxime Duveau. Nombre d’artistes de cette édition débordaient d’ailleurs de la ligne pure du dessin – médium compris ici au sens large –, tel Elmar Trenkwalder à la galerie Bernard Jordan, qui proposait notamment un dessin de l’artiste intégré à un extravagant cadre en céramique symboliste. Son prix ? 18 000 €, l’un des plus chers de la foire, qui tablait sciemment sur des œuvres souvent abordables. Un diptyque de Claude Closky de 2004 – collages abstraits de gommettes colorées et stylo à bille –, déjà historique, a rapidement trouvé preneur chez Laurent Godin, pour 8 000 €. Après avoir participé quatre fois à Drawing Now à Paris, la galerie Modulab de Metz est, elle, venue «faire découvrir la galerie à Marseille» en participant tant à Art-o-rama qu’à Paréidolie, avec Roxane Lumeret et Gianpaolo Pagni. En réalité, les deux salons restent complémentaires, Paréidolie étant plus commercial qu’Art-o-rama, même si celui-ci, cette année, offrait davantage d’œuvres «domestiques» que cutting edge. Le Salon de dessin marseillais se veut aussi plus sage et moins le reflet des «minorités», à quelques clins d’œil près. Dès l’entrée, Mayura Torii, dans le cadre de la carte blanche accordée à Polaris — centre d’art d’Istres —, proposait aussi bien des grandes natures mortes classiques que des couvertures du magazine LGBT+ Têtu revisitées en étant dessinées à l’envers : le modèle est ainsi représenté non plus de face mais de dos. Une prouesse !

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