À Los Angeles, Frieze s’est déjà fait sa place au soleil

Le 25 février 2020, par Pierre Naquin et Hugues Cayrade

Le deuxième opus de la foire californienne, qui se tenait du 13 au 16 février dans les studios Paramount, confirmait l’important potentiel de l’édition inaugurale. Collectionneurs de haut rang et personnalités du show business assuraient l’animation.

L’édition californienne du salon Frieze se déroulait dans les studios hollywoodiens de Paramount Pictures.
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Casey Kelbaugh

Après Londres et New York, la dernière déclinaison en date de la marque Frieze n’a pas mis longtemps à trouver ses marques sur la côte ouest des États-Unis. À Los Angeles, l’art contemporain est en pays conquis, et la participation de célébrités comme Natalie Portman, Leonardo DiCaprio ou Jennifer Lopez n’a donné que plus de clinquant, de strass et de paillettes à la deuxième édition de la foire, que dirigeait – pour une dernière fois – Bettina Korek. Au sein des studios Paramount, les galeries étaient au nombre de 77 – soit sept de plus qu’en 2019 –, et si la majorité d’entre elles étaient américaines, les grands marchands européens tels White Cube, Perrotin, Ropac et consorts y jouaient déjà les habitués. Dans ce contexte propice au spectacle et au commerce, les ventes n’ont pas tardé à décoller et, du vernissage VIP à la fermeture des portes, le soir du 16 février, les affaires se sont, selon de nombreux opérateurs, maintenues à un niveau élevé.
Hipsters et big money
Parmi les ventes annoncées chez David Zwirner, Aprilnacht (2011), une peinture de l’Allemand Neo Rauch, a trouvé preneur lors de la première journée pour 2 M$. Ont suivi rapidement cinq toiles de la New-Yorkaise Lisa Yuskavage (entre 120 000 et 1 M$), deux œuvres de la Suissesse Carol Bove (500 000 $ chacune), une pièce du Colombien Oscar Murillo (350 000 $)… Dans le même temps, Bowery Parade, une peinture sur laiton de Robert Rauschenberg réalisée en 1989, était acquise sur le stand de Thaddaeus Ropac pour la coquette somme de 1,3 M$. Le marchand revendique aussi la vente d’une toile d’Alex Katz, Ada, pour 550 000 $, et d’une encre de Robert Longo pour 120 000 $. Sur le stand de la galerie britannique Lisson, une œuvre d’Anish Kapoor est partie pour 700 000 $ et un collectionneur américain en a déboursé 275 000 pour acquérir Shelter from the Storm, création de la plasticienne Liza Lou, basée à Los Angeles, chez Lehmann Maupin. «Avec l’exposition solo de Tatsuo Miyajima au Santa Barbara Museum of Art, à proximité, les artistes de notre galerie étaient fortement représentés dans la région cette semaine», relève Alex Logsdail (Lisson Gallery). «C’est extrêmement gratifiant d’avoir pu placer des œuvres de tant d’artistes de notre programme, dont Pierre Soulages, Jutta Koether, Adrian Piper, Terry Adkins et Tu Hongtao, confie Emilio Steinberger, l’un des responsables de Lévy Gorvy. Nous avons conclu une vente au-dessus de 2 M$ et une au-dessus d’un million, et nous nous attendons à ce que davantage de transactions suivent dans les mois à venir, sur la base des conversations et des réservations effectuées lors de la foire.» «Nous avons été honorés de faire de nouveau partie de Frieze LA cette année. Los Angeles est devenue une terre d’accueil pour notre galerie», déclare Philomene Magers, de l’enseigne Sprueth Magers, déjà implantée à Londres et à Berlin. «Au-delà même du stand, la foire a aussi servi de plateforme où nos artistes Barbara Kruger, Cao Fei, Jon Rafman et Andrea Zittel ont pu présenter leurs projets à un public plus large.» Victoria Miro confirme la vente de la quasi-totalité des vingt-quatre œuvres de l’artiste britannique Idris Khan, en solo show sur le stand, dans une fourchette de prix comprise entre 30 000 et 150 000 $. «Nous avons eu un excellent retour de la part de la communauté artistique de Los Angeles et des collectionneurs internationaux. Ce fut une très bonne foire pour nous», insiste Glenn Scott Wright, codirecteur de l’enseigne londonienne. «Comme beaucoup, nous avons ressenti cette incroyable énergie propre à la ville. Le public était très divers, composé de collectionneurs, d’artistes, de conservateurs, de conseillers, de célébrités et de hipsters, tous amateurs d’art contemporain», raconte Alissa Friedman, de Salon 94 (New York), qui évalue son chiffre d’affaires à plus de 700 000 $. De son côté, l’enseigne coréenne Kukje Gallery fait état de la vente d’œuvres de Kyungah Ham et d’Ugo Rondinone pour des montants atteignant respectivement 100 000 et 180 000 $. «En tant que galerie sud-africaine, nous avons ressenti une profonde résonance avec le rôle que jouent l’art et l’activisme à Los Angeles. L’accueil de nos artistes a été très encourageant, tant pour les créateurs établis que pour les émergents», assure Jo Stella-Sawicka, de la galerie Goodman, qui a vendu plusieurs pièces à des collectionneurs californiens, à des prix allant de 10 000 à 400 000 dollars. «Nous avons accueilli beaucoup de célébrités du cinéma et de la musique», reconnaît à son tour le galeriste local François Ghebaly. Il présentait le travail de Sayre Gomez – lui aussi établi à Los Angeles –, un travail que les collectionneurs et les stars se sont arraché dès les premières heures de la manifestation. «Ce fut l’une de nos foires les plus réussies, s’enthousiasme Marc Selwyn, installé à Beverly Hills. Nous avons vendu pratiquement tout notre stand et notamment des œuvres de Channing Hansen, de Matt Lipps, un photographe de LA, mais aussi de Richard Misrach, de William Leavitt, d’Al Ruppersberg ou d’Hannah Wilke.»
Conservateurs locaux et internationnaux
«Nous n’avons encore peu d’expérience des salons, mais pour nous Frieze LA s’est plutôt bien déroulée, déclare Tom Jimmerson, cofondateur de la galerie As-is, sur Venice Boulevard. Les œuvres de notre stand, essentiellement de nouvelles peintures du Japonais Takako Yamaguchi, basé à Los Angeles, étaient assez abordables, à 7 000 $ chacune. Si toutes les ventes promises se confirment, nous aurons cédé neuf tableaux.» Dans le même ordre de prix (entre 3 000 et 7 000 $), Naoki Sutter-Shudo, de l’enseigne Bel Ami, est, pour sa première participation, lui aussi largement satisfait : «La plupart des ventes ont été effectuées le premier jour, dès les premières heures, et nous avons maintenant une liste d’attente qui en augure de nombreuses autres dans le futur.» Le galeriste de LA remarque néanmoins : «Le public était très professionnel, mais moins international que je ne l’aurais cru. Les billets à 120 $ limitent l’accès à la foire pour les visiteurs simplement amateurs, ce qui n’est pas très démocratique, mais facilite forcément le travail des galeristes.» «Tous les conservateurs des musées de la ville étaient là, ainsi que bon nombre de conservateurs internationaux. Les collectionneurs étaient tous d’une très grande qualité», résume Carol Greene, de l’enseigne new-yorkaise Greene Naftali, qui présentait le nouveau travail de Cory Arcangel, très axé sur les nouvelles technologies et l’univers du jeu vidéo. À l’heure d’un premier bilan, la galeriste reste discrète mais concède un résultat élevé «à six chiffres». À une très grande majorité, les exposants promettent donc un bel avenir à Frieze LA, tant que la foire restera connectée à l’énergie et à l’environnement de la métropole californienne. «Frieze a de nouveau été une incroyable démonstration de la vie culturelle florissante de Los Angeles, et de son marché de l’art en pleine expansion», estime Davida Nemeroff, de Night Gallery. Un sentiment partagé par sa consœur Susanne Vielmetter, de Vielmetter Los Angeles, qui conclut : «J’apprécie que la foire soit d’une taille relativement restreinte, l’expérience est d’autant plus enrichissante et détendue pour les galeristes et les visiteurs. Et puis, il y a suffisamment de grandes foires à travers le monde !»

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