À la recherche des œuvres disparues

Le 02 juin 2020, par Baptiste Roelly
Alberto Giacometti, Oiseau Silence au VIe Salon des surindépendants, publié dans le magazine VU de novembre 1933, fondation Giacometti, Paris.

Faire revivre les œuvres d’Alberto Giacometti qui ont été égarées ou détruites, que ce soit par négligence ou du fait de l’artiste lui-même : tel est le pari qui préside cette exposition. Plusieurs focus sont successivement portés sur des œuvres qui, pour avoir disparu, n’en ont pas moins laissé assez de traces pour être visualisables. Des photographies ou des dessins s’en trouvent recoupés avec des informations extraites des notes de l’artiste ou de sa correspondance. Dans trois cas, une technologie 3D a permis la reconstitution de sculptures dont seules des photographies subsistaient. Outre celui de ramener à la vue des œuvres inaccessibles par nature, l’exposition a l’intérêt de montrer ce que Giacometti ne voulait pas que la postérité retienne de lui. Ainsi d’une figure tenant un drapeau, présente sur des croquis et dont une photographie atteste que Giacometti modela le plâtre. Témoin de son bref intérêt pour un art militant pour la cause communiste au milieu des années 1930, Giacometti la fit disparaître et préféra dès lors poursuivre une vérité située au-delà de toute histoire anecdotique. Soucieux d’édifier une œuvre cohérente et de maintenir un niveau d’exigence constant, l’artiste abandonne également des projets qui ne lui réussissent pas en cours de route. Il en est notamment ainsi de croquis d’un étrange félin qu’il réalise en s’inspirant d’un dessin de Delacroix. Là aussi, une photographie certifie qu’il poussa l’idée qui le travaillait jusqu’au modelage en plâtre. Mais trop atypique et décalé par rapport à ce qu’il exposait alors, le projet est finalement interrompu et Giacometti ne le mentionnera jamais. Tout le mérite de cette exposition tient en somme à ce qu’elle éclaire les tentations auxquelles Giacometti a cédé avant de se rétracter, les projets qui l’ont intéressé mais qu’il n’a pas su dompter, les œuvres qu’il voulut garder, mais dont les aléas de l’histoire nous ont privés.

Institut Giacometti,
5, rue Victor-Schoelcher, Paris 
XIVe, tél. : 01 44 54 52 44.
Jusqu’au 21 juin 2020.
www.fondation-giacometti.fr
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