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A la fête des Filets bleus en compagnie de Mathurin Méheut

Publié le , par Philippe Dufour

Loin des scènes de la vie quotidienne, c’est à un évènement festif que nous convie le maître de la couleur Mathurin Méheut, célébrant avec fierté l’une des activités les plus célèbres de la Bretagne.

Mathurin Méheut (1882-1958), Les Filets bleus à Douarnenez, caséine sur panneau signée,... A la fête des Filets bleus en compagnie de Mathurin Méheut
Mathurin Méheut (1882-1958), Les Filets bleus à Douarnenez, caséine sur panneau signée, contresignée et titrée au dos, 75 110 cm.
Estimation : 12 000/15 000 
Adjugé : 43 000 

Traditionnellement, les pêcheurs du Finistère utilisaient pour capturer les sardines des filets d’un bleu très intense, égayant les quais de leurs résilles. Portant leur nom, une grande fête – toujours célébrée – a été instituée à Concarneau en 1905, dans le but de récolter des fonds pour ces marins et leurs familles. Dans son sillage, d’autres ports de la région ont rapidement adopté ces réjouissances de fin d’été, l’occasion de banquets et fest-noz très courus, comme ceux de Douarnenez. Et c’est là que le peintre Mathurin Meheut a décidé de planter son chevalet pour saisir l’atmosphère unique de cet événement populaire. Le fantastique coloriste ne pouvait qu’être séduit par la foule bigarrée en costumes traditionnels, se mêlant aux travailleurs de la mer, quant à eux dans leur tenue de tous les jours. Au-delà de son caractère narratif, le panneau des Filets bleus à Douarnenez impose sa composition magistrale avec, comme pivot central, un grand filet suspendu au pied duquel s’affaire un pêcheur en pull rayé. On le sait, le rude univers de ces hommes et de leurs bateaux, à quai ou en haute mer, devait constituer l’une des thématiques les plus abondamment illustrées par Mathurin Méheut, nommé par ailleurs peintre de la Marine en 1921. Il l'a déclinée tout au long de sa carrière, de Saint-Guénolé à l’île de Sein, avec un détour par Boulogne-sur-Mer, où il passera beaucoup de temps au début des années 1950.

Méheut, chroniqueur de la condition humaine
Cependant, la fascination de l’artiste pour ces courageux pêcheurs s’inscrit dans un intérêt plus général porté à tous les vieux métiers, subsistant encore en Bretagne. Lui-même fils d’artisan (son père, également prénommé Mathurin, était charpentier menuisier), Méheut s’est passionné pour la représentation des tâches manuelles, un intérêt qui s’impose très vite lors de son séjour d’études à la Station biologique de Roscoff (1911-1912). Là, à côté de ses spectaculaires aquarelles et gouaches de poissons, crustacés ou algues diverses, il commence à croquer le travail des plus humbles, alors qu’il accompagne les scientifiques sur les grèves lors des collectes. En témoignent ses Goémoniers de l’île de Batz, sujets d’une toile brossée en 1913 mise au feu des enchères le même jour que nos Filets bleus, et également estimée 12 000/15 000 €. L’une et l’autre peintures, d’ailleurs, sont issues d’une seule collection, rassemblée par un industriel esthète qui, s’il n’était pas originaire de Bretagne, s’enthousiasma pour les œuvres des artistes ayant magnifié la région. L’ensemble, où l’on relève aussi les signatures de Paul Sérusier et de Pierre de Belay, est dispersé aujourd’hui pour séduire d’autres amoureux de la province celtique. D’ailleurs, l’été sera décidément placé sous les couleurs de Mathurin Méheut : après la réouverture, le 18 juin dernier, du musée lui étant consacré à Lamballe, sa ville natale – désormais dans un lieu plus vaste, situé au haras de Lamballe-Armor –, une exposition monographique le célèbre également au musée de Pont-Aven, et ce jusqu’au 31 décembre.

samedi 16 juillet 2022 - 10:00 (CEST) - Live
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