À l’ombre des palmiers, des foires made in USA

Le 22 février 2018, par La Gazette Drouot

Le week-end dernier se déroulaient aux États-Unis Art Wynwood et Art Palm Springs. les deux foires célébraient d’est en ouest l’art contemporain… avec des fortunes diverses.

Ariel Vargassal, Eyes on the Prize
© Courtesy Jorge Mendez Gallery. Courtesy Art Palm Springs.

Où est passée Art Wynwood ?
Wynwood est sans conteste le quartier le plus branché de Miami. Pendant six ans, chaque hiver, Art Wynwood a participé à la réputation des lieux avec une foire internationale énergique à la fois high-end et alternative. Mais quelque chose a dérapé cette année. Tout d’abord, l’édition 2018 ne se tenait plus à Wynwood. Les organisateurs, Art Miami LLC  qui supervise aussi le destin d’Art Miami en décembre , ont décidé de transférer la foire au même endroit que l’espace inauguré il y a quelques mois pour leur événement principal, soit à deux kilomètres de Wynwood… Coincés entre deux rocades d’une autoroute urbaine, les exposants n’ont pas tardé à faire connaître leur mécontentement  qui n’a fait que grandir au fil des jours. Grela Orihuela, directrice de l’événement pour la troisième année, a tant bien que mal tenté de justifier le changement de lieu, en expliquant que «certains grands magasins mentionnent “New York”, tout en ouvrant des boutiques ailleurs». Et d’ajouter : «Ce n’est pas comme si Art Wynwood déménageait dans un autre pays».  Et pourtant, c’est bien ce qu’ont ressenti certains exposants. Pour preuve, ils n’étaient plus qu’une cinquantaine cette année, contre soixante-dix en 2017. La manifestation retrouvait ainsi sa taille d’il y a quatre ans. Pour Bertrand Scholler, de la galerie 55Bellechasse, le nouvel emplacement est «difficile» et la foire «y a perdu quelque chose». Pire, «le profil même des exposants a profondément changé». Lorsque l’on se retrouve entre un café et un atelier d’art plastique pour enfants, la colère est compréhensible, d’autant qu’«il y a même un vendeur de bijoux artisanaux» !
Un vernissage bondé
Malheureusement, le témoignage n’était pas isolé. La plupart des galeristes racontent la même histoire : peu ou pas de ventes, avec néanmoins l’espoir de se rattraper sur les contacts glanés pendant l’événement. Certains, au contraire, avouent une tout autre expérience, au point de s’interroger : parlent-ils de la même foire ? Brian Balfour-Oatts, de la galerie londonienne Archeus, indique ainsi qu’il était «plus facile pour les visiteurs de trouver l’emplacement», ajoutant même que «la fréquentation était sensiblement en hausse». Même s’il est resté très vague quant à ses ventes, Matthew Langley, d’Analog Projects (New York), partageait ce sentiment. Selon lui, «le vernissage était bondé». La galerie aurait rentabilisé sa participation dès le deuxième jour. Christine Berry, de la tout aussi new-yorkaise Berry Campbell Gallery, se contentait pour sa part d’une «très bonne énergie» ! Brian Balfour-Oatts mentionnait aussi de bonnes ventes, indiquant s’être séparé d’œuvres de Jesús Rafael Soto, Jonas Wood et David Hockney. Christine Berry signalait également un grand intérêt de la part des collectionneurs, en particulier pour l’art cinétique. Ainsi Red, Yellow, Blue Construction (1978) de John Goodyear, une installation de trois panneaux coulissants proposée à 30 000 $, faisait le bonheur des visiteurs… même si dimanche soir, l’œuvre repartait à New York avec les deux galeristes.
La ruée vers l’ouest
De l’autre côté du pays, la dynamique n’était pas la même… À une heure trente de Los Angeles, Palm Springs accueillait la 6e édition de sa foire d’art contemporain. En quelques années, celle-ci s’est développée à pas de géant, au point de devenir un événement majeur de la saison hivernale des salons américains. Alors que la première édition, en 2013, n’avait réussi à attirer que trente galeries, 2017 voyait déjà la mise doubler, avec une soixantaine d’exposants. Cette année, plus de soixante-dix marchands, représentant plus de trois cents artistes, avaient fait le déplacement. La grande variété des œuvres présentées frappait dès le premier coup d’œil : un mélange éclectique oscillant entre école «cool», avant-garde, signatures AAA et croûtes du désert. Parmi les petits nouveaux, David Klein présentait des artistes d’après-guerre tels Arman, Larry Bell ou Lee Krasner. De même, la new-yorkaise Heller Gallery exposait les créations de verre de quatorze artistes, dont treize femmes. Quant à la galerie William Turner  rien à voir avec le peintre britannique ! , elle faisait un carton avec la rétrospective posthume des œuvres d’Ed Moses. Originaire de Santa Monica (Californie), William Turner avait décidé de mettre en avant son travail presque par hasard, avant d’apprendre que le représentant du West Coast Art a été nommé artiste de l’année par les organisateurs de la foire. Celui-ci, natif de Long Beach, étant décédé en janvier dernier, à l’âge de 90 ans, la présentation allait naturellement s’apparenter à une célébration. Le galeriste s’exprimait le samedi dans l’auditorium de la foire sur l’héritage d’Ed Moses, et son stand ne désemplissait pas du week-end.
Une foule amicale
Parmi les pièces les plus aguichantes de la manifestation, celles du street artiste portugais Vhils étaient très bien placées. De son vrai nom Alexandre Manuel Dias Farto, il est connu pour ses œuvres murales, exécutées en attaquant la surface des murs au marteau-piqueur. Guy Rusha, le directeur de la galerie Over the Influence, qui le représente à Los Angeles et Hong Kong, avouait des «ventes solides», tout comme pour les créations de Cleon Peterson. Dans un tout autre style, les sculptures ultra-(trop ?) réalistes de Betsy Enzensberger trouvaient également facilement preneur. En résine et en forme de bonbons ou de cornets de glace en train de fondre, elles attiraient l’œil d’«une foule amicale, curieuse et exigeante», selon les mots de Chris Davies, le directeur de la galerie éponyme, qui présentait également Nancy R. Wise et ses peintures figuratives empâtées. Parmi les plus gros vendeurs, la palme revient à la galerie argentine Maria Elena Kravetz (Córdoba). Le samedi, elle avait déjà cédé «vingt-huit pièces de tous les artistes présentés». Ceux-ci  en provenance d’Argentine, du Guatemala et des États-Unis  devaient avoir le sourire, d’autant que la VRP de l’art prolongeait sa performance le dimanche et le lundi avec d’autres œuvres de Natasha Dikareva et Annick Ibsen, des photos retouchées de Cathy Immordino et deux sculptures en verre de Carl Sullan. Mais, malgré l’enthousiasme et les très bonnes ventes qu’admettaient presque tous les marchands, les commentaires revenaient invariablement sur Ed Moses. Mark Matkevich, de la galerie Axiom, confiait par exemple avoir eu une excellente édition avec de beaux résultats pour le photographe colombien Max Steven Grossman ou pour le très énigmatique Orange Juice, mais pour lui, la rétrospective Ed Moses était tout simplement «le clou du spectacle». 

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