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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Patrimoine

À Fontainebleau, le réveil des pendules

Le 16 décembre 2021, par Arthur Frydman

Depuis 2008, la manufacture Rolex veille à l’entretien et à la restauration de la collection horlogère du château. Bénéficiaires d’une vaste campagne de mécénat, les pendules, un temps délaissées, rythment à nouveau la vie des lieux.

À Fontainebleau, le réveil des pendules
Pendule astronomique aux dix cadrans, fin du XVIIIe ou début du XIXe siècle
©
Serge Reby, Château de Fontainebleau

Les riches heures de Fontainebleau se racontent à travers une exceptionnelle collection de pendules royales, reliques du quotidien des monarques et témoins d’événements historiques. Ces objets peu connus du public, conjuguant l’art et l’histoire, invitent à un voyage dans le passé en faisant parler leur mémoire. « Cette collection, l’une des plus grandes de l’art horloger français, avait été laissée à l’abandon depuis l’après-guerre. Il était important pour nous, conservateurs et historiens de l’art, de réveiller ces pendules et ainsi rythmer les nouvelles heures de la demeure des siècles », souligne Vincent Cochet, conservateur en chef du château de Fontainebleau. Depuis treize ans, la maison Rolex veille à l’entretien et à la restauration de près d’une soixantaine de pendules et de leurs mouvements, datant du XVIIIe et du XIXe siècle, par le biais d’une vaste mais discrète campagne de mécénat (le montant des sommes déployées n’a pas été révélé). Le célèbre horloger genevois est en effet un fidèle soutien de nobles causes et conduit une politique de mise en valeur du patrimoine culturel français et de ses richesses. « Un patrimoine horloger en danger dont il fallait rapidement s’occuper et qui revit grâce au mécénat et à des compétences que nous n’avions pas, enchaîne Jean Vittet, conservateur au château. Le véritable enjeu de ce chantier était de travailler avec des spécialistes capables de réactiver les vieux mécanismes horlogers et de leur donner un second souffle, afin qu’ils puissent à nouveau se faire entendre. De vrais métiers d’art. »
Objets d’art et instruments scientifiques
La restauration, l’entretien et la maintenance – les trois piliers de l’opération de mécénat – ont été confiés à une équipe pluridisciplinaire associant Ryma Hatahet, restauratrice diplômée de l’Institut national du patrimoine et spécialisée en horlogerie, à deux horlogers agréés des Musées de France. Actuellement, une vingtaine de pendules, fabriquées entre 1680 et 1880 par les grands maîtres de l’époque – la famille Lepaute, mais aussi Charles Voisin, Julien Le Roy, Ferdinand Berthoud, Gilles Jeune, Samuel Roy, Porchez ou Bailly – est présentée dans les circuits de visite du château. Autant de chefs-d’œuvre en termes de formes, de matériaux et de décors où interviennent, outre l’horloger, les ébéniste, sculpteur, fondeur, ciseleur ou bronzier, comme le montre la pendule astronomique aux dix cadrans, acquise en 1806 par le Mobilier impérial pour l’ameublement de Fontainebleau, « la plus grande curiosité du château », selon Jean Vittet. Tous, à la fois objets d’art par la qualité de leur exécution et instruments scientifiques par la précision de leur mouvement, sont répartis entre le musée Napoléon I
er, le théâtre impérial, le cabinet de travail de Napoléon III, l’appartement du pape, les grands appartements, celui de l’impératrice, les galeries de peintures et de meubles, sans oublier l’horloge du clocher de la chapelle de la Trinité, qui fera l’objet d’une restauration prochaine. La principale difficulté rencontrée par les restaurateurs concerne l’expertise. « Notre objectif est de construire une identité de l’objet en fonction de sa caisse, de son cadran et de ses aiguilles et ainsi de déterminer un diagnostic. Ces objets comportent de très nombreuses pièces qu’il faut parfois refaire à l’identique et avec des métaux analogues pour permettre à la pendule de battre le rythme à nouveau. Surtout, il faut respecter le travail d’antan sans trahir l’intégrité de la pendule, en conservant les composants d’époque. Chaque restauration est donc soigneusement documentée », explique Ryma Hatahet. Ainsi la plupart des pendules du château de Fontainebleau conservent-elles, aujourd’hui encore, leur mouvement d’origine, à l’instar de la pendule astronomique à dix cadrans de l’antichambre de l’Empereur.
 

Pendule du salon octogonal - salon de l’Empereur. Premier Empire, mouvement Lepaute.  
Pendule du salon octogonal - salon de l’Empereur. Premier Empire, mouvement Lepaute.
 
© Sophie Lloyd (château de Fontainebleau)
© Sophie Lloyd (château de Fontainebleau)

« Quelle heure est-il ? Quel temps fait-il ? »
Égrenant leurs heures dans des pièces intimes ou de réception, les pendules royales ou impériales racontent le château et ses siècles d’histoire. « Le rythme de vie des souverains n’était alors plus basé sur le soleil, mais sur un découpage de vingt-quatre heures grâce aux progrès de l’horlogerie mécanique, qui voit le jour dès le XIV
e siècle, avec pour fonction première de sonner à heures fixes la prière. À l’époque des rois, l’horlogerie domestique s’est développée et les horloges portatives ou de table sont apparues. Elles sont des objets de grand luxe et permettent ainsi la saisie du temps devenue pouvoir, tant économique que politique, entre les mains des puissants », précise Jean Vittet. Objets souvent discrets, les pendules ont en réalité été d’une importance fondamentale dans les palais et pour la vie en communauté, que celle-ci soit civile ou religieuse. « Il faut se rappeler que la vie de cour était essentiellement rythmée par des cérémonies, des rencontres et des repas à des heures très précises. Les personnes devaient se rendre au bon endroit et à la bonne heure, d’où l’abondance de ce genre d’objets dans la vie quotidienne. Napoléon Ier, qui se réveillait vers sept heures, commençait ses journées par deux questions : “Quelle heure est-il ? Quel temps fait-il ?” », enchérit le conservateur. C’est au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle que la présence des pendules se développe réellement au sein des appartements royaux. Avant, l’histoire nous apprend que Charles V aurait fait installer des horloges dans chacune de ses résidences, dont Fontainebleau, et que sous le règne de François Ier le château en comptait plusieurs, notamment celles placées dans les clochers des deux chapelles, dont l’horloge à automate de Saint-Saturnin avec ses figures des dieux de la mythologie représentant les jours de la semaine. Cependant, ces premières pendules ne restent pas à demeure. Les services du Garde-Meuble apportent de Paris celles destinées aux appartements, lorsque ces derniers ne les louent pas à des horlogers ou à des marchands. Ainsi, jusqu’au dernier séjour de Louis XVI au palais bellifontain, en 1786, de nombreux déménagements sont-ils effectués, où les pendules font des allers-retours entre Versailles et Fontainebleau.
 

Pendule de Berthoud, bronze de Beurdeley, époque Louis XVI, cabinet de travail de Napoléon III. © RMN-Grand Palais (Château de Fontaineble
Pendule de Berthoud, bronze de Beurdeley, époque Louis XVI, cabinet de travail de Napoléon III.
© RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Adrien Didierjean
© Sophie Lloyd (château de Fontainebleau)
© Sophie Lloyd (château de Fontainebleau)


Sous l’Empire, tous les grands horlogers sollicités
Après la Révolution, qui vit le mobilier du château dispersé, Napoléon ordonna son remeublement en 1804 et décida de pourvoir chaque chambre d’une pendule. Sont alors acquises de nombreuses pièces datant du XVIII
e siècle, aux mécanismes anciens et aux précieuses marqueteries Boulle, comme la pendule à la figure de Chronos, en cuivre et d’écaille de l’horloger Charles Voisin, installée dans l’appartement du pape, sans oublier nombre de commandes réalisées sur demande de l’Empereur. Ce dernier s’adresse aux plus grands maîtres horlogers tels que les Lepaute, oncle et neveu, qui signent des chefs-d’œuvre à l’instar de la pendule à la figure d’Apollon, livrée en 1806 pour le salon octogonal (ou salon de l’Empereur), ou la pendule en marbre rouge représentant Zéphyr et Flore pour la grande chambre de parade de l’impératrice en 1804. Ces pièces, de ce style Empire influencé par la Grèce, Rome ou l’Égypte, sont alors interprétées d’une façon nouvelle, plus proche des motifs antiques originaux. Le marbre noir, blanc, vert de mer, jaune de Sienne ainsi que le porphyre ou le bronze sont les matières les plus couramment utilisées. Sur quelques pendules, on voit également apparaître le cristal taillé, le biscuit ou la porcelaine dure de Sèvres comme sur le modèle à la figure de l’Étude, livré en 1809 par Lepaute pour un appartement de ministre, ou celui à la figure d’Uranie regardant les astres, livré par la manufacture impériale de Sèvres, en août 1809, pour le cabinet particulier du petit appartement de l’impératrice. Les cadrans en émail, eux, restent nombreux mais peuvent aussi être en bronze doré – rarement argenté – tandis que les aiguilles s’affinent par rapport à celles du XVIIIe siècle. Enfin, concernant les formes, toutes ont droit de cité à Fontainebleau, de la pendule de borne à celle de portique (innovation et grand succès du temps de Louis XVI), en passant par les pendules cages (en forme de vase), ou à sujets (la statutaire jouant le premier rôle), ou encore dites « au char ».

à voir
Château de Fontainebleau,
place Charles-de-Gaulle, Fontainebleau (77),
tél. : 01 60 71 50 70,
www.chateaudefontainebleau.fr 

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