À Colmar, l’archéologie à l’étroit

Le 05 mars 2020, par Stéphanie Pioda

Plus de cinq mille ans d’histoire concentrés dans 250 m2 : si la réouverture de la salle d’archéologie du musée Unterlinden ne brille pas par sa présentation, elle met toutefois en valeur les fouilles récentes de la moitié nord du Haut-Rhin avec de très belles pièces.

Parures en or découvertes dans une tombe princière, premier âge du fer, vers 500-480 av. J.-C., Ensisheim (Haut-Rhin).
© Musée Unterlinden, Christian Kempf

Présenter un espace dédié à l’archéologie est un véritable défi alors que les objets, privés de leur contexte, demeurent énigmatiques ou silencieux à ceux qui les découvrent s’ils ne bénéficient pas d’un dispositif muséographique pour les guider. À ce titre, le réaménagement de la salle dévolue à la préhistoire et à la protohistoire du musée Unterlinden, à Colmar, ne peut que décevoir. La date du 23 janvier, choisie à dessein pour son inauguration, rappelait pourtant celle du lancement du « Nouvel Unterlinden », en 2016, avec son extension contemporaine propulsant le musée dans le XXIe siècle. Quatre ans plus tard, l’institution semble revenir aux années 1980-1990 avec sa salle d’archéologie repensée. Située dans la cave voûtée de l’ancien couvent des Dominicaines, elle était fermée depuis l’été 2011 suite à une inondation. L’occasion était parfaite pour redynamiser une section qui, si elle peut fasciner, est souvent boudée par les visiteurs attirés par le retable d’Issenheim, icône de l’art occidental et joyau du musée, réalisé en 1512 et 1516 par Mathias Grünewald. « Dans l’ancien parcours, nous avions des collections exposées de manière purement chronologique, du Néolithique jusqu’à l’âge du fer (5500-50 av. J.-C.), explique Chloé Héninger, conservatrice et responsable des collections d’archéologie. Nous l’avons revu pour insister sur la dimension thématique et sur l’archéologie dans la région. Auparavant, il n’y avait pas d’outils de médiation à proprement parler, pas de cartels développés, et le parcours était seulement en français », là où aujourd’hui il est décliné en français, en allemand et en anglais.
Un dispositif muséographique à revoir
Mais les grands dessins qui habillent le fond des vitrines chronologiques et thématiques livrent une touche un peu vieillotte malgré leur valeur didactique – ils traduisent le contexte tel que la néolithisation avec le développement de l’agriculture et de l’élevage, l’artisanat, les pratiques funéraires. Les textes expliquant les différents métiers de l’archéologie (archéozoologue, anthropologue, céramologue, palynologue, restaurateur…), mis en exergue en un sous-parcours et conçus à la manière d’une publication, n’attirent pas vraiment l’œil du visiteur. Les bornes de médiation, au centre de la salle, sont thématiques (taille du silex, techniques et décors de poterie, filature et tissage, métallurgie du bronze) et accompagnées de fac-similés d’objets que l’on peut toucher, mais l’aspect pédagogique se perd dans des définitions non illustrées par des images : moulage, incision, repoussé, poinçonnage, incrustation pour le travail du métal par exemple. Des films illustrant ces points techniques grâce à l’archéologie expérimentale auraient été les bienvenus. Ce long temps de réaménagement a toutefois été l’occasion de restaurer une centaine d’objets et de mettre en valeur de nouveaux dépôts issus de fouilles récentes, pour un aperçu de l’histoire de la moitié nord du Haut-Rhin, avec des pièces exceptionnelles. Parmi celles-ci, les jarres de stockage de la culture rubanée, caractéristique du Néolithique ancien (vers 5500 av. J.-C.) ; les perles de cuivre du Néolithique récent identifiées lors de fouilles en 2008 sur le site de l’archéodrome à Colmar, parmi les plus anciens objets métalliques trouvés en France ; le dépôt d’objets métalliques de Biederthal ou la vaisselle métallique d’Appenwihr (datant de l’âge du bronze, 1400-1300 av. J.-C.) ; les parures princières d’Ensisheim dans un or presque pur (premier âge du fer, vers 500-480 av. J.-C.). Autant de raisons de dépasser les déceptions premières. 

à voir
Nouvelle salle d’archéologie, musée Unterlinden,
place Unterlinden, Colmar (68), tél. 
: 03 89 20 15 50,
www.musee-unterlinden.com
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