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À Bruxelles, la BRAFA tient le cap

Le 07 février 2019, par Pierre Naquin

Satisfecit pour la 64e édition de la foire belge, référence dans son domaine. Les modernes et les contemporains y tiraient leur épingle du jeu, même si certains souhaiteraient un recentrage plus classique.

À Bruxelles, la BRAFA tient le cap
 
PHOTO Fabrice Debatty. Courtesy BRAFA


Pour bien démarrer l’année, rien de tel qu’un petit week-end à Bruxelles. De quoi apprécier la gastronomie et les boissons que seul le plat pays sait offrir  bières claires, à consommer avec modération ! Mais nous sommes ici pour l’art… Mieux, le fine art ! Sautons donc dans un taxi noir et jaune, direction quai des Matériaux et ses immenses bâtiments de brique rouge. Une fois dans les allées, les sourires sont sur les lèvres, point de gilets jaunes, point de LBD, place au calme et à l’élégance… Ici, dans l’un des temples des beaux-arts, les spécialistes du contemporain semblent plutôt satisfaits : «Le domaine intéresse de plus en plus d’amateurs. Nous avons fait le pari, payant, de montrer des œuvres qui ont un lien évident avec l’art ancien comme la monumentale demi-tête d’Hermès de Benoît Maire ou la grande tapisserie de José Maria Sicilia», déclare ainsi Olivier Meessen (Meessen De Clercq, Bruxelles). De même, Agnès Aittouares (Galerie AB, Paris) semble percevoir chez les acheteurs une tendance croissante à se tourner vers les œuvres modernes. Enthousiaste, elle met en avant les efforts des organisateurs : «Des “ambassadeurs” présentent chaque jour certaines de nos pièces à un groupe d’amateurs, peut-être de futurs collectionneurs.» La soirée Delen lui semble aussi un partenariat intéressant. Même si «les acheteurs peuvent avoir un budget un peu moins important, ce n’est pas grave, nous leur vendons des photographies contemporaines dès 3 000 €. Ces premiers achats leur permettent de faire connaissance avec notre galerie et de nous retrouver les années suivantes avec des envies et des budgets plus conséquents».
Ventes et négociations
Les ventes  même si tous les exposants ne sont pas loquaces à ce sujet semblent au rendez-vous. «Nous avons vendu plus de 80 % du stand», déclare ainsi Didier Claes. «Nous avons encore réalisé un sold out de Takehiko Sugawara», nous confie Angèle Coulard (Taménaga, Paris). Peter Osborne (Osborne Samuel, Londres), dont c’est la deuxième participation, confie : «La sculpture britannique est très populaire en Belgique. Nous avons vendu deux Moore, un Chadwick et un Cragg. Nous sommes en attente de confirmation pour d’autres œuvres de William Kentridge et Sean Henry notamment.» Valérie Bach, de la Patinoire royale, cédait sept œuvres allant de 20 000 à 60 000 €. «La présence d’une table Solune, d’Ado Chale, sur notre stand a considérablement renforcé l’attractivité de ce sculpteur. Nous avons trouvé preneur à 75 000 € pour ce très bel exemplaire», nous précise Constantin Chariot, de la galerie. Les Hongrois de Kálmán Makláry vendaient Écriture sur masse (1964) de Judit Reigl pour 250 000 €, Composition abstraite (1960) de François Fiedler pour 75 000 € et Goofy Golfing (2018) de Sam Havadtoy pour 30 000 €. Andrea Cortesi (Cortesi Gallery, Londres) cédait «une très belle pièce de Walter Leblanc» quand la galerie Robertaebasta se séparait d’une vitrine Suvretta par Ettore Sottsass. «Nous aurions pu en vendre une douzaine si nous avions eu la marchandise», précise la directrice Roberta Tagliavini. Tous les luminaires de son stand trouvaient preneur ainsi qu’un cabinet art déco, emporté par un collectionneur russe. Revers de la médaille, plusieurs galeristes avouent «avoir de plus en plus de mal à trouver des objets de qualité» : Mullany Fine Art, Alexis Pentcheff, de la galerie marseillaise du même nom ou encore Victor Werner (Anvers). Beau joueur, ce dernier ajoute : «On se plaint mais on finit toujours par trouver.» Il note néanmoins que «les collectionneurs négocient de plus en plus fort, surtout les Allemands». Les fortunes sont évidemment diverses… surtout pour les Français ! Xavier Eeckhout de la galerie éponyme précise : «L’ambiance est bonne mais moins euphorique que l’année précédente. Nous avons vendu une dizaine d’œuvres, ce qui est quand même une bonne moyenne.» Olivier Delvaille abonde : «L’édition 2018 avait été excellente pour moi, 2019 devrait être correcte.» «Je suis satisfaite de mes ventes mais je ne serais pas contre quelques-unes de plus», déclare pour sa part Antonia Eberwein (galerie Eberwein), également parisienne. «Nous avons eu quelques ventes mais ne sommes pas satisfaits. L’édition précédente était meilleure que celle-ci. Peut-être que le fait qu’Arte Fiera, à Bologne, et Art Genève aient chevauché la Brafa nous a pénalisés, en privant l’événement de la présence de certains collectionneurs», explique Carlo Repetto (Repetto, Londres).
Le renouveau du public
Tous, cependant, sont satisfaits de rencontrer sur la Brafa un vent de fraîcheur. «99 % de nouveaux collectionneurs pour nous cette année !», s’extasie Charles Bailly (Bailly Gallery, Genève). Et «95 %» chez Alain Huberty (Huberty & Breyne, Bruxelles). La galerie Von Vertes (Zurich) fait même mieux : «Nous n’avons rencontré que des nouveaux clients.» «C’est une nouvelle génération d’acheteurs, des quarantenaires, très curieux», assure également Elisabetta Magnanti (Theatrum Mundi, Arezzo). L’intérêt, la curiosité, l’expertise de ces collectionneurs sont souvent vantés. «C’est le meilleur public que l’on puisse imaginer : ouvert d’esprit, bien informé et intéressé», décrit Peter Femfert (DIE Galerie, Francfort). «C’est très gratifiant pour un marchand», ajoute Marianne Rosenberg (Rosenberg & Co., New York). Au-delà des ventes, tous les marchands soulignent la fraternité et la bonne ambiance qui existe entre les exposants. «Il y a une atmosphère très chaleureuse que nous ne retrouvons nulle part ailleurs, excepté peut-être au Salon du dessin, à Paris», glisse Agnès Aittouares. «Nous devons constamment nous renouveler et sommes en mesure de collaborer grâce à des événements comme ici», indique pour sa part Sofie Van de Velde (Anvers). Dès lors, quelles critiques faire à Beatrix Bourdon et son équipe ? Kálmán Makláry, plein de malice, met tout de suite en cause l’ambiance musicale : «Il faut vraiment améliorer cela !» Plus sérieusement, «il faudrait développer la visibilité de la foire au Royaume-Uni», énoncent de concert Peter Osborne et Nicholas Mullany (Mullany Fine Art, Londres). «La Brafa y est toujours étrangement peu connue.» L’invitation de Gilbert & George cette année n’a visiblement pas beaucoup aidé. Certains esprits chagrins, comme Olivier Delvaille ou une nouvelle fois Nicholas Mullany, trouvent la place accordée à l’art contemporain trop importante : «Nos clients aimeraient voir davantage d’exposants d’art ancien de qualité, et non toujours plus de stands d’art moderne et contemporain.» D’autres, au contraire, y voient un atout : «La diversité des stands amène un public varié ; cela nous permet de rencontrer des acheteurs différents», déclare Rodolphe Janssen (Bruxelles). Elena Kempen de la galerie de la Béraudière aimerait, elle, un événement plus court. «La longueur fait que l’énergie s’essouffle les derniers jours.» Un reproche général fait à la plupart des foires de fine art, qui, peu à peu, commencent à se caler sur les durées de leurs cousines de l’art contemporain. Le mot de la fin est pour Alessandro Chiale (Chiale Fine Art, Raconis) : «La foire a beaucoup grandi en cinq ans. C’est certainement la seule qui progresse encore véritablement en Europe.» «Nous espérons qu’elle trouvera les ressources pour renforcer sa position sur les marchés internationaux et peut-être parviendra-t-elle à dépasser la Tefaf Maastricht», ajoute Alexis Pentcheff. Vous savez donc quelle destination réserver pour janvier 2020 !

 

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