À bord du Royal Louis

Le 13 février 2020, par Philippe Dufour

Après avoir dominé les océans sous la Restauration, un célèbre navire de guerre – ou plutôt sa maquette, exemple accompli du travail dieppois de l’ivoire – devrait constituer le lot phare d’une session consacrée aux antiquités de marine.

Dieppe 1814-1815, maquette en ivoire du vaisseau à trois ponts Royal Louis, l. 10 cm (vaisseau), 29 18,5 cm (socle).
Estimation : 20 000/40 000 

Voguant sur des flots simulés par un miroir au mercure, la maquette en ivoire d’un vaisseau de guerre élève ses trois mâts aux voiles carguées. Voici le Royal Louis, l’un des navires les plus puissants de son temps, reproduit à l’échelle dans ses moindres détails (et ce, malgré ses petites dimensions : la coque du navire ne mesure que 7 cm de long). En témoignent ses hauts flancs percés de quatre rangées de canons, sa poupe, sa proue ornée d’une figure, ses gréements ou encore ses pavillons claquant au vent… Dans son sillage, un cotre et un brick, sculptés dans le buis, jouent sur le contraste avec le géant des mers. Comme un monument commémoratif, la scène maritime est entourée de chaînes finement ciselées, et surtout juchée sur un piédestal octogonal, constitué de panneaux de laque noire. Ces derniers s’ornent de fleurs en relief, de frises de feuilles de chêne, et portent à la fois fleurs de lys et croix de la Légion d’honneur. À sa base, une balustrade ornée des vases Médicis et des statues martiales armées d’une lance. L’auteur de ce petit chef-d’œuvre ? Un artiste virtuose, mais demeuré anonyme, de Dieppe, haut lieu de l’ivoirerie depuis le XVIIe siècle. Célèbre pour sa production d’accessoires, des éventails aux râpes à tabac, ainsi que pour ses fameuses statuettes, la cité portuaire va, au tournant du XIXe siècle, se spécialiser dans les maquettes navales, dont on peut admirer quelques beaux exemplaires dans son château-musée.
D’un pouvoir à l’autre
Grâce à ses éléments décoratifs, symboliques des bouleversements dans la France post-révolutionnaire, on peut dater la pièce proposée par Rennes Enchères OVV des alentours de 1814-1815. Une période qui coïncide aussi avec l’essor local de la réalisation de ces réductions par des maîtres en la matière. Certains sont connus comme Louis Charles Vincent Belleteste (1757-1819), l’auteur du Ville de Dieppe, offert en 1810 par la municipalité à l’impératrice Joséphine (aujourd’hui au musée national de la Marine). Car, souvent, ces objets d’exception étaient destinés à des personnages importants, et offerts à l’occasion d’une visite officielle. D’après Philippe Neveu, le consultant de la vente qui a identifié le navire, sa maquette a pu être «elle aussi imaginée par un commanditaire exigeant». L’historique tumultueux du vaisseau qui l’a inspirée, est mieux connu. À sa naissance en 1810, sur les chantiers de Toulon, il s’appelait l’Impérial. Il s’inscrit alors dans la série des vaisseaux amiraux standardisés, lancée par Louis XVI en septembre 1785, et dont seize versions verront le jour. Notre nef va constituer l’un des éléments les plus importants de la flotte de Napoléon I
er, avec ses trois ponts et sa capacité à emporter plus de 130 pièces d’artillerie. Mais lorsque la monarchie est rétablie en 1814, le navire est baptisé Royal Louis, avant de… redevenir l’Impérial durant l’épisode des Cent-Jours. À l’issue de celui-ci, et définitivement paré de son appellation monarchiste, il servira sans faille jusqu’à son démantèlement, en 1825.

lundi 17 février 2020 - 14:00
Rennes - 32, place des Lices - 35000
Rennes Enchères