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Dufy, Toulouse-Lautrec, Renoir et l’ethnologie

Publié le , par Philippe Dufour

Le rendez-vous d’Artigny a comblé les amateurs de peinture ancienne et moderne, avec des œuvres de Dufy, Toulouse-Lautrec ou Renoir, tout en ouvrant sur des perspectives plus lointaines.

Raoul Dufy (1877-1953), Enceinte des propriétaires, 1930-1935, huile sur sa toile...  Dufy, Toulouse-Lautrec, Renoir et l’ethnologie
Raoul Dufy (1877-1953), Enceinte des propriétaires, 1930-1935, huile sur sa toile d’origine, signée, 37,5 46 cm.
Adjugé : 210 800 

Balayant plusieurs domaines d’expertises, les deux jours de ventes tenus par la maison Rouillac ont permis d’enregistrer un résultat global de 2,8 M€. Le dimanche 19 juin, place aux maîtres du XXe siècle, avec Raoul Dufy et sa toile l’Enceinte des propriétaires (37,5 46 cm), brossée vers 1930-1935, qui a été adjugée 210 800 €. Cette pure démonstration de sa théorie de la « lumière-couleur » sera incluse dans le supplément du catalogue raisonné, en préparation par Fanny Guillon-Laffaille. Pour 99 200 €, on avait le choix entre deux poids lourds de l’histoire de l’art : Henri de Toulouse-Lautrec et Pierre Auguste Renoir. Pour le premier, il s’agissait de La Loïe Fuller sur la piste des environs de 1893, une huile sur papier marouflé sur carton (49 56 cm), analysée dans la Gazette n° 22 (voir l'article La Loïe Fuller, le spectacle de la vie vu par Toulouse-Lautrec, page 30). Quant à Renoir, il signait là Aline et Pierre Renoir dans un jardin, peints vers 1885 sur toile (43 43,7 cm). Les maîtres anciens n’étaient pas en reste, ainsi du beau Portrait d’un artilleur, de l’entourage d’Antoine Van Dyck, vers 1630 ; la toile arborant une étiquette « Thos, Agnew & Sons B 7931» (116 93 cm), et issue de la collection Ogilvy, a été emportée à 86 800 €. Le lendemain 20 juin, la tendance était à l’ethnologie et à l’archéologie, avec un lot phare : le fameux bol cérémoniel à l’ours marin du peuple tsimshian ou haida, de la fin du XVIIIe siècle ou du début du suivant (voir l'article 1889 : expédition gagnante de la Gazette n° 23, page 24). Fait de bois polychromés, incrustés de nacre, il a été collecté en Colombie-Britannique (Canada) par les comtes Abel et Georges de Massol de Rebetz pendant l’été 1889 (22 55 41 cm). Cette pépite était acquise par le marché américain à 64 480 €. L’Orient antique était évoqué à travers la collection Paul Gudin, archéologue et ingénieur parisien, et en particulier par huit plaques photographiques, les premières prises sur les sites d’Al-’Ula et d’Hégra-Madâin Sâlih (Arabie saoudite) en 1907. Elles étaient saisies à 68 200 €.

 

L’Espagnol Blasco de Grañen, ou plutôt son atelier, a réalisé vers 1440 une paire de panneaux doublés, relatant L’Arrestation du Christ et
L’Espagnol Blasco de Grañen, ou plutôt son atelier, a réalisé vers 1440 une paire de panneaux doublés, relatant L’Arrestation du Christ et La Résurrection (84,5 68,8 2,5 cm, chaque panneau). Peints à l’œuf sur fond or, ils ont été acquis pour 52 000 €. De Grañen (auparavant dit le «Maître de Lanaja») est documenté de 1422 à 1459 et s’affirme comme l’un des grands représentants du « gothique international » en Aragon. Connu pour un retable jadis conservé dans l’église de Lanaja (Huesca), il a retrouvé sa véritable identité grâce aux recherches de la spécialiste Maria del Carmen Lacarra Ducay.
Collectée – comme le bol cérémoniel – en Colombie-Britannique par Abel et Georges de Massol de Rebetz en 1889, cette impressionnante pagai
Collectée – comme le bol cérémoniel – en Colombie-Britannique par Abel et Georges de Massol de Rebetz en 1889, cette impressionnante pagaie cérémonielle relève aussi de la culture du peuple tsimshian ou haida. Aussi a-t-elle obtenu 19 840 €. D’une longueur de 210 cm, elle est constituée de bois polychrome et crin de cheval ; sa lame est peinte de motifs héraldiques liés à son propriétaire, tandis que son bord extérieur présente treize longues touffes de crin. Le manche, lui, a été rapporté ultérieurement, sans doute par un membre de la famille des collecteurs.
































 

L’œuvre puissante de Giovanni Battista Franco, dit Il Semolei (av. 1510-1561), a tenu ses promesses en décrochant 99 200 €. Le peintre d’o
L’œuvre puissante de Giovanni Battista Franco, dit Il Semolei (av. 1510-1561), a tenu ses promesses en décrochant 99 200 €. Le peintre d’origine vénitienne met en scène Le Christ devant Caïphe, une étape décisive dans le déroulement de la Passion, mais à sa manière à la fois maniériste et romaine par sa monumentalité. Cette œuvre (121,5 150 cm) avait été acquise par le publicitaire britannique David Ogilvy auprès de la galerie Colnaghi à Londres, après 1982, avant d’être exposée – avec le reste de sa collection – dans son château de Touffou (Vienne).
L’une des vedettes d’Artigny s’est révélée être cette épée à antennes de la fin de l’âge du bronze (soit vers 900-800 av. J.-C.) et façonn
L’une des vedettes d’Artigny s’est révélée être cette épée à antennes de la fin de l’âge du bronze (soit vers 900-800 av. J.-C.) et façonnée dans le noble métal, qui a conquis 130 200 € en raison du développement de ses volutes et, surtout, de son état de conservation qualifié de «presque parfait». À cela, une excellente raison : l’arme a été découverte dans le lit de la Loire à Amboise (Indre-et-Loire), en aval du pont de la ville. Attribuable au type «de Tarquinia», la pièce avait bénéficié d’une longue étude par le préhistorien et chercheur Gérard Cordier (1924-2014), publiée en 1985.
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