1969, année historique

On 18 July 2019, by Anne Doridou-Heim

Cinquante ans et pas une poussière sur ce premier pas qui a changé l’histoire de l’humanité. Bien longtemps auparavant, les scientifiques et les érudits s’étaient voués à la quête de l’astre de la nuit, et grâce à eux, les enchères devaient aussi décrocher la Lune.

Charles Le Morvan (1865-1933), Carte photographique et systématique de la Lune, 1914, Paris, Librairie astronomique G. Thomas, 48 planches volantes en 6 fascicules in-folio. Paris, Drouot-Richelieu, 20 mai 2015. Kâ-Mondo OVV. M. Brieux.
Adjugé : 12 600 

Le 21 juillet 1969, l’homme posait le pied sur la Lune devant six cents millions de téléspectateurs. Cette année 2019 voit logiquement la célébration de cet événement interplanétaire. Le Grand Palais s’y est associé, en mettant en scène avec imagination et force documents  pour un voyage transversal dans les civilisations et les médiums , une vaste exposition qui s’achèvera au lendemain de ce cinquantenaire, le 22 juillet. Plus de cent quatre-vingt-dix œuvres y sont à découvrir (voir Gazette n° 17, page 167 La lune, du rêve au voyage)… autant d’incitations à réaliser que l’intérêt de l’homme pour l’astre de la nuit remonte aux confins de l’Antiquité. Sans le Soleil, nous ne pourrions vivre, mais que ferions-nous sans la Lune ? L’humain entretient une véritable relation d’affection avec la Lune, source de tant de projections, et ce ne sont pas les enchères  très nombreuses  qui exprimeront le contraire. En route pour un voyage en apesanteur.
 

Johann Havelke, dit Johann Hevel (1611-1667), Selenographia sive Lunae descriptio, Dantzig, 1647, édition originale, un volume in-folio comprenant 563
Johann Havelke, dit Johann Hevel (1611-1667), Selenographia sive Lunae descriptio, Dantzig, 1647, édition originale, un volume in-folio comprenant 563 pages et 111 planches ; reliure en demi-veau brun ancien à coins. Paris, Drouot-Richelieu, 5 mars 2014. Bailly-Pommery & Voutier OVV.
Adjugé : 32 990 
Francesco Fontana (vers 1580-1656), Novae coelestium terrestrium rerum observationes, Et fortasse hactenus non vulgatae, Naples, Gassarum, février 164
Francesco Fontana (vers 1580-1656), Novae coelestium terrestrium rerum observationes, Et fortasse hactenus non vulgatae, Naples, Gassarum, février 1646. In-4, vélin souple. Paris, Drouot-Richelieu, 1er juin 2016. Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Adjugé : 27 940 


























Alignement parfait
Le titre de l’exposition, «La Lune  du voyage réel aux voyages imaginaires», prend le contrepied de l’histoire pour mieux capturer le visiteur dans ce long fil, tendu sur près de 390 000 km. Or, ce sont bien les explorations fantasmées qui les premières, et pendant des siècles, ont alimenté les rêves des artistes. Déjà les cultures de l’Antiquité donnèrent-elles corps à l’astre en lui offrant des dieux : Khonsou pour les Égyptiens, le Séléné grec offrant son nom à la science lunaire, la «sélénographie». Les Grecs entretiennent un rapport intellectuel avec le cosmos, n’ayant de cesse de comprendre les mécanismes physiques à l’œuvre dans la nature. Plutarque (46-125 apr. J.-C.), qui voit en elle une terre céleste, écrit même un petit traité intitulé Du visage qui paraît sur l’orbite de la Lune, où se mêlent représentations mythiques et considérations savantes… Vers 640 av. J.-C., Thalès reconnaissait déjà dans les phases lunaires une conséquence de la réflexion de la lumière terrestre. Évocation de cette relation privilégiée entre poésie et matérialité, un tétradrachme d’argent athénien (440-420 av. J.-C.) vendu 2 800 € (Pierre Bergé & Associés, 12 juin 2010) montre sur son revers une chouette debout sous un croissant de lune. Le Moyen Âge occidental va figer les théories de Platon et Aristote. La Terre est ronde, c’est un acquis ; elle est au centre de l’univers en est un autre. La connaissance du monde lunaire ne progresse pas, seuls quelques érudits traduisent en latin des traités d’astronomie antique et arabe. Les hommes donnent à la Lune une valeur mystique, l’interrogeant avec inquiétude et cherchant dans ses apparitions et éclipses des clés pour répondre aux difficultés de leur temps.

 

16 tonnes
C’est le poids du grand équatorial coudé de l’Observatoire de Paris, construit en 1891 par la maison Gaultier, sur les plans de M. Loewy, et pour lequel il fallut aménager un bâtiment spécial. Son objectif astronomique mesurait 18 mètres de longueur pour 60 cm de diamètre. C’était alors le plus grand jamais fabriqué.


 

Météorite lunaire NWA 8455, brèche régolithique avec inclusions blanches et roses de feldspath, poids : 4,32 kg. Paris, Drouot-Richelieu, 16 novembre 
Météorite lunaire NWA 8455, brèche régolithique avec inclusions blanches et roses de feldspath, poids : 4,32 kg. Paris, Drouot-Richelieu, 16 novembre 2018. Copages Auction OVV. M. Carion.
Adjugé : 3 830 
Gustave Le Gray (1820-1884), Brick-Normandie dit «Brick au clair de lune», 1856, épreuve d’époque sur papier albuminé d’après deux négatifs verre au c
Gustave Le Gray (1820-1884), Brick-Normandie dit «Brick au clair de lune», 1856, épreuve d’époque sur papier albuminé d’après deux négatifs verre au collodion, 31,6 40,3 cm. Château d’Artigny, 13 juin 2016. Rouillac OVV. M. Di Maria.
Adjugé : 38 400 
Nasa, juillet 1969, Neil Amstrong et Buzz Aldrin, tirage chromogénique postérieur, vers 1976, sur papier Kodak, 24,3 x 19,3 cm. Paris, Drouot-Richelie
Nasa, juillet 1969, Neil Amstrong et Buzz Aldrin, tirage chromogénique postérieur, vers 1976, sur papier Kodak, 24,3 19,3 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 6 novembre 2014. Le Mouel OVV. Mme Esders.
Adjugé : 1 375 



Le siècle fondateur
Avec l’invention des premières lunettes astronomiques, la remise en cause définitive du géocentrisme et l’avènement de la mécanique newtonienne, le XVIIe siècle est indissociable de l’histoire de la connaissance de l’univers. La Lune en profite bien sûr, et, en 1609, Galilée effectue ses premières observations. L’existence de montagnes est mise en évidence, la question de celle de mers demeure entière… Le tout premier atlas lunaire date de 1646 ; il est publié à Naples et illustré par les soins de son auteur, Francisco Fontana, de vingt-sept figures de l’astre ainsi que d’une carte dépliante. Une édition originale de ces Novae coelestium […], dédiée au cardinal Camillo Pamphili, apparaissait dans la dispersion de la bibliothèque de Jean Viardot, chez Binoche et Giquello en 2016 : elle y recevait 27 940 €. L’ouvrage occupe une place importante dans l’histoire de l’astronomie, tout comme le Selenographia sive Lunae descriptio de Johann Hevel (1611-1667), imprimé à Dantzig en 1647 (32 990 €, le 5 mars 2014 chez Bailly Pommery & Voutier Associés). Nicolas Claude Fabri de Pereisc aurait pu être le premier à publier ces travaux ; homme curieux de tout, il commanda en effet en 1636 au dessinateur Claude Mellan (1598-1688) un atlas de la Lune, qui devait être réalisé d’après ses propres observations. Mais ce grand érudit devait décéder l’année suivante. Les décennies 1630-1640 sont vraiment celles d’une grande attraction de notre satellite ! Et constituent le point de départ de nombreuses autres publications, recherches et découvertes qui ne feront que rapprocher un peu plus la Lune de la Terre. Impossible de les détailler, ni de citer tous les sélénographes qui ont laissé leur empreinte dans le sol lunaire, Tobias Mayer, Schroeter, Lohrmann, Schmidt… Celle de Giovanni Domenico Cassini (1623-1712) mérite un petit arrêt. Installé en France sur la demande insistante de Colbert, il découvre les lois du mouvement de rotation de la Lune autour de son axe, qui seront résumées dans les Mémoires de l’Académie des Sciences parus entre 1666 et 1699. En 1728, Francesco Bianchini (1662-1729), grâce au puissant télescope construit par Giuseppe Campani à Rome, publie différentes phases de Vénus, mais aussi deux intéressantes vues du relief de l’astre nocturne : une tache et, pour la première fois, la vue de la vallée des Alpes avec les cratères de Platon, d’Aristillus et d’Exodus. Un exemplaire de l’édition originale retenait 5 000 € chez Binoche et Giquello en décembre 2015. La carte de Johann Heinrich Maedler (1794-1874) et Wilhelm Beer (1797-1850), achevée en 1837, sera la dernière du genre avant la grande révolution de la photographie…

 

Jules Verne (1828-1905), De la Terre à la Lune, Autour de la Lune, volume double, cartonnage bleu de 1872 à l’obus. Paris, Drouot-Richelieu, 23 novemb
Jules Verne (1828-1905), De la Terre à la Lune, Autour de la Lune, volume double, cartonnage bleu de 1872 à l’obus. Paris, Drouot-Richelieu, 23 novembre 2018. Brissonneau OVV. M. Roethel.
Adjugé : 671 
Nasa, décembre 1968. Lever de Terre pour la première fois réalisé par l’homme depuis l’orbite lunaire par les astronautes de la mission Apollo 8, tira
Nasa, décembre 1968. Lever de Terre pour la première fois réalisé par l’homme depuis l’orbite lunaire par les astronautes de la mission Apollo 8, tirage chromogénique postérieur, 20,2 20,2 cm. Paris, La Salle, 8 décembre 2016. Vermot & Associés OVV.
Adjugé : 510 
Alexander Calder (1898-1976), Le Soleil, la Terre et la Lune, 1974-1975, lithographie, n° 7/175, 45 x 86 cm. Lyon, Hôtel des ventes, 5 avril 2018. De 
Alexander Calder (1898-1976), Le Soleil, la Terre et la Lune, 1974-1975, lithographie, n° 7/175, 45 86 cm. Lyon, Hôtel des ventes, 5 avril 2018. De Baecque et Associés OVV. M. Voutay.
Adjugé : 3 625 
© 2019 Calder Foundation, New York/ADAGP, Paris
























Pâle étoile du soir…
Au XIXe siècle, les poètes romantiques se sont perdus dans le halo lunaire. Alfred de Musset, Alphonse Lamartine, François de Chateaubriand, Théophile Gautier, Victor Hugo… tous ont voué des odes et des ballades aux clartés de cette «pâle étoile du soir, messagère lointaine» qui descend sur l’horizon et joue avec les flots. Les symbolistes s’en empareront à leur tour  «Ô bien aimée», écrit Paul Verlaine , et les peintres joueront à merveille de ses effets. Mais ceci est une autre histoire, artistique et non scientifique, qui requiert d’autres développements. À partir de 1896, grâce à un incroyable instrument, le grand équatorial coudé de l’Observatoire de Paris, Maurice Loewy et Pierre-Henri Puiseux parviennent à prendre des photographies montrant la surface lunaire. Cette petite révolution a été rendue possible par l’accord des délégués des dix-huit observatoires de France réunis en «congrès de la carte du ciel», le 31 mars 1891. Leurs travaux sont publiés dès l’année suivante, puis entre 1902 et 1907 ; Charles Le Morvan prend la relève et fait paraître à son tour, en 1914, une Carte photographique et systématique de la Lune, dont un exemplaire était adjugé à 12 600 € en mai 2015 chez Kâ-Mondo. Les progrès de ce nouveau médium ont été aussi essentiels que ceux des sciences. La découverte du gélatino-bromure d’argent, d’une grande sensibilité, permet de réduire les temps de pose et d’obtenir des clichés d’une grande netteté. Un peu plus tôt dans le siècle, Jules Verne (1828-1905) avait livré deux de ses plus audacieuses œuvres d’anticipation, De la Terre à la Lune (1865) et Autour de la Lune (1869). «Trajet direct en 97 heures et 20 minutes», et des enchères fréquentes, de quelques centaines d’euros, pour ces titres en cartonnages Hetzel. Les hommes en rêvaient encore lorsque Hergé l’a fait. En 1964, il a envoyé son intrépide reporter sur la surface lunaire. Cet album est d’une rare exactitude prophétique. Quant à la phrase prononcée par le jeune héros  «Pour la première fois sans doute dans toute l’histoire de l’humanité, on a marché sur la Lune !» , elle n’est pas sans rappeler celle dite par Neil Armstrong. Depuis 1969, et jusqu’en 1972, ils sont douze humains seulement à avoir foulé le sol lunaire dans le cadre du programme «Apollo» de la Nasa. Depuis, chaque voyage annoncé est reporté. Des centaines de clichés ont été pris, et on en voit régulièrement apparaître dans la lunette des enchères. Une belle série est mise en avant ce samedi 20 juillet par Vermot à La Salle à Paris  une maison qui en propose régulièrement d’ailleurs , une autre ce dimanche, à 16 30  heure terrestre , chez Cannes Enchères (voir page 28 de la Gazette n° 27). Le clou de cette vacation devrait être l’album de Tintin, On a marché sur la Lune dédicacé par l’équipage mythique d’Apollo 11. Le rêve accessible à partir de quelques centaines d’euros seulement, parce que rien n’est plus beau qu’un lever de terre depuis l’orbite lunaire.

à savoir
Samedi 20 juillet, soirée spéciale «Moon» au Grand Palais.
Au programme, de 19 h à 2 h, musique, gastronomie, performances, projections et conversation avec Thomas Pesquet et Claudie Haigneré.
Détails et réservation : www.grandpalais.fr
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