Mahakala triomphe des enchères

Le 19 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Son troisième œil veillait sur cette statuette de Panjarnata Mahakala, fondue au Tibet au début du XVIe siècle.

Tibet, époque Zhengde (1506-1521). Statuette de Panjarnata Mahakala en bronze doré, debout sur un démon allongé sur un socle en forme de double lotus inversé, tenant le kattrka et le kapala, paré de bijoux, têtes de démons et serpents enlacés, front orné du troisième œil, couronne aux roues de la loi, un serpent dans ses cheveux, marque apocryphe «Da Ming Zhengde Jiaxunian Yumajian Taijian Wuliang zao», h. 30,5 cm.
Adjugé : 819 000 

Les arts d’Asie n’occupaient qu’une petite part de l’après-midi, mais quelle part ! Avec un résultat de 819 000 €, ce bronze tibétain devient la deuxième plus haute adjudication prononcée à Drouot durant cette quinzaine asiatique. Il venait honorer une statuette en bronze doré fondue à l’époque de Zhengde (1506-1521), un empereur de la dynastie Ming, figurant le gardien Mahakala ayant triomphé d’un démon, sur lequel il se tient. Le sujet est représenté sous sa forme protectrice de Panjarnata, appelée encore celle du «Grand Seigneur noir de la Tente». Son aspect est effrayant avec un serpent ondulé dans ses cheveux, des crocs apparaissant dans sa bouche laissée à dessein ouverte, un troisième œil au milieu du front et tenant dans ses mains le kapala (coupe réalisée à partir d’un crâne humain, servant dans les cérémonies). Une inscription sur le socle donnait des précisions, mentionnant : «Fait pendant le règne de Zhengde par l’eunuque Wu Liang qui s’occupe des chevaux impériaux». Un palefrenier décidément bien inspiré… On connaît un autre bronze à la mention similaire, mais indiquant cette fois le nom de l’eunuque Jiao Ning, conservé au musée d’Art asiatique de San Francisco. Plus à l’est encore, venus de l’archipel nippon et du XVIIIe siècle, plusieurs ensembles de plats en porcelaine dévoilaient la vitalité de l’art dit «Imari». Trois lots de deux recevaient respectivement 20 790, 18 270 et 33 390 €, voyant dominer la paire à décor d’un rapace et d’un singe sur une branche fleurie (diam. 48 cm). Cette céramique porte le nom du port dans lequel elle a vu le jour au XVIIIe siècle, avant d’être exportée en abondance vers l’Europe, principalement par les Néerlandais de la «Compagnie unie des Indes orientales», la célèbre V.O.C. Il s’agit donc d’un style destiné à satisfaire une clientèle européenne, désireuse d’un exotisme modéré qui se reconnaît immédiatement à ses trois couleurs dominantes, le bleu de cobalt, le rouge de fer et le blanc du fond, le tout rehaussé d’or.

La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne