Calder en taille directe

Le 16 juillet 2020, par Anne Doridou-Heim

Calder et de Jeanne Hébuterne offrent deux visions de la femme et emportaient les suffrages de cette vacation résolument moderne.

Alexander Calder (1898-1976), Nu aux mains croisées, 1927, sculpture en bois, taille directe, h. 106 cm.
Adjugé : 520 000 

© Calder Foundation, New York / Adagp Paris 2020

L’article de la Gazette n° 26 du 3 juillet (voir l'article Alexander Calder et Jeanne Hébuterne page 50) le précisait, ce type d’œuvres en bois sculpté d’Alexander Calder (1898-1976) se compte sur les doigts d’une main. Il était donc prédit que ce grand Nu aux mains croisées de 1927 allait susciter la convoitise, avant que sa mise en vente ne se conclue sur le beau résultat de 520 000 €. Cette œuvre tout en hauteur montrant une jeune femme hiératique taillée comme à la serpe, pudique avec les mains croisées sur son sexe pour le cacher – une image d’une grande intemporalité –, a été réalisée un an après l’installation à Paris du jeune artiste américain, une phase d’expérimentation donc. À cette époque, écrit Joan Simon (in Alexander Calder, les années parisiennes : 1926-1933), «quatre ensembles thématiques occupent sa production – figures de cirque, portraits en fil de fer, sculptures en bois ou en pierre – et tous marqués par son génie pour la caricature et l’action». Il s’agit en quelque sorte d’un Calder avant Calder, avant en tout cas les fameux mobiles et stabiles qui lui ouvriront les portes de la reconnaissance mondiale. À voir l’Autoportrait de Jeanne Hébuterne (détail reproduit page 46), on ne peut que constater ses talents de peintre. La toile n’est pas datée mais a été exécutée selon toute vraisemblance vers 1918. Ce visage introspectif, aux rétines claires sans pupille n’offrant aucune échappatoire, livre une vision hiératique d’elle-même. Il nous est familier car son homme, son mentor, son amant, Amedeo Modigliani, l’a fixé d’innombrables fois. Il mourra, rongé par la maladie deux ans plus tard, le 24 janvier 1920 à Paris. Incapable de supporter son absence, elle choisira de le rejoindre le 26. Avec ce prix de 188 500 €, l’œuvre gagnait la troisième place du podium de l’artiste (source : Artnet). Un autre visage saisissant, avec ses mirettes grandes ouvertes sur le monde, est celui d’une demoiselle peinte vers 1916 par Moïse Kisling (1891-1953). L’œuvre est de petite taille, pas plus de 28 25 cm, mais ne laissait pas indifférent et recevait 19 503 €. Quant à Jean Fautrier (1898-1964), qui a été en lumière sur les cimaises du musée d’Art moderne de la Ville de Paris entre janvier et mai 2018, il faisait son retour aux enchères avec un Portrait de femme (35 27 cm) tout en matière, décroché à 39 003 €.

Jeanne Hébuterne (1898-1920), Autoportrait, huile sur toile, 55 x 33 cm (détail). Adjugé : 188 500 €
Jeanne Hébuterne (1898-1920), Autoportrait, huile sur toile, 55 33 cm (détail).
Adjugé : 188 500 
mercredi 08 juillet 2020 - 14:00 - Live
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