Du classicisme de Souverbie aux couleurs de la Bretagne

Le 13 mai 2021, par Philippe Dufour

Lors de cette session bien fournie, le peintre des compositions monumentales a disputé la vedette aux artistes de la péninsule armoricaine, comme à ceux qui l’ont adoptée avec enthousiasme.

Jean Souverbie (1891-1981), Nu debout à la cruche, 1927, huile sur toile, 102 76 cm.
Adjugé : 225 680 

En exergue de la vente brestoise, un grand Nu debout à la cruche veillait, fort de ses 225 680 € reçus alors que son estimation haute était de 100 000 €… Son auteur, Jean Souverbie, a brossé en 1927 la toile (102 76 cm) caractéristique de son travail sur la figure stylisée et monumentale ; en accord parfait avec l’esthétique de l’entre-deux guerres, ce modèle accoudé joue sur les volumes et les superpositions, dans des teintes sourdes et sensuelles (voir l'article Monumental Souverbie de la Gazette n° 17, page 97). Beaucoup plus réaliste s’avère être le travail d’un Henry Moret, représenté ici par deux toiles parcourues, comme à son habitude, par le grand air du littoral de l’Ouest, dont l’une représentant des Bateaux de pêche, Doëlan et portant la date de «1908». La toile (46 55 cm), accompagnée d’un certificat de Jean-Yves Rolland, le spécialiste de l’artiste et auteur de son catalogue raisonné, a été bataillée jusqu’à 101 680 €. Mais la Bretagne attirait des peintres venus de toute l’Europe, et même de plus loin… À l’image du Polonais Wladyslaw Slewinski, qui suit Paul Gauguin au Pouldu en 1890 ; il s’installera en 1910 à Pont-Aven, avant de mourir à Paris. Partait à 71 920 € son Portrait présumé d’Henryk Sienkiewicz (92 65 cm), l’auteur de Quo vadis ? et prix Nobel de littérature en 1905. Mais l’enchère la plus forte pour cet artiste atypique, s’élevant à 80 600 €, allait à une toile représentant une simple Nature morte (61 50 cm). Originaire de l’autre bout du continent, car Irlandais, Roderic O’Conor a également rejoint la colonie d’artistes établie à Pont-Aven, y séjournant souvent entre 1887 et 1904 ; sa Nature morte aux roses et concombre sur toile (92 73 cm), datée 1921, doit encore beaucoup à cette expérience picturale. Elle a séduit ici à hauteur de 79 360 €. En revanche, les Bateaux échoués de James Ensor (voir l'article Et aux débuts de James Ensor, furent la mer et sa lumière de la Gazette n° 17, page 24), n’ont pas trouvé preneur.
 

Henry Moret (1856-1913), après avoir longtemps côtoyé les peintres installés à Pont-Aven, fait cavalier seul en s’aventurant jusqu’à l’île
Henry Moret (1856-1913), après avoir longtemps côtoyé les peintres installés à Pont-Aven, fait cavalier seul en s’aventurant jusqu’à l’île d’Ouessant, dont il peindra à de très nombreuses reprises les terres battues par les vents. En témoigne cette Attente à Ouessant (60 73 cm) datant des environs de 1910, où un groupe de femmes assises sur la grève, face à une mer houleuse, semble guetter le retour des bateaux de pêche… La toile partait à 102 920 €, accompagnée d’un certificat
par Jean-Yves Rolland, auteur du catalogue raisonné de l’artiste.
61 380 € : c’est la somme allouée à cette œuvre d’Émile Bernard (1868-1941), Nature morte aux pommes, toile signée et datée (18)«89». Elle
61 380 € : c’est la somme allouée à cette œuvre d’Émile Bernard (1868-1941), Nature morte aux pommes, toile signée et datée (18)«89». Elle provient d’une collection privée française, et auparavant de la galerie Saluden à Quimper, où cette composition intimiste avait été présentée dans une exposition monographique consacrée au peintre en septembre 1946. Le tableau (23,5 33 cm) rappelle tout son intérêt pour la représentation de modestes objets inanimés, dont celui qui fut avec Gauguin l’un des inventeurs du synthétisme, sait sublimer la valeur plastique.

Affichant un pedigree des plus séduisants (collection Jos Hessel à Paris, puis celle du comte Arnauld Doria), cette toile a été vue lors d
Affichant un pedigree des plus séduisants (collection Jos Hessel à Paris, puis celle du comte Arnauld Doria), cette toile a été vue lors d’expositions monographiques, comme celle tenue à la galerie Bernheim-Jeune en mai 1902. Ce Paysage de Moret, Ile-de-France (65 54,3 cm) signé par Armand Guillaumin (1841-1927), a été ferraillé jusqu’à 55 800 € ; il est vrai qu’il était également porté par un certificat émis par le comité Guillaumin. Signalons qu’il figurera au second volume du catalogue raisonné de l’artiste, actuellement en préparation sous le magistère du Comité.
Né en Pologne près de Lodz, Wladyslaw Slewinski (1854-1918) est venu étudier la peinture à Paris en 1888, s’inscrivant à l’académie Julian
Né en Pologne près de Lodz, Wladyslaw Slewinski (1854-1918) est venu étudier la peinture à Paris en 1888, s’inscrivant à l’académie Julian. Il ne tardera pas à adhérer aux théories synthétistes de Paul Gauguin, et à découvrir à sa suite la Bretagne, qui deviendra source d’inspiration pour son art. On la retrouve dans cette toile signée (46 x 33 cm), mettant en scène un Bouquet de roses au vase en Quimper, et adjugée 50 840 €. On retrouve d’ailleurs ce fameux vase en faïence quimpéroise dans plusieurs œuvres bien référencées.
samedi 08 mai 2021 - 14:00 - Live
Thierry - Lannon & Associés
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