Un monsieur des Finances sous le pinceau de Largillière

Le 20 mai 2019, par Anne Doridou-Heim

Nicolas de Largillière signe un record français avec ce portrait d’homme d’une fort belle allure. Le XVIIIe dans toute sa splendeur.

Nicolas de Largillière (1656-1746), Portrait présumé de Jean André Soubry (1703-1774), vers 1729, huile sur toile, 81 65 cm.
Adjugé : 546 100 

Les belles peintures de ce grand artiste du XVIIIe siècle qu’était Nicolas de Largillière (1656-1746) ne sont pas si nombreuses sur le marché, aussi est-il logique que lorsque l’une d’elles fait son apparition, elle soit reconnue à sa juste valeur. Ce portrait retenait 546 100 €, parfaitement dans la fourchette haute de ce type d’œuvres. Un résultat qui lui valait d’établir un record français pour l’artiste, devant les 514 250 € obtenus par l’Autoportrait en tenue d’atelier vendu chez Christie’s à Paris le 24 juin 2004 (source : Artnet). Jean André Soubry (1703-1774), puisque selon toute vraisemblance c’est de lui qu’il s’agit, est trésorier de France à Lyon – son père, Jacques Soubry (1656-1740), tenant la charge d’échevin dans la même ville. Les trésoriers de France, charge instaurée dès le XIIIe siècle, ne sont rien de moins que les administrateurs des Finances royales, assumant cette noble et haute tâche sous le nom de «Messieurs des Finances». La figure de celui-ci est pourtant bien jeune, autour de 26 ans lors de la réalisation de ce portrait par celui qui était demandé par les grands bourgeois, financiers, officiers et autres magistrats alors que son confrère et ami Hyacinthe Rigaud (1659-1743) officiait auprès de l’aristocratie – tant la qualité du résultat était parfait. En effet, comme nul autre, il savait allier à une vivacité et un esprit dans le traitement des visages un rendu des matières qui flattait au mieux le modèle représenté. La soie crisse, le drapé des velours casse là où il le doit, les dentelles – juste ce qu’il faut – font écho à la carnation. Si les portraits sont bien entendu réalisés d’après nature, en revanche, les tissus font l’objet d’études, d’où le degré de réalisme atteint, le souci du détail et la distinction qui s’en dégagent. À sa mort, Largillière aura contribué à renouveler la tradition française du genre pictural et à préparer la voie pour les générations suivantes. Cela vaut bien un record.

Panorama (après-vente)

Le Phare de la noble chartreuse de Bourgfontaine

Succès d’une tapisserie de Beauvais appartenant à la tenture des «Ports de mer» et provenant des collections de la chartreuse de Bourgfontaine.

Dans nos pages du 10 mai dernier (Gazette no 18, page 51) était mis en avant l’ensemble de mobilier provenant de l’ancienne chartreuse de Bourgfontaine. Parmi celui-ci se détachaient notamment une nature morte de fruits de l’entourage d’Abraham Bruegel (1631-1690), dont les melons juteux explosaient à 44 450 €, un mobilier de salon composé de six fauteuils et d’un canapé trois places à haut dossier plat ceinturé, du début de l’époque Louis XV (19 050 €), et cette tapisserie en laine et soie agrémentée d’oiseaux exotiques et de crustacés dans un paysage animé d’architectures portuaires. Tissée à la fin du XVIIe siècle par les artisans de la manufacture de Beauvais, cette pièce est connue puisqu’elle appartient à la tenture des «Ports de mer», réalisée à l’origine pour un mécène suédois, le comte Piper – Louis XIV en possédait une version de la première série. Devant son succès, elle sera plusieurs fois remise sur le métier au XVIIIe. On le comprend, à admirer le foisonnement des motifs tissés, autant d’instantanés de scènes de bord de mer – un pélican avale un petit poisson, des coraux émergent des flots, une langouste se promène dans l’herbe – qui donnent à l’ensemble une grande impression de vie, sans toutefois aucune recherche de réalisme. Son attrait ne se dément toujours pas puisque cette fois, c’est à 165 100 € qu’elle était décrochée.

mercredi 15 mai 2019 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Beaussant Lefèvre
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