Georges Jouve, une référence

Le 23 octobre 2019, par Sophie Reyssat

Épurée et sculpturale, la céramique noire à l’éclat satiné de Georges Jouve est dans l’air du temps, enchères à l’appui.

Georges Jouve (1910-1964), pied de lampe en céramique émaillée noir à lustre métallique, signature manuscrite et marque à l’alpha incisées sous la base, vers 1950, h. 60 cm.
Adjugé : 120 000 


Emporté à près du triple de son estimation, ce rare pied de lampe de Georges Jouve a été conçu dans les années 1950, alors qu’un vent de liberté et de renouveau souffle sur la céramique. Grâce à son talent, le noir devient une couleur, le lustre métallique lui donnant de la profondeur au contact de la lumière. Créant des reflets changeants sur la surface immaculée et lisse comme un miroir, celle-ci ferait presque danser la sculpturale et austère forme tronconique. Au nombre de six, les facettes favorisent les effets optiques, générant autant d’angles pour interagir avec la lumière, qui s’accroche aux arêtes de l’objet pour le gainer de clarté. Dans son atelier de la rue de la Tombe-Issoire, dans le 14e arrondissement de Paris, où il s’est installé après-guerre, Jouve a décliné cet effet métallique sur nombre de céramiques, de la soupière au calice. Certaines évoquent ainsi les objets bucchero réalisés par les Étrusques, dont l’argile très fine a été noircie dans la masse par une cuisson sans oxygène. Un autre objet du XXe siècle créait la surprise, à 44 240 € : un vase balustre chinois, dont la porcelaine émaillée polychrome s’orne d’une caille parmi des bambous. La peinture était également au rendez-vous. L’artiste néerlandais le plus en vue du début du XVIIe siècle pour les portraits officiels, Michel Jans Van Mierevelt, était ainsi remarqué à hauteur de 23 384 € pour le visage au regard perçant d’un homme aujourd’hui anonyme, peint sur panneau en 1637 (voir l'article Michiel Jans Van Mierevelt de la Gazette n° 35, page 104). Un joli minois s’invitait également sur le podium des résultats, moyennant 17 064 €, en la personne d’une ballerine immortalisée par Hassan El Glaoui. Fils du pacha de Marrakech, qui fut convaincu par Winston Churchill de le laisser suivre sa vocation aux Beaux-Arts de Paris, le peintre esquisse la jeune fille avec une douceur de tons et une légèreté de touche qui siéent parfaitement à la danseuse.

dimanche 20 octobre 2019 - 14:30 - Catalogue
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Goxe - Belaisch - Hôtel des ventes d'Enghien
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