Zamoyski, artiste philosophe

Le 18 juillet 2019, par Sophie Reyssat

Une tête en bronze façonnée par Zamoyski devient l’emblème du formisme polonais grâce à un record mondial.

Auguste Zamoyski (1893-1970), Tête de Franz Lowy, 1922, bronze à patine brune nuancée, signé, cachet de fondeur Valsuani, h. 49 cm.
Adjugé : 281 250 

Chaville se mettait à l’heure polonaise avec cette tête d’Auguste Zamoyski, qui suscitait l’engouement de ses compatriotes. Raisonnablement débutée à 25 000 €, la bataille d’enchères, une fois passée la barre des 60 000 €, ne se jouait plus qu’entre deux personnes, en salle et au téléphone. Ce dernier l’emportait moyennant 281 250 €, pour le plus grand bonheur d’un collectionneur polonais. Ce bronze de 1922  acquis auprès de la galerie Barreiro à Paris en 1950  n’est pourtant pas référencé par le Musée national de Varsovie, qui a signé auprès de ses héritiers français, en début d’année, l’acquisition d’une centaine de sculptures de Zamoyski et de ses droits d’auteur. Le musée de la Littérature de la ville conserve déjà les archives du sculpteur, depuis 2007. Avec ce résultat au quintuple de l’estimation (voir l'article Zamoyski, la métaphysique de la forme de la Gazette n° 27, page 54), ce bronze établit le record mondial pour une fonte de cet artiste, rarissime sur le marché (source : Artnet). Son art témoigne du formisme, un courant d’avant-garde né en Pologne en 1917. Influencé par l’abstraction et le cubisme venus de l’Ouest, il s’en démarque par son approche philosophique : avec la recherche de la forme pure, il s’agit d’atteindre l’essence cachée derrière les apparences. Pour Zamoyski, qui a suivi des études de philosophie avant la guerre de 1914, «l’art n’est pas une création, l’art est une découverte. Une découverte de la substance, du spiritus movens qui est dans la nature». Là réside la source de son inspiration pour ses œuvres, dont il compare la réalisation à une expérience mystique. Toujours à la recherche de nouveaux modes d’expression  et craignant de tomber dans le décoratif , il abandonna cependant assez vite le formisme pour revenir à la figuration, à la recherche cette fois de la «vue authentique» de la nature.

Panorama (après-vente)

La danse de Rakshasa

La sculpture prenait bien des visages à Chaville le dimanche 14 juillet (Chaville Enchères OVV). Outre le record, à 281 250 €, décerné à Auguste Zamoyski (voir page de gauche), l’expression sereine de ce Rakshasa en grès lui valait de décrocher 29 000 €. Coiffé d’une couronne et vêtu d’un sampot finement détaillé, le danseur a été sculpté à l’époque cambodgienne de Koh Ker, correspondant à notre Xe siècle (h. 114 cm). François Pompon était également au rendez-vous, grâce à son Grand cerf conçu en 1929-1930. La version en bronze à patine noire brillante fondue par Valsuani, emportée pour 20 000 €, est une épreuve post-mortem (58 38 22 cm), éditée par Andro en 1952 d’après la réduction n° 3.

dimanche 14 juillet 2019 - 14:30 - Live
9, rue Carnot 92370 Chaville
Chaville Enchères
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