Voici des fruits, des fleurs, des feuilles… et des portraits

Le 04 juillet 2019, par Anne Doridou-Heim

Les tableaux de la collection Yvonne et Jean Riechers déclinaient principalement le genre de la nature morte en France au début du XVIIe siècle. Des portraits plus discrets en furent la surprise.

Louyse Moillon (vers 1610-1696), Nature morte de quetsches, huile sur panneau de chêne parqueté, 31,5 48,5 cm.
Adjugé : 588 800 

Le public de Drouot était gâté pendant les quatre jours d’exposition des tableaux de la collection Riechers (voir l'article Collection Jean Riechers, autour des natures mortes de la Gazette no 23, page 16) : un éclairage particulièrement soigné, une présentation vidéo, d’opulentes corbeilles de fruits et des bouquets de fleurs renvoyant aux œuvres en présence… À l’exception de deux d’entre elles, toutes les natures mortes trouvèrent preneur les quatre autres œuvres délaissées par les amateurs concernant des paysages. Deux lots étaient extérieurs à cet ensemble. Il s’agissait d’un dessin d’Anne-Louis Girodet (1767-1824), Ariane, retiré avant la vente, et d’une peinture de Louyse Moillon (vers 1610-1696), une appétissante Nature morte de quetsches (voir ci-dessus) qui, à 588 800 €, obtenait la plus haute enchère. Les vingt-sept tableaux de la collection totalisaient frais compris 1 669 056 €, dont la surprise causée à 256 000 € par un Autoportrait présumé d’Henri Traivoel (reproduit ci-dessous). Au revers de la toile, une inscription mentionnait avant son rentoilage «Henry Traivoel - Pit» : à ce jour, c’est la seule œuvre connue de l’artiste, proche de Simon Vouet à Rome. Ce portrait ou autoportrait s’inscrit dans le milieu des peintres français de cette ville, inspiré par le caravagisme, et dans la tradition d’échange d’effigies entre artistes. Dans cette optique, on peut inclure également l’Autoportrait présumé de l’artiste de Lupicini (vers 1590-vers 1656), primé à 192 000 . Le modèle est pris sur le vif, la touche est libre, le cadrage serré. Certains ont rapproché Traivoel d’un Enrico Trevers, compagnon de Vouet lors d’un voyage à Gênes et à Milan. L’école lombarde du XVIIe siècle, à l’honneur au chapitre des natures mortes, récoltait 166 400 € pour un tableau inspiré des bols et coupes de fruits dépeints à Milan par le Caravage ou par Panfilo Nuvolone. Les fruits tavelés, les feuilles de vigne très découpées, la coupe d’orfèvrerie, les guêpes et autres insectes butinant le nectar des fruits mûrs : tous ces éléments inscrivent cette œuvre dans le mouvement de la Contre-Réforme, tant dans la capitale lombarde qu’aux bords de la Seine. Une production de Jacques Linard (1597-1645), Panier de quetsches et abricots sur un entablement, huile sur panneau de tilleul de 1638 adjugée 102 400 €, en témoigne : la composition plus sobre et la lumière caressant le velouté des fruits annoncent déjà Chardin. Une leçon dont se souviendra Prud’hon (1758-1823) dans ses académies d’homme où, comme dans la feuille présentée ici qui obtenait 140 000 €, pierre noire, estompe et rehauts de craie blanche modèlent le visage du sujet et rendent le grain serré de la peau (voir l'article Le Prud'hon de la collection Yvonne et Jean Riechers de la Gazette 24 page 54).

Henri Traivoel (actif à Rome en 1622), Autoportrait présumé, huile sur toile, 50,5 x 40,5 cm. Adjugé 256 000 €
Henri Traivoel (actif à Rome en 1622), Autoportrait présumé, huile sur toile, 50,5 40,5 cm.
Adjugé 256 000 
École lombarde, XVIIe siècle. Coupe de pêches sur un entablement, huile sur panneau, 22 x 34,7 cm. Adjugé : 166 400 €
École lombarde, XVIIe siècle. Coupe de pêches sur un entablement, huile sur panneau, 22 34,7 cm.
Adjugé : 166 400 
lundi 24 juin 2019 - 14:30 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Ader
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne