Picabia et Van Dael, double regard

Le 01 juillet 2021, par Anne Doridou-Heim

Un portrait double face de Francis Picabia séduisait par sa forte présence, et les femmes modèles de l’art moderne se voyaient offrir des fleurs flamandes. 

Francis Picabia (1879-1953), Portrait de femme et visage superposé (page 72) vers 1938-1939, et Tête de femme vers 1942-1943 (reproduite ci-contre), huile sur carton double face, 48,5 35 cm.
Adjugé : 331 760 €

Selon la tradition familiale, la «transparence» intitulée Portrait de femme et visage superposé, exécutée au recto de cette huile sur carton, comportant également au verso une Tête de femme, serait l’image de Gala, muse de Salvador Dalí (voir l'article P comme Picabia en double face de la Gazette n° 24, page 65). Cette brune d’origine russe, née à Kazan le 7 septembre 1894, était piquante. Avant de se marier avec le génie du surréalisme, elle avait épousé Paul Éluard et pris le peintre Max Ernst pour amant. On fait pire comme références artistiques ! L’égérie et le maître catalan auront en 1929 un véritable coup de foudre, qui durera cinquante-trois ans, jusqu’au décès de Gala. En 1938-1939, date de l'œuvre, elle incarne une jeune femme indépendante et de caractère, ce qu’exprime cette huile sur carton portée à 331 760 €. Ce résultat et cette présence rendent le récit familial très vraisemblable, d’autant que, si Picabia n’appartient pas véritablement au mouvement surréaliste, il en est proche et participe à nombre de leurs expositions. Venant d’un univers totalement différent, le Bouquet de fleurs dans un pot en terre sur un entablement de l’Anversois Jan Frans Van Dael était cueilli à 261 580 €. C’est une profusion florale que le plus parisien des maîtres flamands nous offrait à contempler. En effet, Van Dael s’installe à Paris en 1787 et expose dans tous les Salons de 1793 à 1833. Avec le Néerlandais Cornelis Van Spaendonck (1756-1839), il est considéré à juste titre comme l’un des plus grands peintres de fleurs de la capitale durant la première moitié du XIXe siècle. Un nouveau visage féminin venait clore en délicatesse cette sélection de résultats. Il s’agissait d’un Portrait imaginaire peint sur toile en 1950 par Léonard Tsuguharu Foujita. D’une facture illustrant parfaitement son don pour le trait, la peinture – se rapprochant d’une miniature par ses dimensions (27 22 cm) – était décrochée à 133 980 €.
 

Jan Frans Van Dael (1764-1840), Bouquet de fleurs dans un pot en terre sur un entablement, huile sur toile, 93 x 75,5 cm. Adjugé : 261 580
Jan Frans Van Dael (1764-1840), Bouquet de fleurs dans un pot en terre sur un entablement, huile sur toile, 93 75,5 cm. 
Adjugé : 261 580 
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