Face-à-face de poids

Le 19 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

D’un côté, Auguste Rodin avec Victor Hugo et de l’autre, César pour un hommage à la tour Eiffel : de ce duel au sommet, chacun sortait gagnant.

Auguste Rodin (1840-1917), Buste de Victor Hugo dit «À l’illustre maître», bronze à patine brun nuancé, fonderie Alexis Rudier, 38,1 16,8 cm.
Adjugé : 299 000 

Ce n’est pas la première fois que Victor Hugo apparaît sous le ciseau Auguste Rodin, mais ce buste en bronze dit «À l’illustre maître» est une fonte marquée «Alexis Rudier», exécutée donc du vivant de son auteur, avant 1916. Une qualité essentielle qui a mené l’artiste et son modèle vers ce résultat de 299 000 €. Le premier a voulu traduire l’immense admiration qu’il portait à l’écrivain, non sans intelligence d’ailleurs car, suivant les conseils d’Edmond Bazire (1846-1892), journaliste et ami, c’est le portrait d’un homme célèbre et adulé qu’il choisit pour se faire connaître du grand public. Nous sommes en 1883 : le sculpteur n’est pas encore «Rodin» lorsqu’il réalise cette œuvre, dans les conditions difficiles que beaucoup connaissent. S’il en accepte l’idée, Hugo refuse de se prêter aux traditionnelles séances de pose. Il faut travailler vite, sur le vif, faire de nombreux croquis, que l’artiste transcrit ensuite sur une esquisse en cours de modelage, avant que le poète brutalement ne stoppe le processus. Malgré tout, Rodin termine son œuvre. Il la fait réaliser en bronze, afin qu’elle soit présentée lors du banquet d’anniversaire des 82 ans de l’»Illustre». Exposée quelques semaines plus tard au Salon de 1884, elle sera très admirée, bien que son caractère inachevé dérange quelques sourcilleux. Pour faire face dans cette vente, il fallait un autre géant : ce fut César (1921-1998) avec sa Plaque Eiffel. Il s’agit d’un exemplaire imposant, posé à 234 000 €, d’une œuvre entreprise le 20 octobre 1984, à Jouy-en-Josas, à partir de poutrelles démontées lors de l’opération d’allègement de la vieille dame de fer. Là encore, le choix avait valeur d’hommage : l’œuvre finale, de près de dix-huit mètres de haut et pesant cinq cents tonnes, a été installée dans le parc du château du Montcel pour marquer l’inauguration de la Fondation Cartier. Les plaques revêtent un rôle essentiel dans le processus créatif de César, et celle-ci tout particulièrement de par son thème.
 

César Baldaccini, dit César (1921-1998), Plaque Eiffel, 1989, bronze soudé, fonte Romain Barelier, numérotée EA 2/4, 280 x 185 x 150 cm. A
César Baldaccini, dit César (1921-1998), Plaque Eiffel, 1989, bronze soudé, fonte Romain Barelier, numérotée EA 2/4, 280 185 150 cm.
Adjugé : 234 000 
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