Juan Gris parmi les pionniers

Le 07 janvier 2021, par Anne Doridou-Heim

Ce tableau affichait toutes les qualités du maître cubiste et une provenance remarquable, celle de Léonce Rosenberg.

Juan Gris (1887-1927), Compotier et verre, 1916, huile sur panneau, 61 38 cm.
Adjugé : 2 170 000 

Harmonieuse et construite en couverture de la Gazette n° 44 (voir l'article Juan Gris et Léonce Rosenberg, un peintre et un marchand en guerre), cette nature morte à motifs de Compotier et verre emportait 2 170 000 €. Exécutée par Juan Gris (1887-1927) en 1916, en pleine Première Guerre mondiale, l’œuvre avait le grand mérite d’avoir un pedigree prestigieux, ayant appartenu jusqu’à son décès à Léonce Rosenberg (1879-1947). L’histoire des relations fructueuses entre le jeune maître cubiste et son nouveau marchand – celui-ci ayant succédé à Daniel-Henry Kahnweiler, exilé pour cause de nationalité allemande – était relatée du même numéro. Celle-ci est connue notamment grâce à la correspondance de cent vingt lettres échangées entre les deux hommes durant le terrible conflit. Ces écrits, récemment redécouverts, en apprennent beaucoup sur l’évolution de l’artiste dans ces années essentielles pour l’élaboration de son discours pictural. Juan Gris, Espagnol comme son contemporain, confrère et ami Pablo Picasso (1881-1973), est arrivé à Paris en 1906. Comme beaucoup, il est séduit par l’esthétique des Ballets russes avant de se tourner vers le cubisme synthétique, abordé dans la lignée de Braque et du Malaguène, mais avec une facture très personnelle qui se retrouve sur ce panneau : des formes construites, mais en douceur et dans des couleurs traitées en camaïeu. Une voie plus cérébrale et reconnue certes par Apollinaire, qui parle de «sa capacité à composer son intellectualisme par une étude attentive de la nature», mais qui le laisse à la marge des pionniers du cubisme, dont il est pourtant l’un des membres et des meilleurs représentants. Gris est mort en 1927, à 40 ans seulement et sans avoir rencontré le succès public. Ce n’est que dans les années 1950, en pleine relecture de cette période fondamentale de l’histoire de l’art du début du XXe siècle, qu’il y a pris toute sa place. Il ne l’a plus quittée depuis.

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