Deux Lemoyne plutôt qu’un

Le 12 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Alors que Versailles emportait une étude de François Lemoyne pour le plafond du salon d’Hercule, cette paire de vases de Sèvres, dont l’un est orné d’une scène antique d’après le même artiste, s’envolait.

Paire de vases ovoïdes sur piédouche en porcelaine, ornés respectivement sur une face d’Orythie enlevée par Borée d’après François-André Vincent et du Temps sauvant la Vérité du Mensonge et de l’Envie d’après François Lemoyne, de paysages de sous-bois sur l’autre, monture en bronze doré, trois des peintures portant la signature «A. Schilt Sèvres», la quatrième «Ab. Schilt Sèvres 84», h. 125 cm.
Adjugé : 393 700 

Surprises de taille dans la vente de Baussant Lefèvre et ce, dès les premières enchères. La première concernait un dessin. Au dos de la feuille de papier bleu, enlevée à 66 040 €, une annotation à la plume, «no 1 Étude de l’Hercule», mettait déjà sur la piste de Versailles. Le sujet le confortait ensuite et l’auteur du dessin aussi. Il s’agit en effet d’une œuvre de François Lemoyne (1688-1737), peintre qui se vit confier l’embellissement du plafond du salon d’Hercule, dernière pièce des Grands Appartements à avoir été créée sous le règne de Louis XIV. Achevé en 1736, il s’agit très certainement du chef-d’œuvre de l’artiste. La vaste composition allégorique, sous le titre de L’Apothéose d’Hercule, met en scène pas moins de cent quarante-deux personnages : un travail titanesque qui épuisera son auteur, lequel, malgré sa nomination en tant que Premier peintre du Roi par Louis XV pour l’en récompenser, se suicidera par l’épée en juin de l’année suivante. Pour l’inauguration en grande cérémonie du 26 septembre 1736, le journal du Mercure de France présente un long texte renseignant dans le détail sur l’exécution de cette commande. Ainsi peut-on lire : «Depuis deux ans que nous travaillons au Mercure de France, nous avons toujours eu une attention particulière à célébrer les Beaux Arts ; mais nous n’avons jamais eu une si belle occasion que celle qui se présente aujourd’hui, et nous croirions n’avoir rien fait pour leur gloire, si nous négligions de parler du grand Ouvrage en peinture à l’huile qui vient d’être découvert aux yeux de tous…» On aurait pu écrire de même pour Le Temps sauvant la Vérité du Mensonge et de l’Envie, une toile réalisée par Lemoyne dans les six derniers mois de sa vie (aujourd’hui conservée à la Wallace Collection de Londres). Le sujet allait en tout cas séduire la manufacture de Sèvres, qui, en 1884, allait demander à l’un de ses peintres de personnages, François Philippe Abel Schilt (y étant actif de 1847 à 1880), de le reproduire sur la panse d’un grand vase ovoïde possédant un pendant (sur l’autre, Orythie enlevée par Borée d’après François-André Vincent). La paire, enrichie de montures de bronze doré assez impressionnantes, illustrant la virtuosité de la fabrique et le goût de l’époque pour les pièces chargées, emportait 393 700 €.
 

François Lemoyne (1688-1737), Étude pour une figure d’Hercule, pierre noire et craie blanche sur papier bleu, 31,5 x 24 cm. Adjugé : 66 04
François Lemoyne (1688-1737), Étude pour une figure d’Hercule, pierre noire et craie blanche sur papier bleu, 31,5 24 cm.
Adjugé : 66 040 
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