Théodore Chassériau, portraitiste mondain

Le 23 janvier 2019, par Anne Doridou-Heim
Théodore Chassériau (1819-1856), Portrait de M. Georges Brölemann, 1850, crayon noir sur papier marouflé sur carton, 32,6 x 24,3 cm.
Adjugé : 393 600 €

Il a belle allure, c’est incontestable. Âgé de 24 ans au moment de la pose, cigare à la main, favoris épanouis, redingote ouverte et haut de forme négligemment déposé, Georges Brölemann affiche toute la nonchalance élégante d’un jeune homme bien né. Son père est un important négociant soyeux lyonnais, dont il prendra la suite avant de se tourner vers la finance et de devenir l’administrateur du Crédit Lyonnais (1863), puis de la Société Générale (1864). Le portrait semble fidèle, puisqu’il est proche de celui exécuté par Hippolyte Flandrin (1809-1864) en 1855. De plus, l’exécution de ce dessin est parfaitement maîtrisée. À l’aide d’un simple crayon noir, le peintre Théodore Chassériau (1819-1854) donne corps en 1850 à un homme d’une grande présence, au regard accrochant celui du spectateur. Autant de qualités l’ayant conduit à obtenir un record mondial absolu pour une œuvre sur papier de l’artiste : 393 600 €. De fait, le précédent, dans le même esprit et appartenant à cet ensemble de portraits mondains auxquels il s’est attaché tout au long de sa carrière, avait été adjugé 87 500 $ à New York chez Christie’s, le 27 janvier 2016. Il est vrai qu’avec ce résultat l’artiste se rapproche de ceux de son maître, Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), dont il a parfaitement retenu les leçons. Chassériau n’a que 11 ans lorsqu’il entre dans l’atelier du peintre. Ce dernier est tout de suite impressionné par les dons de son jeune élève et, lorsqu’en 1834 il part pour la direction de la villa Médicis, à Rome, il souhaite l’emmener avec lui. Des difficultés financières empêcheront ce projet, et ils ne se retrouveront dans la Ville éternelle qu’en 1840. Le jeune homme a alors beaucoup grandi et mûri, s’est ouvert à l’art
d’Eugène Delacroix et à l’utilisation généreuse des couleurs. En 1846, Chassériau prend le bateau pour Alger, et son œuvre ultérieure sera marquée par ce séjour de deux mois. Gagné par l’orientalisme, il produira alors quelques-uns de ses chefs-d’œuvre. Avec un talent inné, il concilie dans ses tableaux les leçons de ces aînés et teinte de fougue romantique la pureté classique des lignes ingresques. On le voit, jamais il ne cessera de regarder du côté d’Ingres et de rendre hommage à ce premier mentor, ainsi que ce dessin exécuté en 1850, soit peu de temps avant son décès prématuré à 37 ans, le prouve.

lundi 03 décembre 2018 - 14:15 - Live
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