À Bordeaux, des préemptions autour de l’œuvre de Monfreid

Le 10 décembre 2020, par Philippe Dufour

Centrée autour de la dispersion de la collection George-Daniel et Henry de Monfreid, cette vacation a évoqué l’amitié indéfectible qui liait ce peintre à un monstre sacré de l’art moderne : Paul Gauguin.

George-Daniel de Monfreid (1856-1929), Autoportrait à la veste blanche, 1889, huile sur toile signée en bas à gauche « Daniel » et datée « 14 juin 1889 », 65 49 cm.
Adjugé : 90 376 

L’artiste lui-même était présent à travers son Autoportrait à la veste blanche (voir l'article Monfreid et Gauguin, une amitié artistique de la Gazette n° 42, page 145), nous toisant fièrement, bras croisés et de trois quarts. La toile (65 49 cm) est précisément datée du «14 juin 1889», et s’inscrit dans la courte période divisionniste de George-Daniel de Monfreid. Autre atout pour cette œuvre d’une grande modernité : elle a été exposée au café Volpini avec le «Groupe impressionniste et synthétiste», au moment de l’Exposition universelle de 1889… Peu étonnant, donc, qu’elle ait été préemptée à 90 376 € et qu’elle prenne bientôt le chemin du musée d’art Hyacinthe-Rigaud, à Perpignan. En revanche, le second Autoportrait à la boîte de peintures n’a pas trouvé preneur. Grand ami de Gauguin, qui l’a nommé comme son exécuteur testamentaire, Monfreid a exécuté un travail de mémoire à la gloire de l’exilé des Marquises… L’artiste devait ainsi réaliser les bois gravés pour Noa Noa, ce fameux récit composé vers 1893-1894 par Paul Gauguin sur les souvenirs de son premier voyage à Tahiti, notamment ses amours avec Tehema et l’imaginaire ancestral maori. Lors de la vacation, ils étaient au nombre de vingt-six, dont vingt-trois ont été publiés dans l’édition de Crès (1924). Cet ensemble unique a été préempté à 25 280 €, également par le musée de Perpignan. George-Daniel de Monfreid aimait à noter toutes ses impressions, jusqu’aux détails de sa vie au quotidien, dans des carnets journaliers, qu’il devait soigneusement conserver. Remplis de 1896 à 1907, en 1909 et puis encore de 1916 à 1929, ces quatre-vingt-quinze témoins relatent ainsi ses rencontres avec d’autres artistes ou ses jugements sur eux, tels Albert André, Boutet de Monvel, Cézanne, Maillol, Matisse, Steinlen, etc. Ils ont été achetés 11 502 €… toujours par la même institution roussillonnaise.

George-Daniel de Monfreid (1856-1929), ensemble de vingt-six bois gravés pour l’édition de 1924 par Crès de Noa Noa de Paul Gauguin. Adjug
George-Daniel de Monfreid (1856-1929), ensemble de vingt-six bois gravés pour l’édition de 1924 par Crès de Noa Noa de Paul Gauguin.
Adjugé : 25 280 
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