Tout feu, tout flamme

Le 12 mars 2020, par Philippe Dufour

Cette vente cannoise a été l’occasion d’une surprise : l’envol d’une faïence du XVIIIe siècle, pointant un regain d’intérêt en ce domaine, surtout pour les productions de qualité. Mais, d’un Saint Jérôme à un coffret péruvien, elle n’était pas la seule à occuper le devant de la scène.

Moustiers, plaque en faïence polychrome, vers 1760, 37 36 cm.
Adjugé : 30 000 

Cette exceptionnelle plaque en faïence exécutée à Moustiers au XVIIIe siècle a fusé à 30 000 €, à partir d’une estimation haute de 6 000 €. Elle adopte une forme rectangulaire à pans incurvés, surmontée d’un fronton formé d’une coquille, elle-même entourée par deux dauphins affrontés et deux pots à feu. Son décor polychrome met en scène sept jeunes femmes symbolisant les vertus : la foi, l’espérance, la charité, la justice, la prudence, la tempérance et le courage. Elles se détachent sur un paysage boisé orné d’une fontaine, complété d’une inscription dans un phylactère «Maior… horum est Charitas». Provenant de l’ancienne collection Marius Bernard, cette pièce décorative avait été montrée dans l’exposition «Faïences provençales – Trésors des collections privées», à Grasse en 1992. Place à la peinture de la Renaissance ensuite, avec l’étonnant Saint Jérôme attribué à Willem Key (voir l'article Un saint Jérôme attribué à Willem Key de la Gazette n° 8, page 98), peint sur un panneau de chêne (107 x 78,5 cm). Le saint homme, retiré dans le désert avec un lion pour seul compagnon, témoignait de l’art, peu fréquent en salle des ventes, de son auteur anversois. Un esthète suisse l’emportait pour 20 000 €. Lui succédait un objet tout aussi rare, sous nos latitudes en tout cas : ce coffret (17 22,5 11,5 cm) ayant vu le jour en Amérique du Sud vers 1650-1700, saisi pour 16 500 €. Son origine demeure encore sujet à interrogations : il pourrait s’agir de la ville de San Juan de Pasto, dans l’ancienne vice-royauté du Pérou, aujourd’hui en Colombie, ou encore de Quito, en Équateur. Sa technique, elle, est bien répertoriée, puisqu’il s’agit d’un vernis dit «de Pasto» ; issu d’une tradition indigène, cet art utilise la résine de l’arbre «mopa mopa» pour décorer des objets en bois, très prisés au temps de la colonisation espagnole.

Ancienne vice-royauté du Pérou (Colombie), ou Quito (Équateur), vers 1650-1700. Coffret en vernis de Pasto, 17 x 22,5 x 11,5 cm. Adjugé :
Ancienne vice-royauté du Pérou (Colombie), ou Quito (Équateur), vers 1650-1700. Coffret en vernis de Pasto, 17 22,5 11,5 cm.
Adjugé : 16 500 
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne