Gazette Drouot logo print

Jusepe de Ribera à nouveau millionnaire

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Le thème du repentir de l’apôtre est l’un des plus forts de la Contre-Réforme italienne, il était ici magistralement transcrit par Jusepe de Ribera. 

Jusepe de Ribera à nouveau millionnaire
Jusepe de Ribera (1588-1656), Saint Pierre repentant, huile sur toile signée et datée «Jusepe de Ribera espanol F / 1638», 76 x 64 cm. 
Adjugé : 1 430 000 €

Les tableaux de Ribera se suivent sur le marché parisien, et même s’ils ne se ressemblent pas, ils ont un point commun, ils sont faiseurs de résultats élevés ! Après les 1 820 000 € obtenus chez Daguerre le mardi 16 juin 2020 (voir l'article Un sémillant vieillard de Ribera page 113 de la Gazette n°  25 du 26 juin 2020) par Un philosophe : l’heureux géomètre, une nouvelle toile apparaissait à la veille de Noël. Il s’agissait de la lumineuse figure de saint Pierre repentant émergeant du fond ténébreux de la toile à 1 430 000 € (voir l'article Un saint Pierre inédit signé de Jusepe de Ribera de la Gazette n° 40, page 16). Que d’émotion dans le visage de celui qui par trois fois renia le Christ pour ne pas avoir à le suivre dans son supplice, que d’humanité dans ce regard implorant et que de qualités picturales développées par Ribera pour parvenir à toucher l’âme du croyant ! Le peintre délivre un message fort : l’homme n’est qu’homme, il a le droit de se tromper et de se repentir, le pardon lui sera accordé lorsque sa sincérité aura été reconnue. «Dieu est grand et bon, semble-t-il nous dire, il faut croire et vous serez sauvé.» On comprend comment il s’inscrit dans le contexte particulier de la Contre-Réforme et combien il a dû résonner. Inédite, cette version – Ribera en a exécuté d’autres, aidé de son atelier – a appartenu au cardinal Flavio Chigi (1631-1693). Dans la Rome de la seconde moitié du XVIIe siècle, l’ecclésiastique n’est pas n’importe qui. Outre son goût pour les arts – son palais est dessiné par le Bernin et ses collections de peintures sont immenses , il évolue auprès du pape Alexandre VII, son oncle, dont le pontificat est marqué par la lutte contre le jansénisme. Cette stricte doctrine religieuse issue du catholicisme propose de revenir aux idées de saint Augustin en s’opposant aux indulgentes habiletés des jésuites pour sauver les âmes des pécheurs. Lorsque l’on sait que le prélat, devenu légat pontifical à Avignon (de 1657 à 1668), y fit frapper une monnaie de contrefaçon – des ottavetti – qui sera diffusée dans le Levant avec un fort bénéfice et au détriment du roi de France, on comprend mieux qu’il ait eu besoin de croire en la possibilité du pardon divin. 

L’humanité de saint Pierre reconnue

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Le thème du repentir de l’apôtre est l’un des plus forts de la Contre-Réforme italienne, et était magistralement délivré ici par Jusepe de Ribera.

L’humanité de saint Pierre reconnue
Jusepe de Ribera (1588-1656), Saint Pierre repentant, huile sur toile signée et datée «Jusepe de Ribera espanol F / 1638», 76 x 64 cm.
Adjugé : 1 430 000 

Les tableaux de Jusepe de Ribera se suivent sur la place parisienne et même s’ils ne se ressemblent pas, ils ont un point commun : ils sont faiseurs de très hauts résultats. Après les 1 820 000 € obtenus chez Daguerre le 16 juin 2020 par Un philosophe : l’heureux géomètre (voir l'article Un sémillant vieillard de Ribera de la Gazette n° 25 de 2020, page 113 ), une nouvelle toile du maître apparaissait à la veille de Noël… Il s’agissait cette fois de cette lumineuse figure de Saint Pierre repentant, ornant la couverture de la Gazette n° 40 (voir l'article Une toile inédite de Jusepe de Ribera sort saint Pierre des ténèbres) et émergeant du fond ténébreux de la toile à 1 430 000 €. Que d’émotion dans le visage de celui qui par trois fois renia le Christ pour ne pas avoir à le suivre dans son supplice ! Que d’humanité dans ce regard implorant et que de qualités développées par Ribera pour parvenir à toucher l’âme pure du fidèle ! Le peintre délivre ici un message fort : l’homme n’est qu’homme. Il a le droit de se tromper et de se repentir, le pardon lui sera accordé si sa sincérité est reconnue. Dieu est grand et bon, semble-t-il ajouter, «croyez et vous serez sauvé». L’œuvre s’inscrit dans le contexte particulier de la Contre-Réforme, et l’on comprend combien elle a dû faire écho. Cette version – aidé de son atelier, le maître en exécuta d’autres –, outre son caractère inédit, a appartenu au cardinal Flavio Chigi (1631-1693). Dans la Rome de la seconde moitié du XVIIe siècle, l’ecclésiastique n’est pas n’importe qui : doté d’un grand goût pour les arts – son palais est redessiné par le Bernin et ses collections de peintures immenses –, il évolue auprès d’un pape – Alexandre VII –, par ailleurs son oncle, dont le pontificat est marqué par la lutte contre le jansénisme. Cette stricte doctrine religieuse issue du catholicisme propose en effet de revenir aux idées de saint Augustin, en s’opposant aux indulgentes habiletés des jésuites pour sauver l'âme des pécheurs. Lorsque l’on sait que le prélat, devenu légat pontifical à Avignon de 1657 à 1668, y fit frapper une monnaie de contrefaçon – des ottavetti, qui furent diffusés dans le Levant avec un fort bénéfice – et ce au détriment du roi de France, on conçoit qu’il ait voulu croire en la possibilité
du pardon divin.

Panorama (après-vente)

Paisibles paissantes

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Albert Cuyp (1620-1691) est le grand animalier du siècle d’or hollandais. Une étude à la pierre noire et lavis gris montrant Deux vaches (13,5 x 18,5 cm)...

Paisibles paissantes

Albert Cuyp (1620-1691) est le grand animalier du siècle d’or hollandais. Une étude à la pierre noire et lavis gris montrant Deux vaches (13,5 18,5 cm) apparaissait chez Gros & Delettrez à Drouot, le 13 décembre, et y recevait 52 000 €. Celle de gauche se retrouve de manière quasiment identique sur un tableau de la National Gallery de Londres, Troupeau près de Dordrecht. Paisibles, les deux herbivores faisaient écho aux vers écrits par Marcel Proust – qui savait aussi se faire poète – dans Les Plaisirs et les Jours (1896) : «Sans troubler par leur trot les bœufs dont le troupeau/Rêve dans un brouillard d’or pâle et de repos».

Gazette Drouot
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne
Gazette Drouot