Le style anglo-hollandais du XVIIe siècle fait des vagues

Le 18 février 2021, par Anne Doridou-Heim

L’ébénisterie anglaise à l’heure de la Hollande du XVIIe siècle séduisait par son décor évoquant les algues marines.

Attribué à Gerrit Jensen (1667-1715), cabinet en placage d’acajou et palissandre, pierres dures, paesine, bronze doré, bois doré et noirci, piétement d’époque Regency, Angleterre vers 1830, 176 140 49,6 cm. 
Adjugé : 152 100 

La marqueterie anglaise dite seaweed est traditionnellement associée aux fabricants de cabinets hollandais et flamands travaillant dans la seconde moitié du XVIIe siècle, et plus spécialement à l’un d’entre eux, Gerrit Jensen. La raison en est simple. Lorsqu’il prend le trône d’Angleterre en 1689, le prince Guillaume d’Orange III amène avec lui ses ébénistes, puis les persécutions religieuses sur le continent en font venir d’autres. Ils vont donner naissance à un style bien particulier, correspondant à la période du règne de Guillaume et Marie (jusqu’en 1702) et qui perdure sous celui de la reine Anne. Les meubles qui sont alors réalisés ont la forme du cabinet hollandais, mais pour s’adapter aux dimensions des pièces en vogue à cette époque, leur taille est plus petite – quoique ce modèle-ci soit assez imposant ! Surtout, ils présentent cette marqueterie si particulière en libres arabesques, dite seaweed parce qu’elle évoque les algues du fond de la mer. Associée à des pierres dures et des paesine, elle donne naissance à ces cabinets d’une grande originalité, contemporains des modèles d’André-Charles Boulle et Pierre Gole. Cet exemplaire, porté par un piétement en bois sculpté doré à quatre pieds griffe en enroulements de feuilles d’acanthe, à la ceinture présentant coquilles et palmettes, inspiré des réalisations de l’architecte William Kent (1684-1748), ne manquait pas de prestance, il retenait 152 100 €. En cette journée hivernale, l’après-midi, riche en objets d’art et d’ameublement, se réchauffait auprès d’un poêle en faïence émaillée blanche de belles dimensions (h. 276 cm) fabriqué dans l’est de la France au XIXe siècle, dont les braises attisaient 46 800 €. Une enchère de 54 600 € venait se déposer dans un vase «gu» chinois en bronze doré (h. 48 cm) de style archaïsant. Une surprise. Une pendule «au char du triomphe de Bacchus enfant», à 48 100 €, sonnait l’heure du baisser de rideau. Ce modèle français de la fin du XVIIIe siècle, attribué à Pierre-Philippe Thomire (1757-1843) et dont le mouvement est signé de l’horloger Jean-Joseph Liautaud, présentait une particularité supplémentaire. Ce n’était pas des cygnes, ni des lionnes, des bœufs ni même des chevaux qui tiraient le char, mais des boucs.

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