Delacroix et la Chine

Le 08 avril 2021, par Anne Doridou-Heim

Une statue de daim en bronze et une aquarelle d’Oriental se faisaient face, chacune consciente de sa superbe.

Chine, époque Qianlong (1736-1795). Statue de daim en bronze à traces de dorure, debout, la jambe gauche repliée, le pelage tacheté, h. 73 cm, l. 67 cm.
Adjugé : 103 040 

Non, vous n’avez pas oublié vos cours d’histoire de l’art. Le peintre Eugène Delacroix ne s’est jamais rendu en Chine ! Il s’est bien arrêté en Orient, d’où il a rapporté des carnets de dessins superbes, prémices à des œuvres qui le sont tout autant. Simplement, raccourci des ventes aux enchères, il se trouvait ici aux côtés d’un daim en bronze – ayant conservé quelques traces de dorure – fondu dans un atelier chinois sous le règne de Qianlong (1736-1795), sixième empereur de la dynastie Qing. Celui-ci, débusqué en page 49 de la Gazette n° 12 du 26 mars (voir l'article Noblesse et longévité pour un daim d'époque Qianlong), avance guilleret, la patte avant gauche levée et le pelage encore frais. Pièce originale non tant par son sujet – un classique de l’art chinois, pour ce cervidé doté de bien des vertus – que par sa dimension et surtout le but de sa réalisation, demeurant inexpliqué, la statue recevait 103 040 €. Arrêt sur le chemin du retour vers l’Europe avec une aquarelle de Delacroix donc, dépeignant un Oriental en pied (reproduite page de gauche). La feuille dessinée par le maître se trouve être l’ornement le plus désiré d’un album amicorum, composé de 96 œuvres sur papier. On y trouve, page après page, un abricotier, des paysages animés de ruines, de monuments, des études de costumes et d’arbres, des personnages célèbres, des anonymes en pied… ainsi que quelques noms de petits maîtres de la première moitié du XIXe siècle comme Félix Storelli (1778-1854), Louis Lafitte (1770-1828), Hippolyte Bellange (1800-1866) ou Victor-Jean Nicolle (1754-1826). Thèmes et auteurs contribuent à faire de cet album un témoignage de la société artistique de l’époque Charles X. Ce document a de plus été réuni par Adèle de Maillé La Tour Landry, comtesse d’Hautefort (1787-1850), et évoque donc le souvenir de la duchesse de Berry, à laquelle la comtesse a été attachée en tant que dame de compagnie dès son arrivée en France en 1816. Fidèle parmi les fidèles, elle la rejoignit dans sa captivité à la citadelle de Blaye et ne la quitta qu’à son départ pour Palerme en 1833. Œuvre de mémoire, cet ensemble était emporté à 51 520 €.

Album amicorum composé par la comtesse d’Hautefort (1787-1850), comprenant 96 œuvres sur papier dont une aquarelle d’Eugène Delacroix (179
Album amicorum composé par la comtesse d’Hautefort (1787-1850), comprenant 96 œuvres sur papier dont une aquarelle d’Eugène Delacroix (1798-1863), Oriental en pied, 23 15 cm (détail reproduit).
Adjugé : 51 520 
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