À la table de la collection André-François Petit

Le 07 janvier 2021, par Anne Doridou-Heim

Les peintres surréalistes y étaient à la fête et Leonora Carrington, une femme, la dominait de sa superbe provocation, une fois n’est pas coutume.

Leonora Carrington (1917-2011), Le Repas de lord Candlestick, 1938, huile sur toile, 46 61 cm.
Adjugé : 698 500 

L’Événement de la Gazette n° 41 (voir l'article André-François Petit, un fou du surréalisme ! page 12) délivrait en quelques touches précises l’itinéraire du marchand André-François Petit (1924-2005), un homme aussi discret que fou de surréalisme à qui la dispersion de la succession de son fils, Stéphane Petit, a permis de donner un puissant hommage. Ses choix opérés en conscience et toujours dans le but de défendre le mouvement ont été largement récompensés, la vente recueillant pas moins de 2 307 897 €. Une artiste féminine y a été plébiscitée. La Mexicaine d’origine anglaise Leonora Carrington (1917-2011), rarement présente sur le marché hexagonal et nulle part ailleurs avec des œuvres de 1938, ne pouvait passer inaperçue. Le Repas de lord Candlestick (reproduit ci-dessus) s’y installait à 698 500 €, signant au passage un record français (source : Artnet), et Les Chevaux de lord Candlestick (35,5 46 cm) y caracolaient à 254 000 €. Il s’agit de deux chefs-d’œuvre de cette peintre et romancière, enfant rebelle et indisciplinée réfugiée dans les contes fantastiques de Lewis Carroll, dont la carrière fut marquée par sa rencontre et son coup de foudre pour Max Ernst. Avec lui, elle quitte l’Angleterre pour la France et est introduite auprès des surréalistes. André Breton, séduit, inclut certains de ses textes dans ses publications. Nous sommes en 1938, une année charnière donc et celle de l’exécution de ces deux œuvres personnelles. «Lord Candlestick» est en effet le surnom qu’elle donne à son père et les chevaux, l’autre refuge de sa jeunesse… Carrington règle là, définitivement et avec une provocation superbe, ses comptes avec le milieu catholique et strict dont elle provient, celui qui lui promettait mariage et beaux enfants. Dans Le Repas de lord Candlestick, la table de salle à manger familiale est peinte à la manière d’un autel et le rituel de l’eucharistie, transormé en une démonstration de barbarie. Il peut être également vu comme le manifeste d’une femme choisissant de voler vers la liberté et de former son destin d’artiste en dévorant – surréalistiquement – les symboles de son éducation. Sans transition, d’autres hommes entraient en scène. Salvador Dalí, Victor Brauner, Hans Bellmer et Dado…
 

Traitée en frise, cette toile de 1965 figurant un Massacre recueillait 39 742 €. C’est du cerveau de Dado (1933-2010) qu’est née cette scè
Traitée en frise, cette toile de 1965 figurant un Massacre recueillait 39 742 €. C’est du cerveau de Dado (1933-2010) qu’est née cette scène dont le titre renvoie aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale auxquelles il a assisté dans sa jeunesse. Comme souvent, il choisit ici un traitement en explosion de couleurs vives sur un fond neutre et laisse entrevoir l’anatomie des personnages. Faisant œuvre de pionnier une nouvelle fois, André-François Petit défend le jeune artiste fraîchement débarqué du Monténégro et s’inscrivant dans la mouvance surréaliste, avant que celui-ci ne lui fasse faux bond et ne rejoigne la galerie Isy Brachot.

13 ému et mon mystère est le nom de cette énigmatique fleur traitée à la gouache (65 x 49,5 cm) en 1936, soit aux premières années de son
13 ému et mon mystère est le nom de cette énigmatique fleur traitée à la gouache (65 49,5 cm) en 1936, soit aux premières années de son adhésion au surréalisme, par Victor Brauner (1903-1966). Sa corolle ornée de bouches envoyait un baiser à 35 896 €. Le peintre d’origine roumaine est un membre singulier du mouvement auquel le musée d’Art moderne de Paris consacrait à l’automne une importante monographie, titrée «Je suis le rêve, je suis l’inspiration». La présentation en a malheureusement été rapidement stoppée, celle-ci devant s’achever le 10 janvier.
Comme Brauner, Hans Bellmer (1902-1975) est l'un des poulains défendus par la galerie André-François Petit. Ce dessin au crayon rehaussé d
Comme Brauner, Hans Bellmer (1902-1975) est l'un des poulains défendus par la galerie André-François Petit. Ce dessin au crayon rehaussé de blanc, daté 1961 et titré Unica avec l’œil sexe (64,5 49 cm), est bardé d’étiquettes d’expositions – pas moins de six entre 1967 et 1996, dont deux accrochages au Centre Pompidou. Des informations essentielles qui lui ont permis de s’envoler à 83 820 €.
Étrange et sonnante, La Prémonition des tiroirs, une horloge en bronze à patine verte (h. 20,5, l. 39 cm) issue de l’imagination débridée
Étrange et sonnante, La Prémonition des tiroirs, une horloge en bronze à patine verte (h. 20,5, l. 39 cm) issue de l’imagination débridée de Salvador Dalí (1904-1989) et d’un dessin de 1934, indiquait gaillardement 123 190 €. Pour lui donner vie en trois dimensions, le Catalan a fait appel au sculpteur Onelio Vignando, et c’est la maison Valsuani qui en assura l’édition en bronze en 1973, à la demande de la galerie André-François Petit. Il s'agit ici de l’une des quatre épreuves d’artiste.
© Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / Adagp, Paris 2020
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne