Joseph Bernard : la danse du bronze

Le 03 décembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Emmenées par un faune joyeux de Joseph Bernard, les sculptures modernes jouaient de leurs fontes et de leurs patines pour retenir l’attention.

Joseph Bernard (1866-1931), Faune dansant, deuxième état, modèle créé vers 1912, bronze à patine brune nuancée de vert, numéroté 5, cachet «C. Valsuani Cire perdue», h. 71 cm.
Adjugé : 49 200 

En juin dernier, La Piscine de Roubaix devait inaugurer une belle exposition consacrée à Joseph Bernard (1866-1931), un artiste connu des amateurs mais assez peu montré en institution. La pandémie en a décidé autrement, et il faudra attendre mars 2021 pour découvrir la variété de l’œuvre de celui qui fut très présent sur la scène artistique de la période art déco. Cet Isérois, fils d’un tailleur de pierre, est en effet celui qui a initié le retour à la taille directe, une action lui valant d’occuper une place d’honneur dans la sculpture de son temps. Il a livré aussi une véritable ode à un corps humain idéal, livrant une esthétique pure de la beauté plastique. Comme un petit avant-goût, ce Faune dansant, deuxième état d’un modèle créé vers 1912, sortait de l’ombre et esquissait un mouvement qui le menait à 49 200 €. Cette sculpture montre le goût de Bernard pour l’art de Terpsichore, un thème qu’il a souvent traité dans de petits groupes et dont la pièce maîtresse est La Frise de la danse, un marbre conservé au musée d’Orsay. Il est plus rare que le sujet soit isolé… Celui-ci lui aurait été inspiré par une représentation au théâtre du Châtelet en 1912 de L’Après-midi d’un faune, composé par Debussy et avec Nijinski dans le rôle-titre. Ce faune dansait-il pour séduire la Jeune fille accroupie (21 10 cm) d’Aristide Maillol (1861-1944) ? Celle-ci, modelée en 1900, fondue en bronze par Florentin Godard entre 1909 et 1939 – du vivant de son auteur donc –, ne semblait guère lui témoigner d'intérêt. Plongée dans ses pensées, cette statuette, l’un des modèles préférés d’Ambroise Vollard – on la retrouve en effet entre les mains du marchand sur son portrait peint par Auguste Renoir en 1908 (The Courtauld Institute of Art) –, était emportée à 51 200 €. Maillol s’intéresse à la sculpture dans les toutes dernières années du XIXe siècle, la pratiquant en se fiant à son instinct, sans modèle, même si toute son œuvre ultérieure y est déjà en gestation. Quant à La Pleureuse en deuxième version – appelée aussi version «au cou coupé à mi-hauteur à la chevelure asymétrique» – d’Auguste Rodin (1840-1917), reproduite en page 50 de la Gazette n° 41 du 20 novembre (voir l'article Auguste Rodin et Camille Claudel), c’est à 44 800 € qu’elle partait rejoindre sa nouvelle maison.

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