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Foujita parmi les roses

Le 06 janvier 2022, par Anne Doridou-Heim

Deux jeunes filles de Foujita ouvraient les cages aux oiseaux et recevaient des brassées de fleurs.

Foujita parmi les roses
Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968), Jeune fille aux roses, 1957, huile et technique mixte sur toile, 33 22 cm.
Adjugé : 572 592 

© FONDATION FOUJITA / ADAGP, PARIS, 2022

Alors que sa Jeune fille aux oiseaux créée vers 1957 (voir l'article Alice au pays de Foujita de la Gazette n° 44, page 64) prenait son envol à 389 312 €, cette Jeune fille aux roses, peinte en pendant par Léonard Tsuguharu Foujita, veillait à ne pas se piquer avec sa brassée d’épineuses et recevait 572 592 €. Ces deux œuvres offraient une nouvelle occasion au plus parisien des artistes japonais de briller en société ! Son japonisme originel, il en fait une singularité dont il comprend toute la force et qu’il cultive avec soin. Et de fait, depuis qu’il a débarqué dans la capitale en 1913, coupe au bol et lunettes rondes sur le nez, son originalité et son exotisme n’ont cessé de charmer et ses œuvres de rencontrer toujours plus de succès, jusqu’à son décès – elles connaîtront une éclipse durant la décennie 1980. Les années 1950, période de naissance de ces deux fillettes, sont essentielles. À la fin de 1930, Foujita est reparti au Japon mais, effondré devant les violences dont il est témoin pendant la Seconde Guerre mondiale, n’a plus qu’un souhait : revenir en France. Il doit attendre 1949 pour obtenir son visa, puis tout s’enchaîne : son épouse Kimiyo (1910-2009) et lui obtiennent la nationalité française, et il se convertit au catholicisme, après «avoir senti [s]on âme s’ouvrir». Son œuvre fait se rejoindre le profane et le sacré, on le sent bien dans ces deux toiles. On est à la fois devant des tableaux de genre, montrant deux charmantes enfants au regard pénétrant, et confronté à des peintures sacrées, par leur frontalité renvoyant aux madones du Quattrocento italien. Les petits oiseaux et les fleurs qui les accompagnent sont également tout en même temps de jolis ornements et des symboles forts : les premiers sont des créatures de Dieu, les secondes, des roses, liées au culte marial. Il y a à chaque fois tant à dire du travail de Foujita, tant à lire dans ces peintures qui invitent à regarder bien au-delà de leur séduisante facilité. On comprend aisément que les collectionneurs, et pas seulement japonais, aient eu envie de le retrouver. La même vacation proposait un fauteuil New Orleans du designer Ron Arad. Cette pièce qui affichait ses rondeurs et ses éclats de couleurs en une de la Gazette n° 43 (voir l'article Ron Arad joue du design sur un rythme jazzy…) n’a pas convaincu les acheteurs, qui sont restés muets.

Tableaux contemporains et modernes, design
vendredi 17 décembre 2021 - 12:30 (CET) - Live
Lucien Paris
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