Les peintres du Vietnam nagent en plein bonheur

Le 15 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

Des records et une pluie d’enchères venaient récompenser les œuvres de Lê Van Dê et Mai-Thu. Les arts vietnamiens n’en finissent pas de séduire… ici et là-bas.

Lê Van Dê (1906-1966), Forêt tropicale du Vietnam, 1937, paravent à trois feuilles, huile, rehauts d’or et d’argent et collages de bois sur panneau, 252,5 64,5 cm.
Adjugé : 399 160 

Trente et un numéros seulement composaient cette vente d’art moderne asiatique, dont trente consacrés au Vietnam, à ses artistes et à ceux qui, séduits par sa culture, ont choisi d’y demeurer, d’y créer et d’y enseigner. L’après-midi se clôturait sur un produit total flirtant avec les 2 M€, de 1 935 095 € plus exactement. Ce montant était emmené par les beaux résultats récompensant une nouvelle fois Mai-Thu et Alix Aymé, une élève de Maurice Denis sensible à l’art des nabis ; arrivée à Hanoi dans les pas de son professeur de mari, elle fit de son séjour un tremplin pour son œuvre, ainsi que pour les jeunes élèves qu’elle accompagna dans l’art exigeant de la laque. Le paravent à trois feuilles de Lê Van Dê (1906-1966) y contribuait grandement aussi. Cette Forêt tropicale du Vietnam, que l’on pouvait admirer dans notre numéro du 4 octobre (Voir l'article Forêt enchantée de la Gazette n33, page 61), agitait ses palmes jusqu’à 399 160 €, valant à son auteur un nouveau record mondial après celui enregistré en juin dernier (source : Artnet ). Si ce peintre est moins connu en France, où il est plus rare sur le marché que le trio formé par Lé Phô, Vu Cao Dam et Mai-Thu, il n’en est pas de même au Vietnam. Il y a en effet imprimé sa marque en créant, puis en dirigeant l’École des beaux-arts de Saigon, sur le modèle de celle d’Hanoi (fermée en 1947). Avec ce paravent, il explore un médium différent car, même si l’on sait l’attachement traditionnel du pays pour la laque, on ne connaît de lui aucun autre exemplaire semblable. En 1937, année de réalisation de cette pièce, Lê Van Dê termine un long séjour en Europe au cours duquel il a pu découvrir les arts anciens, mais aussi toute la modernité de l’art déco. Sans doute y reçoit-il une commande spéciale, décidant alors de marier sa culture à l’esthétique en vogue. Pour le meilleur, visiblement !

C’est avec délice que cette composition de Mai-Thu  (1906-1980), dépeignant des Femmes au bain (64,5 x 94,5 cm) à l’encre et aux couleurs
C’est avec délice que cette composition de Mai-Thu  (1906-1980), dépeignant des Femmes au bain (64,5 94,5 cm) à l’encre et aux couleurs sur soie en 1968, plongeait dans l’océan des enchères pour y attraper 392 780 €. Ce nouveau record français (source : Artnet) surpassant le précédent, obtenu par la même maison de ventes le 26 mars 2018 (297 080 €, Instant musical, 1946), concrétise l’intérêt du marché et des collectionneurs pour les œuvres du Vietnamien.
Assez atypique dans l’art d’Alix Aymé (1894-1989), cette œuvre délicate (51 x 38 cm) retenait 50 700 €. Son sujet des plus séduisants, Les
Assez atypique dans l’art d’Alix Aymé (1894-1989), cette œuvre délicate (51 38 cm) retenait 50 700 €. Son sujet des plus séduisants, Les Premiers Pas d’un jeune enfant, illustrant une thématique récurrente chez l’artiste, était en effet traité selon la technique traditionnelle vietnamienne de la peinture sur soie. Voici une manière très touchante de rendre hommage à des talents que la jeune femme découvrait et auxquels elle allait faire redécouvrir l’art ancestral de la laque, pour le porter au firmament.
Cette vacation offrait un véritable festival Mai-Thu, avec six œuvres de l’artiste, dont quatre adjugées au-dessus de 100 000 € (voir ci-d
Cette vacation offrait un véritable festival Mai-Thu, avec six œuvres de l’artiste, dont quatre adjugées au-dessus de 100 000 € (voir ci-dessus pour la plus importante). Les Enfants. Conversation (25 53,5 cm), de 1965, cessaient leur bavardage à 117 000 €, montant également obtenu pour une Femme aux coussins de 1966, tandis que La Source (1966) s’écoulait paisiblement à 195 000 €. S’il s’agit d’œuvres des années 1960, le peintre, installé en France depuis 1936, y distille toujours avec poésie la nostalgie de sa terre natale.
Ces Deux jeunes femmes (h. 44,5 cm) en terre cuite, datées 1939 et se délassant à 75 400 €, invitaient à se souvenir qu’avant de se tourne
Ces Deux jeunes femmes (h. 44,5 cm) en terre cuite, datées 1939 et se délassant à 75 400 €, invitaient à se souvenir qu’avant de se tourner vers la peinture Vu Cao Dam (1908-2000) avait été sculpteur. C’est d’ailleurs lui qui réalisa le buste en bronze de Victor Tardieu, fondateur de l’École des beaux-arts d’Hanoi. Comme ses amis Lé Phô et Mai-Thu, il choisit de s’installer en France, ce qu’il fit juste après l’Exposition coloniale internationale de 1931.
mercredi 09 octobre 2019 - 14:30 - Live
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