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Le luxe discret de l’orfèvrerie régionale

Le 07 octobre 2021, par Anne Doridou-Heim

Avec ce deuxième opus, le succès ne faiblit pas pour les pièces d’orfèvrerie originales de la collection de Marcel Sztejnberg.

Le luxe discret de l’orfèvrerie régionale
Gabriel Mestre (maître orfèvre reçu en 1762), Bordeaux, 1775-1776, paire de coquilles en argent à l’imitation des coquilles Saint-Jacques, reposant sur trois pieds figurant des coquillages, la prise rapportée à l’imitation d’une branche de corail, l. 13,2, diam. 10,5 cm, poids 212,9 g.
Adjugé : 102 400 

Le 4 février 2021, la première dispersion égrenait 140 numéros, recueillant 1 920 064 € et une préemption (voir l'article L'orfèvrerie régionale couronnée de la Gazette n° 6, page 61). L’histoire se poursuit, toujours sur les traces de la belle orfèvrerie des différentes juridictions du – vaste – royaume de France. Cette deuxième session d’enchères, riche de près de 170 numéros, se concluait sur le produit total de 1 297 000 € et voyait de nouveau une pièce préemptée. Il s’agit d’une tasse à vin provenant du «Havre de Grâce» (entre 1756 et 1768) et qui, tout naturellement donc, va rejoindre les collections du musée d’Art et d’Histoire de la ville normande, pour la modique somme de 2 560 €. La passion de la belle ouvrage a guidé Marcel Sztejnberg tout au long de sa vie de collectionneur, et c’est bien ce qui séduit les nouveaux acheteurs : ils savent qu’il y a des trésors dissimulées au fond de cet ensemble, pour lequel on annonce d’autres opus. Ainsi de la paire de coquilles en argent à l’imitation des coquilles Saint-Jacques (reproduite ci-dessus), réalisée à Bordeaux par Gabriel Mestre en 1775 ou 1776. Le port girondin est alors au faîte de sa richesse grâce au commerce permis par les colonies – la coquille peut d’ailleurs être davantage vue ici en tant que pièce exotique, recherchée dans les cabinets de curiosités, plutôt que pour son aspect religieux. L’orfèvre s’est inspiré d’un modèle du célèbre service Orloff réalisé par Jacques-Nicolas Roettiers deux années plus tôt. Modestement estimée, la paire s’est haussée à 102 400 €. Comme pour la saupoudreuse présentée page de gauche, l’originalité et l’ancienneté ont fait effet, le sucre étant d’ailleurs lui aussi une denrée peu commune et de luxe. Un autre modèle de saupoudreuse (h. 24,3 cm, poids 547,8 g), celui-ci de Chambéry entre 1725 et 1751 et tout à fait dans la continuité du type caractéristique, — avec des godrons moulurés sur le piédouche — posé sous le règne de Louis XIV, recevait 61 440 €. Les pièces de forme parisiennes prenaient aussi leur place : 38 400 € revenaient au crémier-moutardier de 1750-1751 à côtes torses de forme balustre de Michel Delapierre (reçu en 1737), 33 280 € allant à une soupière de 1782-1783 ceinturée en bordure de vagues sur fond amati, de Roch-Louis Dany (reçu en 1779), et un montant identique étant obtenu par une paire de flambeaux de 1750-1751 du maître orfèvre Alexis Loir.

Excessivement rare – il s’agirait du seul modèle français connu de son époque –, ce nécessaire de voyage en vermeil présenté dans son coff
Excessivement rare – il s’agirait du seul modèle français connu de son époque –, ce nécessaire de voyage en vermeil présenté dans son coffret retenait 32 000 €. On y trouve astucieusement agencés : un gobelet, un couvert, un couteau pliant, une râpe à muscade dévoilant un tire-bouchon se dévissant pour se faire casse-noix et une boîte à condiments, le tout permettant de rester léger avec ses 235 g et sa hauteur de 7,9 cm. C’est l’orfèvre parisien Jean II Villain (reçu en 1671) qui a conçu cet indispensable entre 1682 et 1683.
Au XVIIIe siècle, le thé, comme la plupart des denrées rares venues de terres lointaines, arrivait en France par la côte Atlantique, à Bor
Au XVIIIe siècle, le thé, comme la plupart des denrées rares venues de terres lointaines, arrivait en France par la côte Atlantique, à Bordeaux par exemple. Il est donc logique d’y trouver des théières en argent, à l’image de ce modèle (poids brut 750 g, h. 15,8 cm) réalisé en 1740-1741 par le maître Gabriel Tillet (reçu en 1703). Ce contenant précieux à côtes torses, posant sur une bâte unie, recevait 29 440 €.

Outsider de la collection, cette saupoudreuse en argent à baïonnette (h. 18,5 cm, poids 547,8 g) a joué son rôle et s’est offerte la plus
Outsider de la collection, cette saupoudreuse en argent à baïonnette (h. 18,5 cm, poids 547,8 g) a joué son rôle et s’est offerte la plus haute marche des adjudications, à 112 640 €. De forme cylindrique, bordée d’une cordelette à la base et au couvercle repercé de fleurs de lys, clochettes et tulipes, cette pièce poinçonnée à Metz en 1692-1693 et attribuée à David Bernard (1650-1733) appartient au grand siècle de l’orfèvrerie louis-quatorzienne.
Remontant à la fin du XIVe ou à la première moitié du XVe siècle, cette coupe à boire en argent bordée de vermeil (diam. 16,3 cm, poids 23
Remontant à la fin du XIVe ou à la première moitié du XVe siècle, cette coupe à boire en argent bordée de vermeil (diam. 16,3 cm, poids 239 g) est repoussée en son centre de cupules, pour un effet optique des plus originaux. Elle est l’œuvre la plus ancienne de l’ensemble : un privilège lui ayant valu d’être auréolée de 51 200 €. Il s’agit probablement d’une pièce provenant d’un trésor, ce que la présence du poinçon d’un maître monastique – non identifié – tend à accréditer. On retrouve d’ailleurs ce type d’objet brodé sur la tapisserie de Bayeux et dans le trésor de Coëffort.
mercredi 29 septembre 2021 - 14:00 - Live
Ader
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