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L’appel de la nature, avec Bugatti et les lissiers de la Renaissance

Le 02 mai 2019, par Philippe Dufour

Deux antilopes apprivoisées par la main d’un Rembrandt Bugatti se livraient à leurs ébats sur fond de tapisserie fleurie de la fin du XVIe siècle.

L’appel de la nature, avec Bugatti et les lissiers de la Renaissance
Rembrandt Bugatti (1885-1916), Deux antilopes apprivoisées, bronze à patine brune sur socle de marbre écume de mer, fonte à la cire perdue signée «A.A. Hébrard» et «R. Bugatti», marqué «n° 3», 22,7 45,3 10,4 cm.
Adjugé : 300 000 

Ce couple de paisibles herbivores (voir l'article L’amour des animaux de la Gazette n° 15, page 111) s’avère être l’un des trois exemplaires connus du groupe créé en 1905 par l’artiste, édité par Hébrard et fondu par Albino Palazzolo. S’élevant jusqu’à 300 000 €, l’adjudication de nos antilopes se range dans la fourchette haute des prix enregistrés pour cette sculpture (source Artnet). Audenarde, cité des Flandres, ou Enghien, en France, ont été des berceaux de la tapisserie européenne. De leurs ateliers, dans les dernières années de la Renaissance, sortit une pièce en laine et soie à décor d’aristoloches, ponctuée de touffes de fleurs  marguerites, pavots, jonquilles, violettes, pervenches, fraisiers, silènes, digitales, ancolies  et dotée d’une somptueuse bordure à décor végétal. Portant des armoiries aux angles, ce travail de haut vol pouvait prétendre à un résultat de 200 000 €. Sans transition, on passait aux belles mécaniques sportives des Trente Glorieuses, avec une caractéristique Renault Gordini 1300 de type R 1135, qui avait été mise en circulation en 1967. Vendue en l’état, elle emportait avec elle 42 900 €. Quant à l’art contemporain, il était aussi présent grâce à une œuvre de Wang Yan Cheng, Sans titre, une composition abstraite, à l’huile sur toile. On se la disputait jusqu’à 27 100 €.

Succès pour une tapisserie Renaissance

Le 09 mai 2019, par Philippe Dufour

Retour sur image, pour le résultat obtenu par une tapisserie en laine et soie du XVIe siècle, à décor d’aristoloches, provenant d’Audenarde ou d’Enghien.

Succès pour une tapisserie Renaissance
Flandres, fin du XVIe siècle, Audenarde ou Enghien, tapisserie aux aristoloches, laine et soie, 207 295 cm.
Adjugé : 200 000 

Lors d’une vacation stéphanoise évoquée dans la Gazette n° 17 (voir l'article L’appel de la nature, avec Bugatti et les lissiers de la Renaissance page 104), la pièce réservait aux amateurs une excellente surprise : multipliant par six son estimation, elle fusait ainsi à 200 000 €… Une belle victoire dans une période où les productions «Haute Époque» peinent à trouver des amateurs. Il est vrai que ce score était justifié par un état de conservation remarquable, et surtout un coloris d’une grande fraîcheur. La tapisserie provenait d’une collection bourguignonne et devait être acquise par un connaisseur britannique. Son intérêt réside également dans son riche décor, composé d’aristoloches, avec des touffes de marguerites, pavots, jonquilles, violettes, pervenches et autres ancolies. Cinq oiseaux s’y ébattent joyeusement. Quant à la bordure, elle ne le cède en rien en matière d’opulence, avec son ornementation végétale où s’entremêlent des iris et des pampres ; à chaque angle se trouvent des armoiries, non identifiées à ce jour. La pièce a été tissée soit à Audenarde, soit à Enghien. Dès le XVe siècle, ces deux cités des Flandres deviennent fameuses pour leurs tapisseries, et leurs productions atteindront leur apogée au siècle suivant. À Audenarde, on a une première mention de l’association des tapissiers en 1441 ; et quelques décennies plus tard, la manufacture d’Enghien exportera ses ouvrages vers le duché de Bourgogne.

L’amour des animaux

«Narrateur de la psychologie animale», c’est ainsi que la critique désigne Rembrandt Bugatti dès ses premières expositions. Le sculpteur n’a qu’une vingtaine d’années, mais il touche déjà son public. Il a réussi d’emblée à trouver son style et son langage, immédiatement compris par les admirateurs de bronzes animaliers. Ses groupes en particulier, de par l’interaction entre les sujets, traduisent à merveille les attitudes et ce que peuvent ressentir les animaux étudiés. Ces Deux antilopes apprivoisées semblent en toute confiance face à nous et se prêtent à un amical léchage. Le groupe s’étend dans l’espace, révélant encore plus fortement les lignes graciles des deux ruminants et le port altier de leur tête. D’après la fiche d’un modèle similaire, illustré en page 274 du livre de Véronique Fromanger sur Rembrandt Bugatti (éditions de l’Amateur), cette œuvre fut créée en 1905 par le sculpteur, éditée par Hébrard et fondue par Albino Palazzolo. Un bronze qui n’était connu qu’en un exemplaire par la spécialiste lors de la rédaction de son ouvrage, en 2009, avant que n’apparaissent celui-ci marqué «3» par l’artiste au stylet, directement dans la cire et un autre lors de la vente du 24 mars 2017 chez Sotheby’s Paris qui fut adjugé à 343 500 €. Ses créations étaient bien souvent éditées sur commande par Hébrard et pouvaient donc rester en un très petit nombre d’épreuves. Si ce groupe est daté de 1905, il en réalisa plusieurs autres autour du thème des antilopes, appréciant particulièrement celles-ci, comme il l’exprime dans plusieurs lettres adressées au directeur du zoo d’Anvers, qui l’autorisa en 1908 à s’occuper personnellement d’un jeune couple de cette espèce. Bugatti s’inquiète sincèrement de leur état de santé, de la qualité de leur nourriture, qu’il leur donne à la main plusieurs fois par jour. Ces antilopes du Sénégal restèrent plusieurs mois chez lui, ce qui lui permit de réaliser des modelage grandeur nature. À cette étude minutieuse s’ajoutent, dans la réussite des bronzes de Bugatti, une fonte et un travail de patine parfaitement maîtrisés par Adrien Hébrard, aidé par Albino Palazzolo, qui apporta à l’atelier la technique unique de la fonte à la cire perdue dans laquelle le moule est cassé après cuisson. Des animaux qui ont connu une attention de tous les instants !

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