Record pour le Maître de l'Énéide

Le 03 juin 2021, par Anne Doridou-Heim

Enchère millionnaire pour une plaque en émail limousin du Maître de l’Énéide et recueillement pour une pierre calcaire, la Haute Époque dominant en toute majesté.

Maître de l’Énéide, Limoges, vers 1525-1530, Les Bocages fortunés, plaque en émail peint polychrome sur cuivre avec rehauts d’or, 22,5 19,8 cm.
Adjugé : 1 184 960 €

Objet de la couverture de la Gazette n° 15 (voir l'article Une plaque émaillée, vers 1525-1530, du Maître de l’Énéide) et d’un article «Découverte» dans le même numéro (voir l'article Le Maître de l’Énéide : plongée dans les ateliers d’émailleurs limougeauds de la Renaissance page 14), cette plaque en émail peint polychrome provenant par descendance de la collection Porgès, et inédite sur le marché depuis cent vingt-neuf ans, avait tout pour susciter l’émoi. La fortune était bien au rendez-vous de sa présentation puisqu’elle repartait auréolée d’un résultat de 1 184 960 €, un record mondial pour une plaque émaillée du XVIe siècle. Son histoire, celle de l’atelier d’émail peint du Maître de l’Énéide, où elle a vu le jour, et celle de la longue épopée d’Énée, le héros malheureux de Troyes, ont été relatées. Cette pièce illustrant l’épisode des «Bocages fortunés» apporte sa nouvelle pierre à une longue et belle série, et l’on ne peut que se réjouir qu’un tel travail, vieux de près de cinq cents ans mais ayant traversé les siècles sans une seule ride, reçoive tant de suffrages. La Renaissance française conserve encore bien des trésors… D’ailleurs, quelques numéros plus tard, un buste de sainte femme ou de Vierge (voir détail page de gauche), sculpté dans une pierre calcaire à la fin du XVe siècle, venait apporter une once de recueillement, à 59 248 €. Douce et mélancolique, la jeune femme, aux yeux effilés, était coiffée d’un fin voile orné de petites perles qui laissait voir sa chevelure libre, aux mèches ondulées. Ces éléments stylistiques permettent un rapprochement avec le travail de l'atelier de Michel Colombe (1430-1512), un artiste de l’école de Tours jouissant d’une grande fortune, œuvrant notamment pour Anne de Bretagne. On lui doit une tête de femme en marbre, conservée au Cleveland Museum, dont la facture est très proche. À l’aube du XVe siècle, grâce à la présence de riches commanditaires très actifs, Tours connut une sorte d’âge d’or, spécialement pour la sculpture et l’enluminure. Michel – qui étai d’ailleurs le frère de Jean, célèbre enlumineur – y contribua grandement
en animant sa statuaire d’une noblesse sereine.

Atelier de Michel Colombe (1430-1512),fin du XVe siècle, buste de sainte femme ou de Vierge, pierre calcaire, traces de polychromie et de
Atelier de Michel Colombe (1430-1512), fin du XVe siècle, buste de sainte femme ou de Vierge, pierre calcaire, traces de polychromie et de dorure, h. 44 cm.
Adjugé : 59 248 €


 

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