Diego Giacometti, modèle Maeght

Le 10 décembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Histoires de famille et d'amitié, tout se combinait pour que deux créations des frères Giacometti offertes à Brassaï puissent s’envoler.

Diego Giacometti (1902-1985), paire de chaises modèle Fondation Maeght, en fer noir et bronze patiné brun à nuance verte, coussin en cuir fauve, vers 1962, 93 35 42 cm.
Adjugé : 305 500 

En page 53 de la Gazette ne 42 (voir l'article Une indéfectible amitié), on pouvait lire : «Une paire de chaises de Diego Giacometti (1902-1985) et un lampadaire d’Alberto Giacometti (1901-1966) ayant appartenu à Brassaï (1899-1984) pourraient créer l’événement.» Et de fait, les assises en fer noir et bronze, conçues vers 1962 (reproduites ci-contre), et le luminaire en bronze intitulé Tête de femme ou Figure (h. 154 cm), signé et fondu par Susse, recevaient des résultats éclairés à hauteur de 305 500 et 201 500 €. Les deux frères avaient offert ces meubles à leur ami Brassaï, rencontré au début des années 1930. Le photographe a réalisé à de nombreuses reprises des vues de l’atelier d’Alberto, situé dans une cité d’artistes du 46, rue Hippolyte-Maindron dans le 14e arrondissement parisien. Il a également livré les clichés pour illustrer un article du Harper’s Bazzar en 1948, premier papier monographique sur l’aîné publié dans une revue américaine, photographié le couple Alberto-Annette, portraituré Diego… L’histoire est durable et les échanges artistiques intenses. Ces chaises de Diego se nomment Maeght car il s’agit d’un modèle imaginé spécialement par le créateur en 1962 pour le café de la fondation de Saint-Paul-de-Vence, avec des tables, des tabourets et des lampes. Dans le jardin, on retrouve également un rare ensemble de sculptures d’Alberto… Il n’y a que peu souvent de hasard.

Günther Förg, question de touches

Le 10 décembre 2020, par Anne Doridou-Heim

De l’allégorie classique de Jean Souverbie à la dynamique des couleurs de Günther Förg, les arts moderne et contemporain affichent leur variété.

Günther Förg (1952-2013), Sans titre, 2007, acrylique et craie sur toile, 195 300 cm.
Adjugé : 520 000 

Datée de 2007, cette œuvre Sans titre ayant fait la couverture de la Gazette no 39 du 6 novembre (voir l'article Les constellations colorées de Günther Förg) appartient aux dernières années de production de l’artiste allemand Günther Förg (1962-2013) : un moment où, atteignant une certaine plénitude, il s’autorise plus de liberté et où son geste s’assouplit, comme il était expliqué dans l’article lui étant consacré en page 6. Rare sur le marché hexagonal avec des œuvres d’importance, il obtient avec celle-ci, brillant comme une constellation, un record français (source : Artnet). Cela sonne comme une invitation à en retrouver d’autres… La suite de l’après-midi faisait la part belle aux artistes du XXe siècle, les figuratifs comme les abstraits. Aux côtés des créations des frères Giacometti (voir l'article Assises dans la lumière page 78), on retrouvait en premier lieu Jean Souverbie (1891-1981) avec une imposante toile réalisée vers 1927, intitulée Le Bonheur du marin (reproduite page de droite). Ode à une certaine joie de vivre issue de l’Antiquité grecque classique – pour laquelle le peintre avait une véritable admiration –, cette composition attrapait dans ses filets 236 500 €, ce qui la plaçait aussitôt sur la deuxième marche de son podium (Artnet). Jeune homme, Souverbie assiste à la naissance des grands mouvements du XXe siècle, à commencer par le fauvisme, qui ne peut le séduire par ses excès chromatiques, et le cubisme. C’est ce second mouvement qu’il retient par son ordonnancement, tout en l’adaptant à son propre tempérament dans ses premières toiles exécutées dans cette veine, soit autour des années 1924-1925. Il peindra dès lors inlassablement ces divinités issues d’un passé classique idéal, aux formes pures et puissantes et à l’allure sereine. Georges Mathieu (1921-2012) et Albert Manessier (1911-1993) témoignent d’une autre tendance apparue quant à elle dans les années 1950, quand l’humanité sortait sonnée par le deuxième conflit mondial. Les Voix amères (81 100 cm), émises vers 1985, exprimaient avec force rouge foncé et ocre toute la dynamique caractéristique du premier à vouloir traduire les convulsions du monde moderne, entendue à 88 400 €. Dureté des temps aussi chez le second avec Le Prix du sang (114 195 cm), de 1966-1967, accepté à 58 500 €. Manessier disait que l’«on peut arriver avec uniquement de la couleur et des rythmes à tout évoquer, aussi bien la joie que la douleur». Dont acte.
 

Jean Souverbie (1891-1981), Le Bonheur du marin, vers 1927, huile sur toile, 81 x 60 cm. Adjugé : 236 500 €
Jean Souverbie (1891-1981), Le Bonheur du marin, vers 1927, huile sur toile, 81 60 cm.
Adjugé : 236 500 

Judit Reigl, une grande dame

Le 10 décembre 2020, par Anne Doridou-Heim

L’artiste Judit Reigl, récemment décédée, a traversé le XXe siècle pictural en quête constante de créativité. Ici, c’est son geste qui était honoré.

Judit Reigl (1923-2020), Écriture en masse (Fragments), vers 1964, huile sur toile, 49 102 cm.
Adjugé : 34 060 

Judit Reigl s’est éteinte à l’âge de 97 ans le 9 août de cette année. L'adjudication à 34 060 € de cette peinture, Écriture en masse (Fragments), lors d’une vacation dédiée à l’abstraction du XXe siècle est une belle occasion de lui rendre hommage. D’origine hongroise, installée à Paris en 1950, elle n’a cessé tout au long de sa carrière de se remettre en question et de pousser ses recherches vers des nouvelles formes de créativité. Un temps proche des milieux surréalistes, elle porte à son paroxysme l’usage de l’écriture automatique avant de se détourner totalement de ces premières influences et de s’en émanciper par de nouveaux moyens d’expression. Elle est l’une des rares femmes à pratiquer l’abstraction gestuelle dans l’après-guerre, travaillant instinctivement et par séries. Cette toile appartient à celle de l’«Écriture en masse», explorée entre 1959 et 1965. Elle y utilise un noir particulier ainsi qu’elle l’expliquera lors d’un entretien pour l’Art in America International Review de février 2009 : «J’avais acheté un matériau qui sert aux maçons : un noir broyé qui sèche lentement, en profondeur, pendant des années». L’artiste plaçait ensuite sur la toile ses mottes de peinture et, selon ses termes, les «montait» de bas en haut, recouvrant les couleurs plus légères laissées en dessous. Aucun repentir n’était possible, mais elle n’en avait pas besoin.

La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne