Chagall au rendez-vous de l’émotion

Le 25 juin 2020, par Anne Doridou-Heim

Avec Vincent Van Gogh, Paul Gauguin, Émile Bernard, Marc Chagall et les autres, cette vente écrivait de nouvelles belles pages artistiques.

Marc Chagall (1887-1985), carnet de 85 pages illustré de dessins originaux au stylo, à l’encre, à l’aquarelle, au crayon et au fusain.
Adjugé : 191 100 

Inscrite sous le signe des beaux-arts, cette nouvelle vacation – la 29e du genre – introduisait la session Aristophil printanière. Très attendue tant elle comprenait de ténors, elle a tenu ses promesses en totalisant 1 286 638 €… et ce même si l’énigmatique profil d’Enki Bilal, ayant fait la couverture de notre édition du 5 juin ( voir l'article Les « oxymores » énigmatiques d’Enki Bilal de la Gazette no 22), ne livrait pas ses secrets à un nouvel acheteur. La première belle surprise concernait un carnet illustré par Marc Chagall (1887-1995) de dessins originaux (l’un reproduit ci-contre). Ce document émouvant rappelant une nouvelle fois l’amour qui liait l’artiste à son épouse Bella, prématurément décédée à New York en 1944, touchait sa cible et s’envolait à 191 100 €. Le carnet appartenait à son aimée et durant vingt ans, jusqu’en 1965, Chagall n’eut de cesse de le remplir de ses œuvres oniriques, pour combler les vides créés par le texte, ceux certainement aussi laissés par l’absence…. Une autre rencontre déterminante, cette fois pour l’aventure de l’art moderne, est celle de Vincent Van Gogh (1853-1890) et de Paul Gauguin (1848-1903). Le 1er ou 2 novembre 1888, les deux amis adressent une importante lettre à Émile Bernard. Les mots essentiels montrent combien ils s’admiraient et s’influençaient mutuellement, tout en conservant leur personnalité. Elle témoigne aussi de leur lucidité sur leur qualité de précurseurs et sur l’incompréhension qu’ils suscitaient : «Il me semble que nous-mêmes ne servons que d’intermédiaires. Et que ce ne sera qu’une génération suivante qui réussira à vivre en paix». Temps fort de la dispersion, elle recevait à 210 600 € le plus haut suffrage. Puis c’était au tour de Pablo Picasso (1881-1973) et de Jacques Prévert (1900-1977) d’entrer dans l’arène. Un nouveau pas de deux dédicacé au poète et dessiné par le peintre sur les textes du Toros y Toreros du matador Luis Miguel Dominguín (1926-1996) suscitait une ola à 145 331 € (reproduit page 104). Il faut encore ici louer les institutions qui ont fait valoir à plusieurs reprises leur droit de préemption. Ce fut le cas de l’INHA à 3 640 €, pour les trente-six lettres autographes que Georges Rouault (1871-1958) adressa à l’abbé Maurice Morel, et de la bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou à 3 575 €, pour trois lots de lettres et de manuscrits de Victor Brauner (1903-1966). La saison était décidément bien lancée !
 

Pablo Picasso (1881-1973), Luis Miguel Dominguín (1926-1996), Toros y Toreros, éditions du Cercle d’Art, 1961, cartonnage toile d’éditeur,
Pablo Picasso (1881-1973), Luis Miguel Dominguín (1926-1996), Toros y Toreros, éditions du Cercle d’Art, 1961, cartonnage toile d’éditeur, décoré de dessins originaux de Picasso, exemplaire de Jacques Prévert. Mardi 16 juin, salle 3 - Drouot Richelieu (OVA Drouot Estimations. M. Oterelo).
Adjugé : 145 331 €
© SUCCESSION PICASSO, PARIS, 2020


 

mardi 16 juin 2020 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Drouot Estimations , Les Collections Aristophil
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