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De Géo à Ziem, en passant par Raza

Publié le , par Philippe Dufour

Dépaysement garanti avec la vedette d’une vacation de printemps, consacrée à la peinture : un tableau de Félix Ziem, le maître des paysages portuaires,...

De Géo à Ziem, en passant par Raza
Félix Ziem (1821-1911), Le Palais des Doges vu du canal della Grazia, huile sur panneau, 56,5 x 84 cm.
Adjugé : 68 096 €

Dépaysement garanti avec la vedette d’une vacation de printemps, consacrée à la peinture : un tableau de Félix Ziem, le maître des paysages portuaires, représentant Le Palais des Doges vu du canal della Grazia. C’est le 14 juin 1842 que l’artiste accoste pour la première fois à Venise, qu’il ajoutera à la liste très restreinte de ses lieux (et sujets) préférés, après Marseille, Martigues ou encore Constantinople. La cité lacustre devient alors la principale source d’inspiration de Ziem, séduit par son atmosphère dorée et ses reflets sans fin. Peinte sur panneau, cette vue au coloris brillant et provenant de la collection Jacquet, comme l’indiquait une étiquette au dos ne pouvait que séduire un collectionneur, qui offrait 68 096 €. Le réaliste Jules Jean Geoffroy dit Géo préférait pour sa part décrire le quotidien touchant des enfants, souvent de milieu modeste. En 1909, il choisit de représenter L’Arrivée à l’école de tout-petits emmitouflés, une scène qui a été préemptée pour 55 000 € par le musée de la Piscine, à Roubaix. La seconde moitié du XXe siècle livrait aussi son lot de peintures, souvent aux limites de l’abstraction. À l’image, d’un très subtil Sous-bois, signé en 1964 par l’Indien Sayed Haidser Raza, une huile sur toile où les formes colorées se dissolvent dans une sorte de pénombre fleurie. Quelque quatorze téléphones se le disputaient, avant l’adjudication finale à 63 200 €. Quant au peintre du Nord Eugène Leroy, qui avait su éblouir Georg Baselitz par ses compositions d’où semble surgir une figure, il était ici l’auteur d’un bouquet de Fleurs. Caractéristiques de son travail exigeant, ces empâtements puissants ne fixaient pas moins de 20 600 €. Le Parisien Claude Venard, lui, restait fidèle à une certaine figuration post-cubiste pour mettre en scène Montmartre, sujet d’une huile sur toile décrochée à 13 498 €. 


 

Dans les années 1950, les ateliers Hugo, fondés par l’arrière-petit-fils de Victor Hugo, François, éditent des bijoux d’artistes, et parmi eux, Pablo
Dans les années 1950, les ateliers Hugo, fondés par l’arrière-petit-fils de Victor Hugo, François, éditent des bijoux d’artistes, et parmi eux, Pablo Picasso (1881-1973). En 1975, Pierre Hugo, maître orfèvre, reprend les ateliers de son père, et livre à son tour de nombreuses pièces hors du commun, tel ce radieux Visage de faune d’après une œuvre du maître d’origine espagnole. Véritable sculpture pendentif en or (poids 43,5 g), elle porte la signature de l’artiste, poinçon de Pierre Hugo n° 16/20 et 1409. Elle brillait à votre cou pour 19 456 €.© Succession Picasso, 2019
Provenant de la collection Auguste Dubois, architecte à Roubaix, et restée dans sa descendance jusqu’à ce jour, une séduisante toile (85 x 130 cm) de
Provenant de la collection Auguste Dubois, architecte à Roubaix, et restée dans sa descendance jusqu’à ce jour, une séduisante toile (85 x 130 cm) de Jules Jean Geoffroy, dit Géo (1853-1924), contait L’Arrivée à l’école. Signée et datée «Geoffroy 1909», l’œuvre a été exposée au Salon de 1909, sous le numéro 760, et à ce titre citée dans l’ouvrage de référence, Géo, de M. Aleksandrowski, A. Mathieu et D. Lobstein (2012). On la retrouvera désormais sur les cimaises du musée de la Piscine, à Roubaix, qui l’a préemptée pour 54 720 €.

À l’écart des courants artistiques de son temps, Eugène Leroy (1910-2000) a construit une œuvre exigeante marquée par la matière et ses strates accumu
À l’écart des courants artistiques de son temps, Eugène Leroy (1910-2000) a construit une œuvre exigeante marquée par la matière et ses strates accumulées. À la fin de sa carrière, il cumulera enfin les hommages institutionnels, étant récompensé en 1996 par le grand prix national de la peinture, comme par une rétrospective de son œuvre au domaine de Kerguéhennec et au musée des beaux-arts de Rennes. Fleurs : tel est le titre de cette huile sur panneau (47,5 x 39,5 cm). On les cueillait pour 20 672 €.
Sayed Haider Raza (1922-2016) a passé son enfance dans la forêt indienne, qui lui a inspiré ce Sous-bois (75 x 56 cm), une huile sur toile, signée et
Sayed Haider Raza (1922-2016) a passé son enfance dans la forêt indienne, qui lui a inspiré ce Sous-bois (75 x 56 cm), une huile sur toile, signée et datée «64». Dans ses œuvres, l’artiste témoigne souvent de la pensée métaphysique, dont il a été imprégné depuis la naissance. Ainsi, les formes circulaires qui animent la surface de cette peinture sont pour lui autant de sources d’énergie. Très recherché aujourd’hui, son art profond suscitait une enchère à 63 200 € à partir d’une estimation maximale à 18 000 €.

Venise, la seconde patrie de Félix Ziem

Félix Ziem, l’éternel rêveur… Ses voyages dans les pays méditerranéens, de l’Italie à l’Égypte, en passant par l’Empire ottoman, lui ont permis de satisfaire ce besoin d’ailleurs et de nourrir aussi son inspiration. L’une de ses destinations favorites est sans nul doute Venise, qu’il découvre en 1842. C’est un véritable coup de foudre, une «révélation» selon ses propres mots, à tel point que l’artiste y retournera régulièrement les années suivantes, afin de peindre chacun des lieux de la Sérénissime, de la place Saint-Marc à la pointe de la Douane. C’est le palais des Doges qu’il a choisi pour ce tableau, provenant de l’ancienne collection Jacquet. Ziem fera de Venise sa seconde patrie. Il y installera même un atelier en 1847, sur un topo, un bateau à fond plat, puis dans un traghetto. Cela lui permet d’y revenir jusqu’à deux fois par an, jusqu’en 1892, et de peindre dans les meilleures conditions. Il travaille sur le motif, remplissant des carnets de croquis et réalisant des pochades sur bois ou sur carton, avant de finaliser la toile en atelier. Techniquement, il utilisait des supports et des matières très variés, avec une prédilection pour les panneaux d’acajou, le jeu de glacis ou encore la peinture au couteau afin de donner plus de vie à ses œuvres, préparant lui-même les couleurs avec des pigments naturels. Côtoyant les plus grands paysagistes de son temps – que ce soit à Barbizon ou au Havre avec Eugène Boudin –, Félix Ziem a insufflé un style nouveau à la peinture orientaliste. À la manière d’un Jongkind, il annonce l’impressionnisme par son expressivité, son attention aux variations atmosphériques et à la lumière, tandis que le rendu, par des touches légères, évoque la manière d’un Turner. Bien que resté extérieur à tout mouvement, cet homme solitaire et excentrique a connu un succès exceptionnel, et la reconnaissance d’artistes tels que Van Gogh, les frères Goncourt ou Théophile Gaultier, qui lui rendirent visite dans son atelier.

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