Un livre d’heures chez un préraphaélite

Le 13 février 2020, par Anne Doridou-Heim

Portant l’étiquette de la demeure du peintre Edward Burne-Jones, ce manuscrit enluminé à l’usage de Paris a été disputé au-delà des espérances.

Vers 1460-1480. Livre d’heures à l’usage de Paris, 290 feuillets sur peau de vélin, trente-huit miniatures dont sept à pleine page, reliés en un volume in-12o du XVIe siècle.
Adjugé : 63 300 

Ses enluminures dues à un membre de l’entourage de Maître François sont d’un vrai raffinement, son encadrement de rinceaux feuillagés ponctué de délicats papillons ou oiseaux et de juteuses fraises, d’une grande fraîcheur… Ce livre d’heures manuscrit à l’usage de Paris, daté autour de 1460-1480, dispose de bien des qualités, dont une supplémentaire et non des moindres : il a appartenu au peintre préraphaélite Edward Burne-Jones (1833-1898). Une étiquette mentionne en effet le nom et l’adresse de sa demeure, «The Grange North End Road Fulham», là même où l’artiste vécut avec sa famille de 1867 à sa mort. Rien d’étonnant à cela quand on sait que cette figure essentielle de la peinture britannique de la fin du XIXe siècle s’est inspirée à de nombreuses reprises de l’iconographie et de la stylisation de l’art médiéval dans son travail. De fait, Burne-Jones, avec un sérieux d’érudit, cherchait à restituer fidèlement l’esprit de cette période. Dans «Le médiévisme d’Edward-Jones, entre esthétisme et érudition» (in Fantasmagories du Moyen Âge : entre médiéval et moyenâgeux, Université de Provence, 2007), Julia Drobinsky écrit qu’«au contact des sources médiévales, des manuscrits enluminés notamment, il avait acquis la pleine maîtrise des traits formels et stylistiques des modèles». Nimbés de tous ces atouts, protégés par une reliure de maroquin rouge richement décorée de filets et de rameaux feuillagés dorés, le texte et les miniatures recevaient 63 300 €, soit près de la moitié à eux seuls du produit total de cette vente (140 007 €). Celle-ci comprenait encore une édition illustrée par Paul Jouve du Livre de la jungle de Kipling (voir page de droite), parcouru à 18 910 €. Outre ses 130 compositions de Jouve, cet exemplaire de 1919, en feuilles sous chemise et étui, portait un envoi de Louis Barthou («à Madame Adolphe Bordes pour les services rendus par son mari à la Société du livre contemporain»). Dans un tout autre domaine – celui des Curiosa –, citons également une version de 1798 de L’Arétin ou Recueil de postures érotiques d’Augustin Carrache (1557-1602), agrémentée des vingt gravures numérotées de ce célèbre artiste, connu dans d’autres registres… L’ouvrage, «le plus artistique des livres érotiques» selon Henri Cohen, se laissait apprécier à hauteur de 27 450 €, décuplant ainsi les attentes. Savoureuses aussi et cueillies à seulement 2 074 € étaient La Flore et la Pomone françaises de Jean Henri Jaume Saint-Hilaire (1772-1845), décrivant avec force planches en couleurs la variété et la beauté des fleurs et fruits «naturalisés sur le sol français» !
 

Rudyard Kipling (1865-1936), Le Livre de la jungle, illustré de 130 compositions de Paul Jouve (1878-1973) gravées sur bois en or et en co
Rudyard Kipling (1865-1936), Le Livre de la jungle, illustré de 130 compositions de Paul Jouve (1878-1973) gravées sur bois en or et en couleurs par F. L. Schmied, Paris, 1919.
Adjugé : 18 910 
mardi 04 février 2020 - 14:15 - Live
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Fraysse & Associés
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