Olivier Aaron, curieux des arts

Le 17 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

Collectionneur généreux, amateur éclairé, historien discret, il était tout cela à la fois. Sa succession a reçu l’accueil qu’elle méritait à Drouot.

Sèvres, XIXe siècle. Deux sucriers Melisen couverts et leurs présentoirs ovales du service «fond bleu, mosaïque en or et platine, bouquets de fleurs» à décor polychrome, anses et prise à fonds or, marque de Charles X, de Micaud Pierre Louis, peintre-doreur, et la date «29 avril 1824», l. des sucriers 25,4 cm, l. des plateaux 23,9 cm.
Adjugé : 9 017 

La vente de succession d’Olivier Aaron, dont la silhouette était bien connue des amateurs de Drouot, n’a pas laissé indifférents les collectionneurs. Il faut dire que l’œil avisé de ce fils et frère de grands antiquaires savait balayer toute l’histoire de l’art et, même s’il avait une prédilection pour le dessin ancien, il ne s’interdisait aucune curiosité. Tenue sur deux jours, mobilisant plus de cinq cents numéros, elle totalisait 554 065 €. Ne pouvant ici en faire un tour exhaustif, on s’attardera sur quelques temps forts, emmenés par le Lad promenant un étalon noir (24 46 cm) aquarellé en 1818 par l’Allemand Johann Adam Klein (8 890 €). Au chapitre des tableaux anciens, le Portrait de Louis-Antoine d’Artois, duc d’Angoulême, en costume de grand amiral attribué à François-Joseph Kinson (1771-1839) ne manquait pas d’allure (voir l'article L’œil et la passion de la Gazette no 33 du 4 octobre, page 65) et recueillait un hommage de 21 590 €, devançant les 12 700 € reçus par celui du comte de Metternich, peint vers 1820 par un élève de l’atelier du baron Gérard (toile, 66 56 cm). Ce sont deux œuvres qui nous parlent d’histoire et évoquent les heures de l’Empire et du retour des Bourbons sur le trône de France (1815-1830) : une période qui, parmi d’autres, résonnait auprès du collectionneur. Les porcelaines de Sèvres de ce même premier tiers du XIXe siècle étaient encore un terrain de choix. Parmi l’ensemble recueilli au fil de ses trouvailles, une jatte (h. 14,5 cm) à pied au fond bleu agate orné d’une frise de marguerites coloriées bleues et roses et rehaussé de pois d’or, imprimée en rouge «Manufacture impériale» vers 1913-1815, retenait 3 937 €, et deux sucriers modèle «Melisen» (reproduits ci-dessus) acceptaient 9 017 €. Ils appartiennent au service dit «fond bleu, mosaïque en or et platine, bouquets de fleurs» livré par Sèvres le 11 novembre 1825 et offert par Charles X au Britannique sir Thomas Lawrence (1769-1830) en 1826. Ce dernier, peintre de portraits reconnu, avait été invité aux Tuileries en 1825 pour réaliser celui du roi de France. Un meuble vient clore ce rapide tour d’horizon : une commode (84 99 57 cm) galbée en laque de Chine et laque européenne estampillée Mathieu Criaerd (reçu maître en 1738), saluée de 33 020 €. Elle fut conçue au milieu du XVIIIe siècle, lorsque l’exotisme régnait dans le goût européen. Une collection variée certes, mais avec une forte appétence pour les objets documentés et historiés.

Succession et préemptions

Le 17 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

La bibliothèque de l’INHA intervenait à trois reprises pour emporter des dessins collectionnés par un spécialiste du XVIIIe siècle, Olivier Aaron.

Jean-Charles Delafosse (1734-1791), Projet de mausolée, plume et encre noire, lavis gris, 43 28,5 cm.
Adjugé : 2 032 

Auteur des ouvrages de référence que sont Dessins insolites du XVIIIe français (1985) et deux biographies du peintre du roi Jean-Baptiste Marie Pierre (en 1993 et 2009), Olivier Aaron possédait une jolie collection consacrée au médium. Présentée dans le cadre de sa succession, elle retenait l’attention notamment de l’Institut national de l’histoire de l’art (INHA), qui emportait trois œuvres sur papier : deux par la voie de la préemption, une par celle de l’acquisition directe. L’Illumination de l’arc de Triomphe élevé dans le jardin de M. le commandant de la Marine le 4 novembre 1781 à l’occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin (51 75 cm), portant une signature que même cet œil avisé n’avait su identifier (Dejean) et donc donnée à une école française de la fin du XVIIIe siècle, rejoignait la bibliothèque de l’institut pour 5 080 €. Elle était suivie à 2 032 € d’un Projet de mausolée (reproduit ci-contre) à la plume et encre noire de Jean-Charles Delafosse (1734-1791), venant étoffer le fonds déjà conséquent de gravures de l’artiste, et d’une aquarelle (28 18 cm) d’Henri Delaborde (1811-1899). Cette dernière présente le projet de frontispice d’une peinture à fresque du couvent de Saint-Marc, à Florence, et fut exécutée en 1843, lorsqu’il était en Italie pour parfaire sa formation. Une feuille empreinte de religiosité, reconnue à 1 524 €.

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