Martin, relieur mosaïste

Le 21 mars 2019, par Anne Doridou-Heim
Jean Giono (1895-1970), Recherche de la pureté, Paris, Henri Creuzevault éditeur, 1953, in-folio, 21 illustrations de Bernard Buffet (1928-1999), reliure mosaïquée et doublée de Pierre-Lucien Martin (1913-1985).
Adjugé : 19 882 

Livres anciens et illustrés modernes quittaient les rayonnages de la bibliothèque d’un amateur pour rejoindre d’autres lieux, au terme d’une vente qui totalisait 412 193 €. Parmi tous les ouvrages ornés de lithographies de grands peintres et d’un habillage savamment ouvragé se démarquaient particulièrement ceux passés entre les mains du relieur Pierre-Lucien Martin (1913-1985). Discret, celui-ci est pourtant considéré comme l’un des plus grands, méritant sa place aux côtés des Marius Michel, Pierre Legrain et Paul Bonet. L’obtention en 1948 du prix de la Reliure originale lance véritablement la carrière d’un homme installé en 1940 et qui créera plus de deux mille reliures décorées. L’emploi de la géométrie et de la lettre dans un style très personnel est sa signature. Ainsi participe-t-il à la grande aventure de la reliure moderne, celle qui «respecte l’atmosphère d’un texte et éventuellement des illustrations dont elle exprime la quintessence en un raccourci pertinent» : ces mots furent écrits par l’expert Claude Blaizot dans un hommage publié lors de la disparition de Martin. La vente de la bibliothèque de cet éminent relieur, réalisée à Drouot en mai 1987, reçut des prix records pour l’époque. Plusieurs livres embellis par l’artisan fécond étaient ici présentés, et méritaient grandement l’intérêt qui leur était porté. Le Pantagruel de Rabelais (voir page 62 de la Gazette no 9 du 8 mars), accompagné de bois gravés d’André Derain, et ce Jean Giono, Recherche de la pureté, illustré de vingt et une gravures d’après Bernard Buffet. Leurs couvertures étaient toutes deux parées d’une savante mosaïque, la première faisant danser ensemble trèfles, piques, carreaux et cœurs en maroquin fauve à 25 474 €, et la seconde jouant jusqu’à 19 882 € de ses motifs géométriques en box ivoire et noir. Quant au Journal d’un fou de Nicolas Gogol (La Pléiade, 1928) et aux Bucoliques de Virgile traduits par Paul Valéry (Les Amis bibliophiles), c’est respectivement à 6 835 et 8 077 € qu’ils se laissaient appréhender.

jeudi 14 mars 2019 - 14:00 - Live
Thierry de Maigret
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