Belles pages, de Bach à Picasso

Le 17 décembre 2020, par Sophie Reyssat

Manuscrits autographes et livres illustrés passionnaient les amateurs et suscitaient des préemptions.

Jean-Sébastien Bach (1685-1750), manuscrit autographe signé en deux endroits « Joh. Seb. Bach », en allemand, deux pages de reçus rédigés à Leipzig les 26 octobre 1743 et 26 octobre 1745, aux recto et verso d’un feuillet de format 75 95 mm, monté dans un encadrement de papier.
Adjugé : 182 000 €

Manuscrits autographes et livres illustrés passionnaient les amateurs et suscitaient des préemptions. Cette vente de manuscrits et d’autographes alignait de belles signatures, pour le plus grand bonheur des passionné français et étrangers, mais également des institutions. Cette feuille de la main de Jean-Sébastien Bach était ainsi bataillée jusqu’à 182 000 €, sur une estimation haute de 30 000 €. Il ne s’agit pourtant pas d’une partition, mais de deux reçus pour cinq florins, l’un à Martin Simon Hille, l’autre à Johann Bode, chargés de faire respecter la fondation pieuse de Sabina Nathan. Par un legs, cette riche veuve, morte en 1612, s’était assurée qu’un motet serait chanté à sa mémoire chaque année, le jour de la fête de sainte Sabine, dans l’église luthérienne de Saint-Thomas, à Leipzig. En tant que maître de chapelle, Bach se chargea de faire respecter son vœu, de 1726 à 1749. Trois préemptions étaient également au rendez-vous. L’une, à hauteur de 11 700 €, et pour le compte de la Bibliothèque nationale de France, concerne un manuscrit autographe de Paul Claudel, signé et intitulé Le Repos du septième jour. Shanghai 1895-Fou-Tchéou 1896. Ses 69 feuillets in-folio, montés sur onglets, sont protégés par une boîte de maroquin réalisée par Renaud Vernier, en 1994. Cette pièce de théâtre, dont l’action se situe dans la Chine ancienne, sous le règne du premier empereur Tsin Shi Hoang, a été écrite en 1896, mais elle n’a été publiée qu’en 1901, dans le recueil de textes dramatiques L’Arbre, et jouée en France bien plus tard, en 1965. Le musée Rodin enrichit, quant à lui, sa collection de plusieurs lettres du sculpteur, moyennant 7 800 € et 2 470 €. Dans celle adressée au Courrier de l’Aisne, le 19 mai 1892, il demande au journal de mentionner le talent de son élève, Camille Claudel. Les deux autres, de 1891, sont destinées à Camille Pissarro, auquel il fait part de son émotion devant l’un de ses paysages.
 

Wesen der Relativitätstheorie : nul besoin d’être germanophone pour avoir reconnu l’Essence de la théorie de la relativité d’Albert Einste
Wesen der Relativitätstheorie : nul besoin d’être germanophone pour avoir reconnu l’Essence de la théorie de la relativité d’Albert Einstein. Ce manuscrit autographe, datant de 1947-1948, comprend plusieurs équations et un diagramme. De quoi aiguiser l’attention des spécialistes, qui bataillaient jusqu’à 98 800 € ces six pages in-folio proposées entre 15 000/20 000 €, et de méditer sur la phrase « il n’y a pas de mouvement absolu… » Cette présentation synthétique s’articule en deux parties, la théorie de la relativité restreinte précédant celle de la théorie de la relativité générale. Celle-ci fut publiée en traduction anglaise en 1948, dans le volume XVI de The American Peoples Encyclopedia.
Lady Diana Beauclerk avait fait forte impression sur Victor Hugo 1802-1885. Dans une lettre de 1870, il écrivait à ses fils : « Il y a ici
Lady Diana Beauclerk avait fait forte impression sur Victor Hugo 1802-1885. Dans une lettre de 1870, il écrivait à ses fils : « Il y a ici deux charmantes femmes [...] La duchesse de Saint-Albans et sa fille lady Diana Beauclerk, ravissant parti pour [François-]Victor, s’il voulait se marier. » Ayant anciennement appartenu à la collection du peintre Jean Hugo, arrière-petit-fils de l’écrivain, et datant de la même époque, ce dessin à l’encre brune, plume et lavis (18 12,5 cm sur un feuillet in-4° de papier gris-bleu), la montre de trois quarts dos, elle est appuyée à une console. Son visage étant caché, c’est une légende autographe sur un feuillet joint, qui permet de l’identifier. Attendue au plus haut à 8 000 €, la belle se faisait désirer jusqu’à 28 600 €.
Non vouloir, le poème de Georges Hugnet, illustré par des zincographies de Pablo Picasso, respectait les attentes en étant emporté pour 19
Non vouloir, le poème de Georges Hugnet, illustré par des zincographies de Pablo Picasso, respectait les attentes en étant emporté pour 195 000 €. Cet in-16, publié en 1942 aux éditions Jeanne Bucher, a été doublement enrichi,
par son auteur, puis par Robert Altmann (voir
Gazette n° 43, page 146). Composé en 1940, et publié la même année, il s’agit du premier poème de résistance n’ayant pas été soumis à la censure. Exprimant le refus de la défaite et de l’Occupation, il fait pourtant écho à l’appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle. Résistant, Hugnet a imprimé des tracts clandestins, fabriqué de faux laissez-passer et participé à un recueil de poésies combattantes sous le pseudonyme de « Malo le Bleu ».
Voici le premier des dix exemplaires de tête numérotés sur japon de l’édition originale du Journal. Mémoires de la vie littéraire de Jules
Voici le premier des dix exemplaires de tête numérotés sur japon de l’édition originale du Journal. Mémoires de la vie littéraire de Jules et Edmond de Goncourt. De quoi justifier une adjudication au double de l’estimation haute, soit 46 800 €, d’autant que ces neuf volumes en fort in-12, publiés entre 1887 et 1896 – par Charpentier et Cie, bibliothèque Charpentier, G. Charpentier et E. Fasquelle –, sont enrichis de 21 documents. Parmi eux, figurent un passage autographe du journal des Goncourt, une lettre de George Sand à Gustave Flaubert sur le décès de Jules de Goncourt, et une autre d’Émile Zola à Guy de Maupassant sur la mort de Flaubert. Ces exemplaires sur grand papier comportent en outre un paragraphe indélicat pour George Sand, remplacé dans le tirage sur papier d’édition.
vendredi 11 décembre 2020 - 11:00 - Live
Osenat
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne