Decorchemont, records et préemptions

Le 06 mai 2021, par Anne Doridou-Heim

Succès total pour la collection d’arts décoratifs d’un sénateur, ses choix éclectiques étaient émaillés de beaux résultats.

François-Émile Decorchemont (1880-1971), « Grand vase motifs » à corps ovoïde à large col en pâte de verre épaisse moulée à la cire perdue, à décor de coquilles stylisées, modèle créé en 1921, réalisé en quatre exemplaires, h. 25,5 cm, diam. 22 cm.
Adjugé : 78 000 

En collectionnant des pâtes de verre, des verreries émaillées, des grés et des céramiques de Sèvres, le sénateur Paulin Daudé (1862-1928) a fait preuve certes d’éclectisme, mais surtout d’avant-garde. Les résultats sont venus honorer ses choix, conservés à l’abri des regards et des convoitises durant près d’un siècle. Les deux grands vases en pâte de verre – des modèles créés en 1920 et 1921 – de François-Émile Decorchemont, l’un reproduit ci-contre et le Vipères vu page 47 de la Gazette n° 15 (voir l'article Les choix éclectiques du sénateur), emportaient respectivement 78 000 € et 76 700 €. Soit un record du monde (source Artnet) et la deuxième marche du podium. On comprend la fascination du collectionneur pour les pièces de ce maître verrier, venu aux arts du feu après une première carrière de peintre, et résolument adepte de cette texture vibrante qu’est la pâte de verre. C’est au Salon des artistes décorateurs de 1912 qu’il présente pour la première fois les œuvres de cette nouvelle voie, l’aboutissement de ses recherches dans l’élaboration d’une matière épaisse et translucide habitée d’effets sculpturaux pour mieux mettre en valeur les formes et la construction du décor. Du grand art qui, un siècle plus tard, rencontre toujours le même engouement. Quatre préemptions venaient également récompenser la sélection. La Métropole de Rouen acquérait, à 7 800 €, une coupe circulaire aux anses latérales formées de masques souriants (diam. 13 cm), et une autre ovoïde sur talon à décor de papillons de nuit en vol (3 900 €) ; le musée des Arts décoratifs de Paris emportait un grand bol à deux anses serpents (12 480 €) et le musée du Verre de Conches une bouteille à décor floral d’un pénétrant contraste de bleu et d’orange (h. 33 cm) pour 39 000 €. Au chapitre tout aussi exigeant des céramiques, une importante jardinière en grès à couverte, émaillée vert et noir nuancés de rouge sang de bœuf, à décor en haut relief d’un crabe parmi les algues et les rochers (31,5 65 45 cm), réalisée vers 1900 par Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), retenait 71 500 € et un deuxième prix pour son auteur. Quant au grand vase couvert de forme ovoïde sur piédouche en porcelaine de Paris, peint d’une nymphe et d’angelots et monté en bronze doré (h. 125 cm), avec 58 500 € sur une estimation beaucoup plus modeste, il jouait les invités surprises.

vendredi 23 avril 2021 - 14:00 - Live
Millon
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne