Les envies d’ailleurs de Vincent Lécuyer

Le , par Anne Doridou-Heim

Récompense étincelante pour les choix exigeants de Vincent Lécuyer, ce galeriste reconnu et apprécié par ses pairs et le monde des musées.

Baron Augusto de Succa (1825-?), Vue panoramique de la ville de Guatemala, 1872, huile sur toile, 85 170 cm.
Adjugé : 40 320 

Près de 300 numéros constituaient le catalogue de la vente Vincent Lécuyer, décédé en juillet dernier. Initialement prévue le 18 mars, elle avait été reportée pour cause évidente. Visiblement, les acheteurs ont eu le temps nécessaire pour peaufiner leurs envies, les résultats s’étant montrés à la hauteur des nombreux talents réunis par ce galeriste généreux, engagé dans ses choix, l’un de ces visages qui ont fait Drouot et qui le marqueront. C’est l’un de ses derniers achats, une Vue panoramique de la ville de Guatemala (reproduite ci-dessus) due en 1872 à Augusto de Succa (1825-?) – artiste porté au niveau de peintre national par les Guatémaltèques –, qui s’est offert la plus haute marche à 40 320 €, et par là même une entrée remarquée sur Artnet pour ce baron liégeois ! Vincent Lécuyer ne s’y était pas trompé, pas plus que lorsqu’il avait acquis une Femme en prière figée par Edgard Maxence (1871-1954), et tirée de sa méditation à 13 860 €. Une œuvre au réalisme mâtiné de mysticisme, tout à fait représentative du travail de ce peintre symboliste qui n’abandonna jamais cette esthétique, même après la fin du mouvement. Homme de la mer, Vincent Lécuyer n’hésitait pas à naviguer en eaux inconnues pour faire découvrir au profane des artistes rares, ni à associer sur ses murs les peintres voyageurs et les symbolistes. Tout ce beau monde s’y côtoyait intelligemment ! Il aimait tout autant Alexandre Iacovleff (1887-1938) que Manuel Orazi (1860-1924). Du premier, un étonnant Autoportrait à la sanguine (65 42 cm) emportait 23 310 € et une Pirogue (64 46 cm) datée 1927, 18 900 €, alors que du second une fougueuse scène d’enlèvement à la gouache (63 105 cm), mêlant orientalisme et réalisme cinématographique, faisait halte à 13 230 €. Il aimait aussi Stéphane Brecq (1894-1955), un nom moins familier parmi ceux ayant choisi l’ailleurs pour s’exprimer. Son Couple de Moïs (70 98 cm), peint à Darlac en 1927, regardait fièrement vers 19 530 €. L’angle de vue est tout autre pour L’Appel du néant (90 115 cm) du Flamand Jan Mulder (1895-1988) : un corps plonge ou flotte, selon l’interprétation que l’on veut bien lui donner, dans une mer de nuages. Cette œuvre frappante ne laissait pas indifférent et retenait 30 240 €. La belle lumière de Saint-Malo, un après-midi d’orage, brillamment captée sur panneau par Amédée Marcel-Clément (1873-?), baisse splendidement le rideau sur cet ensemble et sur l’homme l’ayant constitué sur un résultat de 28 980 €. La cité corsaire était le port d’attache de Vincent.

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