L’âme de la maison Viollet

Le 15 décembre 2017, par Anne Doridou-Heim

Ce n’était pas par ses prix que cette collection valait et, en cette période de profusion de résultats, il était rafraîchissant de s’arrêter sur des objets uniquement pour leur originalité et leur intemporalité !

Maurienne, Bessans, vers 1900. Diable armé d’une fourche et tenant une femme dans ses bras, bois polychrome, h. 34 cm.
Adjugé : 3 792 €

Sans hésitation aucune, cet ensemble dévolu aux arts populaires et aux curiosités de nos régions apportait sa réponse à la question posée dans la Gazette n° 40 du 17 novembre (page 16) : «Objets de collection, avez-vous une âme ?» L’ensemble réuni dans l’antre réputé de la maison Viollet se dévoilait partiellement – le second opus est déjà annoncé pour le printemps prochain – aux amateurs éclairés. L’on pouvait y découvrir les œuvres de Pierre François Vincendet, dit Pierre Kené ou Pierre des Diables (1843-1919), auteur dans son village de Bessans savoyard de diables et de figurines en bois polychrome, animés par une ficelle. Une famille, constituée du père douanier, de sa femme filant la laine, de leurs deux enfants et de leurs animaux de compagnie, en témoignait à 4 044 €. Ses diables facétieux font de temps en temps le bonheur de nos pages. L’artiste en a donné l’idée à toute sa région ainsi que le rappelle, sculpté par un anonyme, un démon ailé armé d’une fourche et tenant une femme dans ses bras (reproduit ci-dessus), qui s’envolait pour 3 792 €. Dans ce vaste domaine qu’est l’art populaire, peu de noms sont parvenus jusqu’à nous : la modestie prévalait sur le talent. Place ensuite aux girouettes, 695 € tourbillonnant vers un modèle en zinc découpé de chasseurs et d’un pêcheur, aux coffrets, et notamment 1 706 € pour l’un en hêtre à décor polychrome peint à la détrempe de fleurs dans des réserves au Bade-Wurtemberg au XVIIe siècle, aux boîtes à sels pour épicer le tout, à un couteau-serpette à flasques en corne brune du XVIIIe siècle, déplié à 5 056 €, et aux casse-noisettes… Des habitués, sortis eux aussi depuis longtemps des placards pour être mis à la lumière des collections. Un exemplaire (h. 14,5 cm) à pince en buis sculpté d’un pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, tenant une noisette dans ses mains – il aurait pu inspirer Scrat, l’écureuil de l’Âge de glace – et créé au XVIIe siècle, cassait sa coquille à 3 918 €. Quant au poétique croissant de lune visagé, un modèle en bois fruitier des plus rares et du XIXe siècle, il éclairait sa face de 1 200 €. Un cep de vigne en fer forgé, imaginé en Italie pour devenir une lampe sur pied, lui faisait écho à 3 160 €.

vendredi 08 décembre 2017 - 14:00 - Live
Ferri & Associés
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