Les trophées d’un amateur de haut vol

Le 15 juillet 2021, par Anne Doridou-Heim

Cette collection qui ne disait pas le nom de son propriétaire, Bill Palot, n’est pas longtemps demeurée inconnue, et les acheteurs se sont bousculés pour en conserver un souvenir. Chronique d’un succès annoncé.

Deux fauteuils en bois mouluré sculpté figurant un squelette, probablement Russie, XIXe siècle, chacun : 134 64 59 cm.
Adjugé : 15 875 € et 13 970 

De Marie Potard pour le Journal des arts à Béatrice de Rochebouët pour le Figaro, les journalistes ont vite fait savoir qui avait réuni les quelque 1 000 lots dont il souhaitait se séparer afin de débuter un nouveau voyage dans l’univers sans fin de la curiosité. Du goût, un soupçon de panache, un zeste d’extravagance assumée, un éclectisme savamment dosé (voir l'article L'étrange univers d'un collectionneur éclectique de la Gazette n° 26 page 46), tout «respirait» le monde de Bill Pallot… Et tout était réuni pour un succès signé, au terme d’un marathon de trois jours, par un produit total de 1 509 711 €. C’est finalement le très classique et élégant mobilier art déco qui emportait la palme : 50 800 € pour la bibliothèque en bois de palmier (183 170 28 cm) avec réflecteur en laiton oxydé d’Eugène Printz (1889-1948) et 52 070 € pour une paire d’appliques en bronze argenté d’Albert Cheuret (voir page de gauche). Mais, parce que la flamboyance du personnage ne peut s’en contenter, on s’arrêtera plutôt sur les 20 152 € d’une aquarelle d’Antoine-Gabriel-Gaston Claris (1843-1899) montrant une architecture fantaisiste, un Projet de fabrique en vanité (34 47 cm), sur les 19 230 et 15 875 € de deux rostres de narval (soclés), ou encore sur les 5 715 € d’un miroir sorcière anglais en bois sculpté doré Regency (h. 120 cm) et les 8 974 € d’une plaque en scagliole (118 86 cm) à décor en grisaille d’un squelette debout – un travail italien du début du XVIIIe. De ce spécialiste éminent, la face claire livre un ouvrage, L’Art du siège au XVIIIe siècle en France – qui demeurera une référence – et le côté sombre transparaît dans l’affaire des faux sièges Louis XVI. Il est donc assez réjouissant de noter la présence dans son intérieur de deux fauteuils squelettes (reproduits ci-dessus) en bois mouluré sculpté, probablement russes et du XIXe siècle. Un constat s’impose alors : son appétence certaine pour les squelettes et les têtes de mort. L’homme cultiverait-il cette formule de l’Ecclésiaste : Vanitas vanitatum, et omnia vanitas («Vanité des vanités, tout est vanité») ? Attention, dans le même registre, on rencontre aussi celle-ci : Sic transit gloria mundi («Ainsi passe la gloire du monde»)…

Ce masque à cornes semi-circulaire, aux yeux protubérants et surmonté d’une impressionnante coiffe de plumes et de barbes de crin de cheva
Ce masque à cornes semi-circulaire, aux yeux protubérants et surmonté d’une impressionnante coiffe de plumes et de barbes de crin de cheval (h. 52 cm), a été conçu pour frapper les esprits des Hopis d’Arizona. Il marquait aussi ceux de Drouot en accrochant 8 636 €, derrière les 12 065 € d’un autre masque de la même tribu, celui-ci en peau peinte de motifs géométriques rouges et bleus (h. 30 cm).
Un somen est un masque entier japonais. Celui-ci, en fer laqué, figurant un kappa, possède des cheveux en crin et son intérieur est laqué
Un somen est un masque entier japonais. Celui-ci, en fer laqué, figurant un kappa, possède des cheveux en crin et son intérieur est laqué rouge (h. 20 cm). Appartenant à la vaste époque d'Edo (1603-1868), il date du XVIIIe siècle et saisissait 7 874 €. Il faut avouer que l’objet, représentant un démon, ne laisse pas indifférent, et l’on peut sans peine songer à l’effroi qu’il suscitait sur les ennemis.

Voici un objet résumant parfaitement l’esprit «décalé» de cette collection. Ce crâne est «anthropométrique» (h. 52 cm) c’est-à-dire désart
Voici un objet résumant parfaitement l’esprit «décalé» de cette collection. Ce crâne est «anthropométrique» (h. 52 cm) c’est-à-dire désarticulé, les os se rapprochant – ou s’éloignant – pour plus de réalisme et pour coincer ici 5 759 €. Fabriqué vers 1820, il est l’œuvre d’Edmée François Chauvot de Beauchêne (1780-1830), un médecin passé à la postérité pour ses modes de présentation de spécimens anatomiques, fondés sur des articulations de fils de laiton.
Réalisée vers 1925 – l’année phare de l’art déco – par le créateur Albert Cheuret (1884-1966), une paire d’importantes appliques en bronze
Réalisée vers 1925 – l’année phare de l’art déco – par le créateur Albert Cheuret (1884-1966), une paire d’importantes appliques en bronze argenté (65,5 101 43 cm) à décor d’un rapace tenant dans son bec un serpent, lui-même enroulé autour d’une tulipe en albâtre, s’éclairait d’une enchère
de
52 070 €. Cheuret s’est imposé avec ses créations alliant le végétal et le monde animal, un thème cher à l'époque, et en concevant des œuvres qui sont autant sculptures que pièces décoratives.
mardi 06 juillet 2021 - 13:30 - Live
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