Jean-Philippe Charbonnier, l’œil de la photographie

Le 02 juillet 2020, par Claire Papon

Le pari était réussi pour cette vacation monographique qui séduisait collectionneurs classiques comme nouveaux amateurs et offrait une mise en valeur de son travail.

Jean-Philippe Charbonnier (1921-2004), La Piscine, Arles, 1975, tirage argentique de l’exposition du musée d’Art moderne de la Ville de Paris de 1983, 24,2 36,4 cm.
Adjugé : 3 048 

© JEAN-PHILIPPE CHARBONNIER : GAMMA RAPHO, VENTE DROUOT PARIS, ME LE MOUËL, 26/06/2020

À la différence de nombre de ses confrères de la photographie humaniste, les occasions sont rares d’acquérir les images de cet homme à la forte personnalité qu’était Jean-Philippe Charbonnier (voir l'article Jean-Philippe Charbonnier, à la rencontre de l’autre de la Gazette no 23 du 12 juin, page 12). Du moins, sous le marteau. Trois cents numéros, précieusement conservés par l’agence Gamma-Rapho à Paris, composaient un panorama de sa production des années 1950 à 1980. Arpenteur infatigable – il a travaillé de 1950 à 1974 pour le magazine Réalités et voyagé dans le monde entier –, il aborda des thèmes aussi variés que la mode, le nu, les vues de Paris, les usines, les élections en Angleterre, les mines du nord de la France, les marins de l’île de Sein… Les compositions et les angles de prise de vue sont audacieux, les noirs profonds et le regard de Charbonnier sans complaisance, mais empli d’humanité. «La photographie ne doit pas être une excuse à l’indiscrétion», confiait-il. Si les habitués de la spécialité étaient au rendez-vous, de nouveaux et jeunes amateurs les rejoignaient, français, allemands, grecs ou japonais. Quelques tirages n’ont pas trouvé preneur, mais les estimations ont souvent été dépassées. Présentées à 3 800/4 800 €, Les Jambes de Marisa [Berenson], 1978 étaient ainsi disputées jusqu’à 6 350 € et gagnaient la plus haute marche du podium – un record pour cette image. À leurs côtés, Les Touareg, sud saharien, 1951 recueillaient 5 250 €, tandis que La Machine à coudre prise lors d’un voyage au Koweït en 1955 trouvait preneur à 4 250 €, tous multipliant les sommes attendues. Annoncé à 1 200/1 500 €, un séduisant panorama de Fès, Le Soir depuis Bab Ftouh, 1969, changeait d’horizon pour 2 286 €, un autre amateur lui préférant à 3 048 € l’une des images emblématiques du photographe, La Piscine, Arles, 1975 (reproduite ci-dessus). Il fallait se défendre jusqu’à 1 938 € pour un cliché pris lors d’un voyage en Alaska en 1955, Inuits, le pauvre bon chien et deux oursons pas en peluche (tirage de 1970), à hauteur de 1 651 € pour La Vague, île de Sein, 1956, aux saisissants jeux d’ombre et de lumière, et dépenser 1 397 € pour L’Heure du déjeuner, Renault-Flins, 1957.

vendredi 26 juin 2020 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Yann Le Mouel
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