Record pour Nguyen Van Ty 

Le 30 septembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Son sujet a porté chance à ce laque polychrome vietnamien de Nguyen Van Ty et a entraîné la suite de la vacation vers d’autres records.

Nguyen Van Ty (1917-1992), Hoi Dinh Chèm (La Fête du village), 1942, laque polychrome et or sur fond noir incrusté de coquille d’œuf, 98 245 cm.
Adjugé : 832 000 


Les artistes de l’École des beaux-arts d’Hanoï nous ont habitués depuis plusieurs années déjà à de beaux scores aux enchères, et les 153 600 € de La Maternité de Lê Thi Luu (1911-1998) – présentée par la maison De Baecque et Associés – vont dans ce sens. Avec ce résultat, cette peintre qui fut l’une des rares représentantes féminines de l’école, sortie diplômée en 1932, obtenait même un record français (source : Artnet). Désormais et de plus en plus, il faut aussi compter avec les laqueurs. La frontière entre les arts est ainsi abolie, la laque, art ancestral remis au goût du jour par les professeurs français y enseignant et magnifiée par les élèves devenus maîtres, connaissant tout autant le succès pour parfois dépasser, comme c’était le cas ici, la peinture. Il faut reconnaître que cette œuvre avait tout pour séduire : son sujet traditionnel, Hoi Dinh Chèm (La Fête du village), traité avec délicatesse, ses dimensions généreuses qui en font un travail de grande décoration, l’emploi parfaitement maîtrisé de l’or et de la coquille d’œuf et la signature de Nguyen  Van Ty (1917-1992). Ce dernier réalise ce morceau de choix en 1942, soit un an après être sorti promu. Le 15 mai 2019, Lynda Trouvé avait adjugé une version de ses Rapides de Cho-Bo sur la rivière Noire pour 381 000 €, établissant ainsi un nouveau record du monde. Seize mois plus tard, il est pulvérisé, ces cinq panneaux habités d’élégantes silhouettes féminines en ao-daï (voir l'article Nguyen : la laque vietnamienne en fête page 50 de la Gazette n° 32 du 18 septembre et ci-dessus) retenant 832 000 €. À l’instar de ses confères Nguyen Gia Tri et Pham Hau, il sera un héraut de ce jeune État libéré de la colonisation française et deviendra professeur lorsque l’école prendra le chemin de la résistance. Les Vietnamiens d’aujourd’hui ne l’oublient pas. Ce sont ensuite des souvenirs impériaux, un autre temps fort de ces opus titrés «Indochine, mythes et réalités 1800-1960», qui mobilisaient l’attention. Témoin le buste en bronze doré de S.M. Khai Dinh (1885-1925) (h. 34,5 cm), réalisé par le sculpteur français Paul Ducuing (1867-1949) en 1922 pour accompagner le jeune prince Nguyên Phúc Vinh Tuy (1913-1997) lors de ses études à Paris. Ce dernier est plus connu sous son nom d’empereur, Bao Daï. Il succède à 13 ans à son père, prématurément décédé. Cette œuvre unique partait à 83 200 €. À signaler encore les 52 480 € d’une suite de cinq sentences impériales sur soie, signées et datées «Hué 1913». Celles-ci provenaient du fonds Albert Sallet (1877-1948), médecin militaire sur place avant de finir sa carrière comme conservateur du musée Georges-Labit de Toulouse.
 

Lê Thi Luu (1911-1988), La Maternité, peinture sur soie, 54 x 44,5 cm. Lot présenté par De Baecque et Associés OVV. Adjugé : 153 600 €
Lê Thi Luu (1911-1988), La Maternité, peinture sur soie, 54 44,5 cm. Lot présenté par De Baecque et Associés OVV.
Adjugé : 153 600 
mardi 22 septembre 2020 - 11:00 - Live
Lynda Trouvé
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