Lautréamont, Éluard, Artaud, Char illustrés par Dalí ou Miró…

Le 06 juin 2019, par Philippe Dufour

La dispersion d’une bibliothèque composée d’ouvrages, majoritairement du XXe siècle, mettait en lumière des textes de Lautréamont, Éluard, Artaud, Char et des illustrations de Dalí ou Miró…

Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont (1846-1870), Les Chants de Maldoror, eaux-fortes de Salvador Dalí, Albert Skira, 1934, in-folio, reliure de Paul Bonet, 1963.
Adjugé : 55 200 

De cet ensemble très cohérent ressortait, avec 55 200 €, un livre illustré qui fait autorité parmi les spécialistes du surréalisme. Il s’agit des mystérieux Chants de Maldoror, écrit par Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dans la somptueuse édition d’Albert Skira de 1934 (voir l'article L’illustration surréaliste à son apogée de la Gazette n° 20, page 138). L’un de ses attraits, et non le moindre, est d’avoir été illustré par Salvador Dalí de quarante-deux eaux-fortes originales, auxquelles s’ajoutent deux éléments exceptionnels : la suite à part de ces eaux-fortes avec remarques, et huit dessins originaux du maître, esquisses de ces mêmes planches ! Un tel trésor méritait une reliure du même niveau : mosaïquée, elle a été réalisée par Paul Bonet en 1963. Suivait un ouvrage tout aussi séduisant : Un poème dans chaque livre, un ensemble de douze textes de Paul Éluard – depuis «Exemples» (1921) jusqu’à «Cours naturel» (1938), autographiés par l’auteur. Quant à l’illustration, on la doit aux talents réunis de Braque, Chagall, Ernst, Giacometti, Léger, Masson, Picasso, etc. Pour ce livre, dont l’éditeur est Louis Broder – en 1958 – et le relieur P. L. Martin, on se disputait jusqu’à 12 600 €. Pour ce même prix lui succédait, de Max Jacob, la Chronique des temps héroïques, toujours chez Louis Broder, en 1956. Son intérêt était augmenté par les illustrations de Pablo Picasso, soit trois lithographies originales, trois pointes-sèches originales et vingt-quatre dessins gravés sur bois. Précisons que le précieux ouvrage s’habillait d’une reliure toujours signée P. L. Martin, de 1961, en plein box noir et blanc. À 10 800 €, on appréciait enfin, rédigé par Egle Marini, Idea e Spazio, aux éditions Les Cent Bibliophiles de France et d’Amérique, en 1963, et illustré par une suite de douze gravures sur cuivre de Marino Marini (dans une reliure de P. L. Martin, datée de 1984).

 
Pour la réunion complète de la collection Miroir du poète publiée par Broder entre 1957 et 1960, en sept volumes in-12 carré, dans un étui commun, il fallait compter 25 200 €. Cette série, qui associe un auteur et un artiste, a été magistralement reliée en 1963 par P. L. Martin, dans un plein maroquin noir, avec un motif décliné pour chaque ouvrage dans une couleur différente. Ainsi, René Char est illustré par Zao Wou-ki, Antonin Artaud par Pablo Picasso, et René Crevel par Joan Miró…
 
Dans les années 1930, Antonin Artaud se rend au Mexique, fortement impressionné par la culture des Méso-Américains, périple initiatique qu’il évoquera dans Tarahumaras. Il écrit aussi Galapagos. Les îles du bout du monde, récit imaginé pour la revue Voilà. En 1955, Louis Broder édite ce texte en 1955, magnifié par neuf eaux-fortes de Max Ernst. Notre in-8° est habillé d’une reliure vert d’eau mosaïquée sur les plats et le dos, signée P. L. Martin, de 1962. Pour ce numéro 15 d’un tirage limité à 135 exemplaires, sur vélin de Rives, il fallait compter 19 000 €.

 
En 1959, l’éditeur Louis Broder publie Nous avons de René Char, dans une somptueuse édition, illustrée de quatre eaux-fortes hors-texte par Joan Miró, qui est aussi l’auteur de la couverture. L’édition originale est alors tirée à 150 exemplaires numérotés, celui-ci étant le numéro 39, signé par l’auteur et l’artiste. La reliure mosaïquée d’un décor géométrique est due au relieur P. L. Martin et date de 1961 ; elle concourait aussi au succès de ce lot, adjugé 33 600 €. Cet ouvrage (comme Galapagos, d’Artaud) appartient à la collection «Écrits et Gravures» lancée par Broder.© Successió Miró/ADAGP, Paris, 2019
 
En 1939, Ambroise Vollard publie Passion, le texte mystique d’André Suarès. Pour illustrer l’in-folio, le marchand-éditeur fait appel à Georges Rouault, qui réalise les dix-sept eaux-fortes originales en couleurs hors texte, et les quatre-vingt-deux dessins gravés sur bois, contenus dans l’ouvrage. La reliure est de Paul Bonet (1958), avec ses plats mosaïqués d’un tournoyant décor formant une couronne d’épines avec un jeu de filets à froid et des listels de différentes couleurs. Pour ce numéro 223 d’un tirage limité à 270 exemplaires sur vergé de Montval, un collectionneur a déboursé 19 200 €.
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